Fern Cristo, autrice indépendante

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Author: ferncristo

La Faille – Franck Thilliez

Posted on August 12, 2025August 8, 2025 by ferncristo

Dans La Faille – Franck Thilliez, on retrouve son personnage fétiche : le commandant Franck Sharko. Cette fois, lui et son équipe sont sur la piste d’un tueur en série nécrophile, repéré après des mois d’enquête rigoureuse. Une opération d’interpellation est lancée dans l’urgence — mais elle tourne au désastre. Le suspect parvient à s’échapper, blesse grièvement une policière et finit par se suicider, emportant avec lui ses secrets.

Quand la justice échoue

Ce fiasco n’est pas qu’un incident de plus dans le parcours de Sharko. Il déclenche une véritable onde de choc au sein de la brigade. La pression hiérarchique s’intensifie, l’équipe est fragilisée, et Sharko, suspendu de ses fonctions, est rongé par la culpabilité.

C’est dans cette période de doute qu’il décide de poursuivre, seul, une enquête parallèle. Non pas sur le tueur — qui n’est plus là pour être jugé — mais sur ses victimes. L’une d’elles, en particulier, retient son attention : une femme non identifiée, dont personne ne réclame le corps. Ce visage inconnu devient son obsession, son point de rupture, mais aussi le fil ténu auquel il se raccroche pour ne pas sombrer.

Une frontière ténue entre la vie et la mort

Ce qui commence comme une quête de justice devient peu à peu une plongée dans un univers bien plus dérangeant. L’enquête, sinueuse, le mène sur un terrain glissant, presque surnaturel, où les questions scientifiques, éthiques et métaphysiques se mêlent. On y parle de conscience, de transfert de mémoire, de technologies capables de repousser les limites de la mort.

La tension monte, l’ambiance devient oppressante, presque irréelle. L’un des aspects les plus réussis du roman, selon moi, est la manière dont Thilliez joue avec cette ligne floue entre science et fiction, entre enquête policière et vertige existentiel. Et pour ajouter encore à cette profondeur, il tisse en parallèle une autre forme de vie à venir : une grossesse, celle d’un personnage secondaire, qui vient mettre en miroir cette quête d’au-delà.

Une lecture impossible à lâcher

Vous connaissez cette expérience de lecture intense, presque viscérale, quand un roman vous happe au point de se glisser dans chaque interstice de votre quotidien ? Ce livre que vous lisez en cuisinant, en mangeant, aux toilettes, sous la couverture avec la lampe du téléphone ? Celui qui vous fait oublier l’heure, les bruits, le monde autour. Et puis, une fois refermé, ce sentiment de vide. Cette impression étrange d’avoir quitté un univers plus vivant que le réel.
C’est exactement ce que La Faille m’a fait.

Dès les dix premières pages, j’étais dedans. Ce qui est rare — souvent, il me faut bien une centaine de pages pour entrer dans une intrigue. Ici, l’écriture est directe, efficace, le rythme tendu. L’enquête progresse vite, les révélations s’enchaînent, de plus en plus vertigineuses. On est balloté, secoué, aspiré.

J’ai trouvé certains passages très forts, porteurs d’un véritable malaise — dans le bon sens du terme. Cette sensation de perdre pied, d’osciller entre fascination et inquiétude, est propre aux bons polars psychologiques.

Petit bémol : comme souvent chez Thilliez, l’écriture elle-même manque parfois de soin. Certaines phrases sont abruptes, certains dialogues un peu mécaniques. Mais honnêtement, ce défaut devient presque secondaire tant l’histoire vous emporte.

La Faille est un vrai page-turner. Dense, haletant, perturbant.
Tu veux te perdre dans un bon polar ? Plonge dans La Faille. Mais annule tous tes rendez-vous de la semaine.

Tu le trouveras facilement sur Amazon ou sur la Bourse aux Livres.

Eteignez-tout et la vie s'allume de Mark Levy

Éteignez tout et la vie s’allume – Marc Levy

Posted on August 3, 2025August 8, 2025 by ferncristo

Un roman introspectif… qui ne m’a pas touchée

Éteignez tout et la vie s’allume – Marc Levy raconte l’histoire d’Adèle, une femme d’une soixantaine d’années, embarque en première classe à bord d’un paquebot à destination de l’Italie (je crois). Elle se rend aux funérailles de Gianni, un homme plus âgé qu’elle, qu’elle a passionnément aimé dans sa jeunesse.
Pendant la traversée, Adèle croise le chemin de Jérémy, un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui voyage en troisième classe. Deux générations, deux classes sociales, deux trajectoires que tout semble opposer — et pourtant, un lien va se créer.

Au fil des jours, dans ce huis clos flottant rythmé par les escales et les paysages maritimes, une conversation ininterrompue s’installe entre eux. Ils parlent du bonheur, de l’amour, des regrets, de la liberté, des choix de vie, des deuils qu’on traverse et de ceux qu’on évite… Bref, de ce qui compose une existence.

Sur le papier, l’idée me séduisait. Je m’attendais à un roman subtil et touchant, à une réflexion douce-amère sur la vie. Malheureusement, la magie n’a pas opéré.

Une héroïne trop sûre d’elle

Dès les premières pages, j’ai eu du mal à m’attacher à Adèle. Censée incarner la sagesse acquise avec l’âge, elle m’a paru au contraire péremptoire, donneuse de leçons. Elle parle à Jérémy avec une forme de supériorité tranquille, presque maternante, comme si le simple fait d’avoir vécu plus longtemps lui donnait un droit automatique à la vérité.

Ce décalage dans leur relation m’a vite agacée. Adèle ne doute jamais, elle assène. Et même si certains de ses propos sont porteurs de bon sens ou d’émotion, sa posture moralisante m’a empêchée d’y adhérer pleinement. On aurait aimé voir cette femme un peu plus vulnérable, un peu moins convaincue d’avoir compris la vie.

Des dialogues figés, presque caricaturaux

Là où j’espérais des échanges vivants et sincères, j’ai trouvé des dialogues rigides, presque théâtraux. Des répliques sentencieuses, qui sonnent plus comme des monologues qu’un véritable échange.
Par moments, j’avais l’impression d’assister à une pièce de théâtre existentialiste ou à l’un de ces sketchs qui parodient les films d’auteur sur Instagram : on y parle beaucoup, on s’écoute peu, et chaque phrase semble vouloir dire quelque chose de profond… sans toujours y parvenir.

Au lieu d’une conversation fluide et naturelle entre deux êtres qui s’apprivoisent, j’ai eu le sentiment de lire une succession de petites dissertations sur le sens de la vie. Et cela m’a tenue à distance.

Des personnages qui glissent entre les doigts

J’aurais pu pardonner ces dialogues trop construits si les personnages m’avaient émue. Mais là encore, la connexion ne s’est pas faite.
Jérémy reste flou, presque effacé. On ne comprend jamais vraiment ce qui le pousse à rester dans cette discussion, à écouter Adèle sans broncher, à se livrer si facilement à une inconnue.
Quant à Adèle, au-delà de son rôle de “sage”, elle peine à se révéler autrement. Ses blessures restent en surface, ses failles peu explorées.

Résultat : aucun des deux ne m’a vraiment touchée. Ils ne m’ont ni irritée, ni attendrie. Ils m’ont simplement laissée indifférente.

Une plume toujours élégante

Et pourtant, il faut le dire : Marc Levy écrit bien.
Son style est fluide, parfois poétique, avec des descriptions élégantes et des transitions douces. Il sait créer une ambiance, planter un décor, faire respirer ses phrases.
C’est d’ailleurs ce qui m’a fait tenir jusqu’au bout : cette beauté formelle, cette légèreté dans l’écriture qui rend la lecture agréable même quand le fond ne suit pas.

Une lecture au mauvais moment ?

C’était mon premier Marc Levy depuis des années. J’en gardais un souvenir agréable, celui d’un auteur accessible, capable de raconter des histoires touchantes avec finesse et humanité. Cette fois-ci, la déception a été au rendez-vous.
Mais je suis aussi consciente que notre rapport à un livre dépend du moment où on le lit.

Quand j’ai ouvert ce roman, je traversais une période personnelle très difficile. J’étais déjà remplie de doutes, de chagrin, de pensées en boucle. Peut-être n’avais-je tout simplement pas la disponibilité émotionnelle pour accueillir un roman aussi introspectif — ou, au contraire, peut-être avais-je besoin d’un récit plus incarné, plus ancré dans le réel.

Ce roman et moi… on ne s’est peut-être tout simplement pas trouvés au bon moment. Ce n’est pas un rejet définitif, juste un rendez-vous manqué.

C’est quoi le cosy noir?

Posted on July 19, 2025August 8, 2025 by ferncristo

Pourquoi Les Enquêtes d’Odile Bartabot ne sont pas (tout à fait) des cosy mysteries?

On me dit souvent : « Tes romans ne sont pas des cosy mysteries classiques. »
Et c’est vrai. Les Enquêtes d’Odile Bartabot respectent le confort du cosy (tisanes, plaids, petite ville, trains, animaux domestiques, ambiances feutrées), mais plongent dans des intrigues plus longues, plus fouillées, plus sombres.
Bienvenue dans mon territoire préféré : le cosy noir — là où l’élégance du cosy rencontre la densité psychologique du polar.

Qu’est-ce que le cosy noir, pour moi ?

Le cosy noir, c’est un roman d’enquête sans gore ni voyeurisme, mais avec du relief moral, des secrets de famille, des blessures intimes et des personnages qui évoluent vraiment.

Ce n’est pas encore un genre officiellement reconnu. On en parle de plus en plus dans les cercles d’autrices et d’auteurs indépendants — ces éclaireurs littéraires qui explorent les zones floues entre les cases établies. Il émerge à la croisée du cosy mystery et du polar psychologique, comme une réponse aux lectrices et lecteurs qui veulent du réconfort sans renoncer à la densité. En voici des examples. Il ne s’agit pas d’un genre figé, mais un continuum où se croisent les codes du polar classique et ceux du cosy traditionnel.

Prenons Louise Penny, par exemple : son écriture s’inscrit souvent dans les codes du polar classique (enquêtes policières, structure rigoureuse), mais l’univers de Trois Pins, avec son auberge, ses feux de cheminée, ses personnages attachants et ses paysages enneigés, flirte avec l’esprit du cosy.

À l’inverse, Les Enquêtes d’Odile Bartabot se situent de l’autre côté du spectre : un univers à première vue cosy (tisanes, trains, bibliothèques, humour tendre), mais des intrigues plus sombres, plus intimes, aux enjeux moraux bien réels.

Bref, Bartabot, c’est du cosy qui penche vers le polar. Louise Penny, du polar qui penche vers le cosy.
(C’est juste un exemple : je ne prétends évidemment pas être du même calibre que Louise Penny !)

Le cosy noir garde :

  • le décor chaleureux (SoleilCity, Le Bois des Chartreux, maisons anciennes, petits cafés, salons feutrés)
  • une enquêtrice passionnément humaine (Odile)
  • l’amour des indices, des dialogues, des détails atmosphériques

… mais on ajoute :

  • une véritable architecture d’intrigue
  • un sous-texte émotionnel
  • des dilemmes moraux
  • une noirceur feutrée
  • des personnages complexes qui évoluent au fil des enquêtes

Pourquoi Les Enquêtes d’Odile Bartabot relèvent du cosy noir?

Parce que je refuse de sacrifier la profondeur sur l’autel du confort.
Mes intrigues sont structurées, complexes, parfois retorses, et mes personnages ne sont pas de jolies silhouettes posées là pour servir l’ambiance. Ils ont des failles, des contradictions, des élans — ils existent.

Et aussi, parce que je ne sais pas (ou ne veux pas) écrire des histoires trop légères.
J’ai besoin de croire en mes personnages, de les sentir respirer sous la page. J’ai besoin de visualiser l’intrigue comme un tout cohérent, avec des causes, des conséquences, des choix difficiles. Je veux que les émotions soient vraies, que les dilemmes aient du poids, que l’enquête ne soit pas qu’un jeu, mais aussi un révélateur.

Le cosy noir me permet d’offrir cette complexité dans un cadre chaleureux, de marier l’émotion au mystère, l’humain au narratif, la douceur à l’intensité.
C’est un genre qui ne choisit pas entre confort et lucidité — et c’est exactement là que je me sens chez moi en tant qu’autrice.

Quelques marqueurs de ma série

  • Odile Bartabot : forte, drôle, loyale, mais traversée par ses propres zones d’ombre
  • Une vraie enquête : indices, fausses pistes, révélations tardives
  • Des thèmes récurrents : manipulation, mémoire, justice intime, loyautés ambiguës, relations familiales, secrets de famille, inclusion sociale…
  • Un ancrage géographique fort : SoleilCity, Le Bois des Chartreux, le Nid Bleu, la maison de la rue de la Brouette ne sont pas que des décors — ce sont des forces narratives
  • Des personnages secondaires qui comptent et qui un passé: Pervenche, Célestine, Tavarelli, Fichaux… personne n’est là pour “faire joli” ; chaque personnage contribue au tissage narratif

Ce que vous trouverez (vraiment) dans mes livres

  • Du réconfort, mais pas de naïveté
  • Des mystères avec des enjeux émotionnels réels
  • Des dialogues soignés, une langue travaillée
  • Une atmosphère cosy… traversée par les secrets
  • Une touche de magie (parfois), sans perdre la logique de l’enquête

Par où commencer ? Voici les trois premiers tomes

Tome 1 — Juste un petit meurtre pour commencer

Après une carrière brève et tragique dans la police, Odile Bartabot revient à SoleilCity pour reprendre le flambeau familial et ouvrir sa propre agence de détective. Sa première affaire ? Le meurtre d’une fermière au franc-parler redoutable.L’affaire serait déjà résolue si l’agent Fichaux, ex-amant d’Odile, ne s’en mêlait pas. Entre rivalités professionnelles, blessures personnelles et alliances inattendues, cette première enquête s’annonce aussi délicate qu’intime.

Thèmes : famille, revanche, confiance, nouveau début
Tropes : ex-partenaire flic, trio d’enquêtrices, enquête dans une petite ville, rivalité professionnelle.

Tome 2 — Comment faire taire une rombière

Alors que l’hiver s’installe à SoleilCity, Marthe Faberlais, épouse d’un colonel à la retraite, est assassinée dans son propre salon. Tous les regards se tournent vers son mari… sauf ceux d’Odile. Car sous les dehors respectables de Marthe, se cache une femme cruelle qui a laissé bien des ennemis dans son sillage.En parallèle, l’agent Marteau enquête sur la disparition étrange d’une patiente en hôpital psychiatrique. Deux affaires, un même tissu de mensonges.

Thèmes : apparences trompeuses, justice, violences psychologiques
Tropes : femme détestée par tout le monde, enquête croisée, manipulation sociale, crimes d’intérieur

Tome 3 — Meurtre à l’Emporium des Curiosités

Un salon de taxidermie étrange. Une employée retrouvée morte. Un couteau bien placé, et une ambiance qui sent la mise en scène. Pour Fichaux, c’est un accident. Pour Odile, c’est un puzzle. Surtout quand elle découvre que l’Emporium traîne une odeur de mort bien plus ancienne.
Entre peaux empaillées et silences coupables, une enquête dérangeante commence — et rien, pas même les vieilles rancunes, ne restera intact.

Thèmes : obsession, apparences macabres, rivalités persistantes
Tropes : décor original et inquiétant, scène de crime déroutante, antagonisme Odile/Fichaux, secrets d’entreprise

Mon manifeste de cosy noir

J’écris pour celles et ceux qui aiment se lover dans une atmosphère feutrée tout en acceptant d’aller au bout de l’énigme, jusque dans ses zones grises; pour les lectrices et lecteurs qui aiment penser, ressentir, soupçonner, douter et, parfois, pardonner.
Mes livres ne prennent pas leurs lecteurs pour des idiots — ni leurs personnages, d’ailleurs.

Ce sont des histoires qui vont rester avec vous. Pas parce qu’elles sont choquantes, mais parce qu’elles sont humaines. Une fois la dernière page tournée, il restera des voix, des silences, une ruelle dans SoleilCity, un regard entre deux personnages, et un mystère sous-jacent qui se développe au cours des premiers tomes.

Où lire Les Enquêtes d’Odile Bartabot?

Disponibles sur Amazon (format papier et Kindle).
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FAQ

Quelle est la différence entre cosy mystery et cosy noir ?
Le cosy mystery mise sur la légèreté et le réconfort. Le cosy noir conserve l’ambiance feutrée, mais ajoute de la tension psychologique et des intrigues plus profondes.

Les Enquêtes d’Odile Bartabot sont-elles “cozy” ?
Oui, mais avec du fond. On y retrouve le cocooning, mais aussi de vraies réflexions sur la nature humaine.

Y a-t-il de la violence dans la série ?
Aucune violence explicite. L’ombre est dans l’émotion, pas dans le sang.

J’aime Agatha Christie. Vais-je aimer Odile Bartabot ?
Si vous aimez les communautés pleines de secrets, les dialogues intelligents, les héroïnes perspicaces, alors… vous êtes au bon endroit.

À propos de l’autrice : Fern Cristo

Je suis autrice de cosy noir, passionnée par les mystères du quotidien, les planchers qui grincent et les héroïnes imparfaites mais brillantes. Je suis d’origine française, installée dans le Colorado, je mêle humour, tendresse et profondeur dans une série où le crime s’invite toujours à l’heure du thé.
J’ai également publié un roman feel-good et une série jeunesse sur Halloween.

Retrouvez ses livres sur Amazon, et mes coulisses sur Instagram, TikTok, YouTube, ainsi que dans ma newsletter.

Trois couvertures de livres colorées de la série ‘Bartabot Investigations’ de Fern Cristo, posées sur une table ronde en bois. En haut, le texte ‘Petite ville, grands secrets’ et en bas, ‘Plongez-vous dans les enquêtes d’Odile Bartabot’. Un papillon violet et un corbeau noir encadrent la scène
Une cuisine chaleureuse baignée de lumière douce. Au premier plan, une tasse de thé fumante posée sur une table en bois. Au-dessus, des icônes dessinées à la main flottent : une loupe, un carnet, une maison, un fauteuil, une grille de jardin et un point d’interrogation, évoquant l’univers cosy mystery.

Comment Écrire Un Cozy Mystery

Posted on July 12, 2025July 12, 2025 by ferncristo

+ kit d’écriture gratuit à télécharger

Tu rêves d’écrire un cosy mystery ? Alors cet article est fait pour toi ! Le cozy mystery — ce roman policier chaleureux où l’on résout des crimes dans une ambiance réconfortante — séduit les lecteurs qui veulent frissonner… sans cauchemarder. Mais attention : ce genre très codifié peut vite devenir répétitif si tu te contentes de recopier les mêmes recettes. Voici un guide en 5 étapes pour créer une intrigue captivante et originale, tout en évitant les clichés. Et en bonus : télécharge mon kit d’écriture gratuit pour passer de l’idée au roman !

1. Crée ton univers cosy

Commence par choisir un lieu chaleureux et pittoresque : un village fleuri, une petite ville en bord de mer, une auberge isolée ou même un train vintage comme dans Petits Meurtres et Train Couchette. Ton décor sera le cœur battant de l’intrigue.

Travaille l’ambiance pour qu’elle soit immersive et rassurante. Imagine le parfum d’un jardin, le crépitement d’un feu de cheminée, ou le bruissement d’une librairie feutrée. Ajoute de nombreux détails “feel-good” : tasses de thé fumantes, chats qui se blottissent, vaisselle ancienne et fleurs fraîches.

Voici comment je présente mon univers cosy dans le premier tome de Bartabot Investigations :

Les Enquêtes d’Odile Bartabot s’adressent à celles et ceux qui aiment les tisanes, les feux de cheminée, l’automne, les maisons victoriennes, les livres d’Agatha Christie, et les voyages en train-couchette.

Le but est simple : attirer les lecteurs qui aiment ce type d’ambiance.

Cependant, évite les clichés : oublie le village anglais parfait qu’on voit partout. Pourquoi ne pas placer ton histoire sur une île balayée par les vents ? Ou dans une station thermale sur le déclin ? Derrière la façade accueillante, sème des tensions sociales, des secrets de famille ou des traditions locales insolites.

👉 Astuce pagination : un cosy mystery fait souvent entre 250 et 350 pages (environ 70 000 à 85 000 mots). C’est assez pour développer une intrigue solide sans lasser le lecteur.

2. Conçois ton détective amateur ou privé

Crée un héros ou une héroïne attachant(e) avec une passion ou un métier original : pâtissier, brocanteur, bibliothécaire… Ces personnages “ordinaires” deviennent extraordinaires face au mystère, ce qui captive les lecteurs.

Dans ma série, j’ai choisi de briser la règle : Odile est une ancienne policière reconvertie en détective privée.

Pense aussi à offrir un compagnon fidèle : chien protecteur, chat malicieux ou même perroquet bavard. Sasha, le Berger Australien d’Odile, est devenu un personnage clé dès le tome 1 (Juste un Petit Meurtre Pour Commencer).

Attention aux clichés : évite la “vieille tante excentrique” ou la “jeune libraire maladroite”. Donne plutôt à ton détective des contradictions intéressantes : une pâtissière allergique au sucre, un vétérinaire rationnel qui refuse de croire à l’intuition…

👉 Astuce personnages : limite-toi à 5 ou 6 personnages principaux et crée une galerie de 5 à 8 suspects bien différenciés pour ne pas embrouiller le lecteur. Choisis des noms mémorables : évite d’avoir une Christine, une Christiane et un Christophe dans le même roman.

3. Élabore l’enquête

Opte pour un mystère captivant sans violence graphique comme un empoisonnement discret, une disparition inquiétante, ou un accident qui cache un meurtre. Cela dit, les crimes dans les enquêtes d’Odile Bartabot sont un peu plus violents que dans le cosy classique, mais ça reste loin de la violence du thriller.

Dans les cozy mysteries, les victimes sont souvent des personnages peu aimés de la communauté, voire carrément antipathiques ou désagréables (Aimée Anchard est une commère que les gens évitent à tout prix (tome 1 de Bartabot Investigations) ; Marthe Faberlais était détestable (tome 2 de Bartabot Investigations) Ce choix n’est pas anodin car il permet d’adoucir l’impact émotionnel du crime en évitant de plonger le lecteur dans une tristesse trop intense. Une victime antipathique facilite aussi la construction de l’enquête : chacun des suspects peut avoir une bonne raison de vouloir sa mort, ce qui enrichit l’intrigue et multiplie les fausses pistes. Enfin, ce type de victime permet de rétablir plus facilement l’harmonie à la fin du récit, car sa disparition ne laisse pas une blessure profonde dans la communauté.

Travaille tes suspects pour qu’ils aient tous une raison d’être là, et donne leur une personnalité crédible et peut-être un petit secret. Sème des indices et des fausses pistes (red herrings) pour égarer tes lecteurs.

Évite les clichés : ne fais pas du “notaire haï de tous” une victime automatique, ni d’une galerie de suspects des caricatures ambulantes. Propose une intrigue où le mobile est subtil ou inattendu, et où les fausses pistes tiennent la route.

Astuce chapitres : privilégie des chapitres courts (1 500 à 2 000 mots) pour donner du rythme et créer un effet addictif. Termine chaque chapitre par une question ou une petite tension pour pousser ton lecteur à tourner la page.

4. Ajoute la touche cosy

Insère des moments de détente : goûters, bavardages entre amis, promenades dans la nature… Ces scènes sont des pauses bienvenues dans l’intrigue.

Les relations humaines (amitiés sincères, romances légères, liens communautaires) apportent cette chaleur typique du cosy mystery.

Évite les clichés : évite d’aligner trop de scènes de thé juste pour faire joli. Fais en sorte que ces moments apportent quelque chose à l’histoire : un indice subtil, une révélation inattendue, ou un conflit qui se résout autour d’une table. Et pour les romances, oublie les triangles amoureux vus et revus. Opte pour des relations authentiques qui se construisent petit à petit.

Astuce série : pense déjà à des éléments récurrents qui évolueront au fil des tomes (une romance en filigrane, une amitié particulière, un mystère non résolu en toile de fond). Dans les Enquêtes d’Odile Bartabot, le personnage de Lenoir par example, reste un mystère qui ne sera résolu qu’à la fin du tome quatre.

5. Résous le mystère avec élégance

Fais éclore la vérité subtilement, sans scènes choquantes mais assure toi de faire un peu monter la tension sur la fin pour créer un sentiment de soulagement quand l’affaire est résolue. Ton héros peut résoudre l’affaire grâce à ses déductions, mais aussi avec l’aide de la communauté.

Restaure l’harmonie et offre une morale douce, mais pas naïve. Une légère touche douce-amère peut donner une profondeur inattendue à la fin.

Évite les clichés : oublie le coupable qui avoue tout en larmes. Pourquoi ne pas imaginer une résolution collective où chacun apporte une pièce du puzzle ? Ou un dénouement où le coupable s’éclipse, laissant planer un doute ?

Peut-on briser les règles du cosy mystery ?

Bien sûr ! Tu peux ajouter un peu plus de tension, explorer des thèmes plus sombres (sans tomber dans le gore), ou introduire une touche de fantastique. Tu peux même choisir un détective hors norme : un enfant, une personne en situation de handicap, ou un duo improbable. Le deuxième tome de Bartabot Investigations, Comment Faire Taire une Rombière, implique une dame qui a disparu d’un asile psychiatrique. Le troisième tome de Bartabot Investigations, Meurtre à l’Emporium des Curiosités, se déroule autour d’un salon de taxidermie. Ces thème sont un peu plus sombres que dans le cosy classique.

Si tu veux écrire une série, pense à :

  • Créer un univers récurrent où les lecteurs aimeront revenir.
  • Faire évoluer tes personnages secondaires d’un tome à l’autre.
  • Proposer des intrigues indépendantes reliées par un fil rouge subtil.

Le plus important ? Rester fidèle à l’ADN du cosy mystery : chaleur humaine, espoir et résolution d’un désordre moral dans un cadre réconfortant.

Tu veux en savoir plus sur le cosy mystery avant de te lancer? Voici un article que j’ai écrit sur le sujet: Le Cosy Mystery, C’est Quoi?

Avant d’écrire, prends le temps de lire

Avant de te lancer dans l’écriture de ton propre cosy mystery, lis-en plusieurs. Étudie la structure, observe comment les auteurs introduisent leurs personnages, posent leurs indices et ménagent le suspense. Note ce qui te plaît et ce qui te dérange, ce qui te surprend et ce qui te paraît trop attendu.

Décortique la construction d’un tome pour comprendre comment une intrigue se noue et se dénoue, et comment une ambiance cosy est distillée tout au long du récit. Cette étape te permettra d’éviter les pièges classiques et de t’approprier les codes du genre pour mieux les transformer.

Je te suggère de lire ma série, de me suivre sur les réseaux sociaux et de t’abonner à ma newsletter pour recevoir d’autres conseils!

Prête à te lancer ?

Pour t’aider à organiser tes idées et transformer ton projet en roman, voici un kit d’écriture spécialement conçu pour les auteurs de cosy mysteries.

✔️ Un carnet numérique pour structurer ton intrigue et tes personnages.
✔️ Un planning sur 12 mois pour écrire en douceur sans pression.

Avec ces outils, ton cosy mystery prendra forme plus vite que tu ne l’imagines !

Couverture du roman Norferville de Franck Thilliez sur fond enneigé, avec des annotations manuscrites indiquant les points forts du livre : intrigue haletante, froid mordant, duo efficace, sujet important et ambiance immersive

Norferville de Franck Thilliez : Un Thriller Glacial et Magistral

Posted on July 8, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Norferville de Franck Thilliez m’a tenue éveillée jusqu’au cœur de la nuit. À mes yeux, Thilliez est le grand maître du polar français, et ce dernier roman en est une preuve éclatante.

Un polar au cœur du Grand Nord québécois

Publié en 2024, Norferville nous entraîne dans une atmosphère glaciale et oppressante, au cœur du Grand Nord québécois. Dans cette petite ville minière qui donne son nom au livre, un crime brutal secoue la communauté : Morgane, une jeune Française, est retrouvée mutilée dans la neige. Son père, Teddy Schaffran, criminologue à Lyon, se rend sur place pour comprendre ce qui est arrivé à sa fille. Sur le terrain, il fait équipe avec Léonie Rock, lieutenante métisse de la Sûreté du Québec, originaire de Norferville et hantée par un traumatisme d’enfance. Ensemble, ils plongent dans une enquête où secrets enfouis, tensions sociales et blessures du passé affleurent sous la glace.

Un roman noir engagé et percutant

Au fil des pages, Norferville aborde des thèmes puissants : les violences faites aux femmes autochtones, le racisme systémique, la culpabilité parentale et les cicatrices psychologiques. Thilliez mêle avec brio le polar classique et le roman noir social, construisant une intrigue tendue, ponctuée de rebondissements glaçants et de scènes choc.

Une atmosphère glaciale et des personnages marquants

Le duo formé par Léonie et Teddy, deux personnages abîmés par la vie, donne à l’histoire une profondeur émotionnelle rare. Comme toujours, Franck Thilliez excelle dans les descriptions : on ressent le froid mordant, on voit les paysages enneigés aux tons de blanc et de gris, on entend le vent tranchant. Le décor devient un personnage à part entière, renforçant le sentiment d’isolement et la brutalité du récit.

Pourquoi lire Norferville cet été ?

Si l’intrigue est fictive, les problématiques abordées, elles, sont bien réelles. Si la condition des femmes amérindiennes vous intéresse, regardez ce clip de TV sut le sujet. Ce roman m’a marquée bien plus que mon dernier Guillaume Musso (Angélique). Ici, on est dans un thriller noir, dur, parfois gore (âmes sensibles, attention), mais aussi intelligent, engagé et magnifiquement écrit.

👉 Si tu cherches un bon polar pour cet été, Norferville est un incontournable. File l’acheter dans ta librairie préférée pour des lectures qui te donneront des frissons, même sur la plage !

Quand La Fiction et la Réalité Se Croisent : Les Coulisses de « C’est là que tu te sens chez toi »

Posted on July 4, 2025July 12, 2025 by ferncristo

C’est là que tu te sens chez toi , c’est un petit bout de ma vie

Quand on me demande si C’est là que tu te sens chez toi est autobiographique, je souris. La réponse est : un peu… et pas vraiment. Oui, comme Édith, mon personnage principal, je suis française et j’ai quitté New York après un divorce difficile pour m’installer dans le Colorado. Moi aussi, j’ai envisagé d’ouvrir un café dans le quartier des Highlands, même si je n’ai jamais eu les fonds (ni, à vrai dire, le courage) pour me lancer. Et oui, mon futur ex-mari s’est lui aussi installé dans le Colorado. Mais à la différence d’Édith, nous avons réussi à élever notre fils ensemble, sans avocat, sans bataille.

Mais les similitudes s’arrêtent là.

Quand la fiction s’inspire du réel

Comme beaucoup d’auteurs, je m’inspire de la vie : des événements, des lieux, des émotions, parfois des gens. Ce roman est né de ces fragments de réel que j’ai réarrangés pour créer une histoire à part entière. Combien de romans, d’ailleurs, ont commencé par un simple fait divers ou une envie fugace ?

Pour moi, ce livre est plus qu’une histoire : il a été un cocon durant son écriture. Mes personnages sont devenus des amis avec qui je passais du temps. C’était mon tout premier roman, et je m’y suis attachée profondément.

Le Colorado, un personnage à part entière

Dans le roman, j’ai voulu que le Colorado ne soit pas qu’un décor : c’est un personnage à part entière.

Le quartier des Highlands

Un café et une librairie dans la rue Tennyson où Edith ouvre son café

On y découvre le quartier des Highlands, au nord de Denver, avec ses maisons victoriennes colorées, ses petites rues pleines de charme et ses cafés cosy qui sentent bon le café fraîchement moulu. Ces lieux dégagent une atmosphère chaleureuse, propice aux confidences et aux rencontres improbables – exactement le type d’endroit où Édith rêve d’ouvrir son coffee shop.

La rue piétonne de Pearl Street à Boulder.

La ville de Boulder

Il y a aussi Boulder, nichée au pied des montagnes, où la rue piétonne invite à flâner parmi les cafés et les librairies. C’est une ville hippie, riche et étudiante, tout en contraste, où l’on croise des sportifs en legging, des professeurs d’université et des musiciens de rue qui cohabitent avec les boutiques chics et les restaurants branchés. C’est dans un de ces restaurants de Pearl Street que Quentin rencontre Kevin pour la première fois, une scène où la tension et l’émotion se mêlent à l’ambiance animée de la ville.

Le théâtre en plein air qui accueille le festival Shakespeare chaque année.

Et puis, il y a le Shakespeare Festival sur le campus de l’université de Boulder. Dans le roman, Kevin et Quentin y vont voir une pièce de théâtre sous les étoiles, dans l’amphithéâtre en plein air. Fun fact : pendant dix ans, mon bureau était dans le bâtiment juste à côté. Aux beaux jours, j’aimais m’y installer pour boire un café ou manger un sandwich, bercée par l’effervescence du campus. Dès la fin mai, le bâtiment bourdonnait d’activités en préparation du festival : décors, répétitions, techniciens qui allaient et venaient… une énergie que j’ai eu envie de capturer dans cette scène du livre.

La station thermale de Glenwood Springs

Et puis, plus loin, Glenwood Springs, avec ses sources chaudes et ses paysages spectaculaires, offre à Édith et Tim une parenthèse hors du temps pour apprendre à mieux se connaître. C’est un lieu parfait pour ralentir, respirer et peut-être… se reconstruire.

Dans le roman, ils séjournent à l’Hôtel Colorado, qui existe bel et bien. C’est un hôtel historique, avec ses couloirs chargés d’histoires, son architecture grandiose et une atmosphère un peu hors du temps. Quand j’ai visité cet endroit pour la première fois, j’ai tout de suite su que je voulais en faire un décor de fiction : il y a là quelque chose de romanesque, entre charme ancien et petites touches de mystère.

Rien que d’y penser, j’ai envie d’y réserver un séjour. Depuis quelque temps, mes filles me le demandent. C’est devenu une tradition : nous y allons presque chaque année, et chaque visite est une nouvelle occasion de savourer la magie des lieux, de nous détendre dans les eaux chaudes et de profiter ensemble de ce coin hors du temps.

Une suite à C’est Là Que Tu Te Sens Chez Toi?

Depuis la fin de l’écriture, une idée me trotte dans la tête : écrire une suite, d’autant que mes lecteurs me la demande. J’ai déjà tout un plan, le titre et les grandes lignes… il ne me manque que le temps.

Comme beaucoup d’autrices indépendantes, je jongle avec une carrière prenante, mes enfants et l’écriture. Je n’écris pas à plein temps. J’écris sur mes soirées, mes week-ends, mes vacances. Quand on me demande où je trouve le temps, je réponds : “c’est tout mon temps libre que j’y consacre.” C’est un choix, et je l’adore.

Si seulement un milliardaire voulait sponsoriser mon écriture… mais en attendant, je continue à créer, page après page, avec passion.


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Illustration de l’agence fictive Bartabot Investigations, avec une femme brune ouvrant la porte et un chien devant, accompagnée du titre 'Le cosy mystery, c’est quoi ?' sur fond rose, décoré de livres et d’un hibou. Visuel destiné à un article de blog sur le genre cosy mystery.

Le Cosy Mystery, C’est Quoi ?

Posted on July 2, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Quoi de plus réconfortant qu’un bon polar… quand il est servi avec une tasse de thé fumante, une couverture moelleuse, et un chat qui ronronne sur les genoux ?
Le cosy mystery* — ou polar douillet — mêle intrigue criminelle et atmosphère cocooning. C’est un genre à part, à la fois chaleureux et intrigant, qui connaît un véritable essor en France depuis quelques années.

C’est justement cette alliance entre mystère et douceur qui m’a fait tomber amoureuse du genre. En tant que lectrice, j’y ai trouvé un refuge. Et en tant qu’autrice, j’ai eu envie de créer à mon tour un petit monde rassurant où l’on enquête sans perdre son thé des yeux, en écrivant une série de cosy mysteries feel good.

Mais d’où vient le cosy mystery ? Pourquoi plaît-il autant aux Français ? Et qu’est-ce qui le rend unique ? Installez-vous confortablement : je vous raconte tout.

*Cosy (Angleterre) ou cozy (USA), les deux orthographes sont correctes.

Qu’est-ce qu’un cosy mystery ?

Fermez les yeux et imaginez une soirée d’hiver, un feu qui crépite dans la cheminée, un plaid bien chaud et un roman plein d’humour et de rebondissements où l’on enquête sur un meurtre, sans jamais se sentir en danger. Voilà l’essence du cosy mystery.

Ce n’est pas tant l’action ou la violence qui captivent, mais l’ambiance. On lit un cosy pour le plaisir du décor, des personnages attachants, de la communauté soudée, et du petit frisson qui fait battre le cœur. Je ne lis pas un Agatha Raisin pour l’intrigue mais pour m’immerger dans le monde de M.C. Beaton et retrouver des personnages familiers auxquels je me suis attachée.  

J’ai mentionné l’humour et les rebondissements car ce sont des éléments clés du cosy. Fiona Scotti-Peter (3) en décrit l’écriture ainsi :

“Le style d’écriture cozy mystery est généralement léger et fluide, avec une bonne dose d’humour et de dialogues vivants.  Les auteurs utilisent des descriptions détaillées pour créer des univers familiers et réconfortants, où l’on a envie de se plonger.”

Exemple de passages cosy:

Example 1

Dans mon recueil de nouvelles Petits Meurtres et Train Couchette, c’est une tempête de neige qui coince les personnages dans un train cossu au milieu de la montagne.

Dans Juste un Petit Meurtre Pour Commencer , ce sont les teintes automnales qui enveloppent l’intrigue : feuilles rousses, odeurs de bois mouillé, plaids écossais et thé brûlant rythment une enquête feutrée, presque mélancolique.

Extrait:
La cloche de l’église sonna cinq fois, et la foule envahit les rues. Les tramways s’activèrent à leur tour, se chargeant de ramener chez eux les employées de bureau, banquières et autres pharmaciennes. Odile finit son café, lava et essuya sa tasse puis quitta l’agence. Une fois sur le trottoir, elle releva le col de son gilet en laine et huma l’air comme un écureuil aux aguets. Bientôt, des rivières de feuilles mortes remplies d’enfants rieurs joncheraient les trottoirs de la ville.

Example 2

Dans Comment Faire Taire une Rombière , on glisse vers l’hiver, la neige étouffe les bruits, le feu crépite doucement, et un petit café aux fenêtres embuées offre à la détective une parenthèse gourmande, propice à la réflexion sur l’enquête.

Extrait:
« Quand les affaires vont vraiment démarrer, elles ne s’arrêteront plus », avait dit Pervenche.
Odile avala le reste de sa tasse de café, attrapa son sac et son manteau et sauta sur la marche du tram alors qu’il se mettait en branle. Assise près d’une fenêtre, elle regarda tomber les tout premiers flocons de la saison.

Example 3

Enfin, Meurtre à l’Emporium des Curiosités célèbre l’arrivée du printemps, les journées pluvieuses, et la nature qui s’éveille.

Extrait :
Violine Degrenie resserra le châle en laine qui couvrait ses épaules. Après un hiver particulièrement âpre, le printemps avait finalement réussi à s’imposer à Soleilcity. Il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises et redoubler d’efforts pour faire fondre les dernières nappes de neige durcie, réchauffer le sol et convaincre les narcisses et les tulipes d’affronter le grand air.

Sous une épaisse canopée de chênes, les fougères du bois des Chartreux déroulaient leurs frondes vert tendre et régalaient les hardes de cerfs. La brume matinale commençait à se dissiper et les rayons du soleil se faufilaient au travers des branches, capturant dans leurs faisceaux dorés les trésors de la terre : des champignons, des fleurs sauvages, des tubercules ou encore le cadavre d’une jeune pie.

Donc pour résumer

Chaque histoire est pensée comme un cocon dans lequel un crime vient se glisser sans prévenir. Et c’est exactement cela, le cœur du cosy mystery : le contraste entre le danger de l’intrigue et la sécurité du décor. L’enquête se déroule en chaussons.

Un genre de plus en plus populaire

Le cosy mystery connaît un véritable boom, notamment depuis la pandémie. Pourquoi ? Parce qu’il offre un refuge. Contrairement aux thrillers anxiogènes ou aux polars ultra-violents, où l’enquête est souvent menée par un inspecteur désabusé, divorcé et porté sur la bouteille, le cosy mystery offre un univers réconfortant, où — malgré le meurtre — l’ordre et la sérénité finissent toujours par revenir.
Il séduit particulièrement les lectrices (et lecteurs !) en quête de douceur, de nature, de relations humaines et d’un bon mystère à résoudre.

Comme l’explique Anne Michel (1) qui a introduit les romans de M.C. Beaton au lectorat français :
“Je me suis dit que un, les gens en avaient peut-être assez du [roman] noir, de la violence du [roman] noir et que des livres comme ça sont aussi des livres rassurants. Il y avait aussi le succès de [la série de Julian Fellowes] “Downton Abbey” en France qui avait ouvert la voie à un regain d’intérêt pour la culture anglaise. Donc grâce à tout ça, je me suis dit que c’était peut-être le moment favorable pour lancer ce type de livre.” Anne Michel 

Sur les réseaux sociaux, des comptes comme @carofromwoodland ou encore @cosy&mystery, @the_pumpkin_library et @sd.fischer mettent en avant un véritable style de vie cosy : lectures douillettes, tasses de thé fleuries, bibliothèques en bois clair, bougies parfumées, animaux paresseux…

Dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, la boutique de Soleilcity où débute l’intrigue devient un véritable cocon : meubles anciens, objets étranges, vieilles recettes de cuisine, même les meurtres semblent s’y dérouler avec élégance.

Le polar douillet: un phénomène surtout féminin 

On ne peut parler du cosy mystery sans évoquer sa dimension profondément féminine. Historiquement, le genre a été façonné par des autrices emblématiques comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou M. C. Beaton. Il continue aujourd’hui d’attirer une majorité de femmes, que ce soit du côté des écrivaines ou des lectrices. Ce lien s’explique sans doute par plusieurs éléments.

D’abord, les femmes lisent plus de fiction que les hommes. Aux Etats-Unis, par exemple, les femmes représentent 80 % des ventes de fiction ! C’est fou, non ?  (4)

Ensuite, les héroïnes de cosy mystery sont souvent des femmes fortes, intelligentes, curieuses, parfois excentriques — des figures auxquelles les lectrices peuvent s’identifier, qu’elles soient bibliothécaires, retraitées, sorcières ou pâtissières.

Enfin, les intrigues évitent généralement la violence graphique et s’inscrivent dans des univers chaleureux et rassurants, souvent centrés sur la communauté, la maison, les relations humaines — des thématiques qui résonnent avec les codes de la fiction dite « féminine », sans jamais s’y réduire ou tomber dans des clichés misogynes.
Ça ne veut pas dire que les femmes n’aiment pas la violence en littérature. Elles consomment aussi leur quota de polars et de thrillers, mais le cosy offre un répit, une petite pause relaxante.

Les origines du cosy mystery

Couverture d'un livre d'Agatha Christie

Le genre naît dans les années 1920-1930 en Angleterre, en pleine période Agatha Christie. Miss Marple, détective amateur dans un village anglais, est l’archétype du genre: perspicace, discrète, et toujours bien mise.

Les autres figures clés ont façonné le cosy mystery moderne :

  • Dorothy L. Sayers et son Lord Peter Wimsey
  • M.C. Beaton, grande dame du cosy contemporain, avec ses séries Agatha Raisin et Hamish Macbeth
Quatre couvertures de livres de M.C. Beaton en français : 'Agatha Raisin enquête - Drôles d’oiseaux', illustrée avec des personnages farfelus et des oiseaux ; 'La première enquête d’Agatha', couverture rouge avec une silhouette féminine ; 'Les Chroniques de Bond Street', tome 1, montrant un hôtel animé ; et 'Hamish Macbeth - Pas de fumée sans feu', avec un policier écossais et un feu de cheminée.

Et n’oublions pas les enquêtes d’Alice qui ont marqué notre enfance !

Odile Bartabot: Un cosy mystery à la française

Dans la série Odile Bartabot, j’ai voulu crée un cosy mystery à la française : une petite ville pittoresque, des personnages hauts en couleur, et un décor enchanteur entre ville et forêt. Toujours ce même fil conducteur : une communauté soudée, une héroïne futée, et un mystère à résoudre avec tact (et thé). Mais j’ai aussi voulu y apporter une touche de modernité : une représentation plus inclusive avec des personnages en situation de handicap comme Célestine et Éloïse, des personnages LGBTQ+ comme Thom et Mathew, les patrons du Nid Bleu, des jeunes, des anciens — parce que le mystère, lui, n’a pas d’âge. Lisez mon blog intitulé Cosy Mystery, Représentation et Féminisme : Utiliser les Clichés pour Combattre les Idées Préconçues si ce sujet vous intéresse.

Meurtre et cocooning : un paradoxe irrésistible

Pourquoi aimons-nous tant les cosy mysteries ?

Peut-être parce qu’ils nous permettent de vivre un danger en toute sécurité.
Lire un cosy, c’est comme regarder la neige qui tombe tout en étant bien au chaud à l’intérieur. Le crime nous intrigue, mais on sait que tout finira bien.

Dans chaque tome des Enquêtes d’Odile Bartabot, un meurtre mystérieux secoue la ville de Soleilcity. Mais entre deux interrogatoires, Odile déguste des tisanes avec sa grand-mère et passe des soirées douillettes au coin du feu avec son chien. Le drame ne supplante jamais la douceur.

Les ingrédients d’un bon cosy mystery

Voici les éléments qu’on retrouve (presque) toujours dans un cosy :

  • Un lieu fermé (Soleilcity)
  • Une héroïne redoutablement intuitive (Odile Bartabot et sa grand-mère, Pervenche)
  • Une communauté de personnages secondaires hauts en couleur (Pervenche, Célestine, Apolline, etc.).
  • Peu ou pas de violence graphique
  • Un ton léger, souvent humoristique
  • Et bien sûr… des pauses thé, des moments doux, et des animaux attachants (Sasha).

Dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, l’enquête se déroule autour d’une boutique de taxidermie. Le crime est grave, mais les dialogues piquent, les personnages sont attachants et la ville forme un cocon apaisant.

Des cosy à thème pour tous les goûts

L’un des plaisirs du cosy mystery moderne, c’est la variété de ses univers. De nombreuses séries se sont spécialisées dans un thème original, souvent lié à une passion ou un métier. Voici quelques exemples populaires :

  • La pâtisserie et les glaces, comme par exemple Les Enquêtes d’Hannah Swensen de Joanne Fluke.
  • Les fleurs, la couture, le tricot, comme The Flower Shop Mysteries de Kate Collins (pas traduit en français)
  • Les livres et librairies anciennes comme Les Secrets de la Librairie de Claire Beaumont .
  • Les animaux de compagnie comme Les Mystères de Razzy et le chat détective de Courtney Farlin
  • Les cafés, salons de thé et vignobles comme les Tea Shop Mysteries de Laura Childs
  • Et enfin, les cosy mystères fantastiques et magiques où sorcellerie, chats qui parlent, grimoires anciens et tisanes envoûtées s’invitent dans l’enquête. Prenez par exemple Magie et Compagnie de MJK.

Comme l’explique l’autrice de ce blog (2): “Au final, les enquêtes policières mêlent le surnaturel avec le réel. Selon les auteurs et les livres, la part entre surnaturel et réel peut être dosée de différentes façons. Soit on est dans un univers très réel avec peu d’ajouts surnaturels, soit on bascule complètement dans un univers fantastique et on s’émancipe alors beaucoup de la réalité.”

Et Odile Bartabot dans tout ça?

Dans les Enquêtes d’Odile Bartabot, je joue moi aussi avec les lieux : un café cocooning (le Nid Bleu), un train Art déco (Petits Meurtres et Train Couchette), un manoir, une boutique de curiosités. Chaque décor façonne une ambiance, un univers, un mystère. Et c’est ce qui rend l’enquête encore plus savoureuse. L’intuition surprenante d’Apolline et le fait que sa mère soit soupçonnée de sorcellerie ajoute une petite note de fantastique.

Les couvertures de cosy mystery : un univers graphique à part entière

Impossible de parler de cosy mystery sans évoquer leurs couvertures reconnaissables entre mille. Colorées, ludiques, pleines de charme, elles reprennent souvent les éléments suivants :

  • Un animal mignon, souvent un chat ou un chien
  • Un objet lié au thème : pâtisserie, livres, plantes, tricot…
  • Un indice discret, une loupe ou une silhouette mystérieuse
  • Un décor chaleureux : cottage, boutique fleurie, bibliothèque ancienne…
  • Des tons pastels ou très vifs, pour refléter la légèreté du genre

Ces couvertures ne montrent presque jamais la violence : on est dans l’élégance, le clin d’œil, l’ambiance cosy avant tout.

Quatre couvertures de cosy mysteries en français : 'Floraison funèbre' de H.Y. Hanna avec un jardin fleuri et un chat roux, 'Meurtre dans les Lavandes' de Ena Fitzbel avec un chiot blanc et des brins de lavande, 'Vision macabre' de Sherly Holmes avec une femme rousse et un chat noir, et 'Squelettes et robes de bal' de Shelly Ann Keller avec une maison américaine et une camionnette décorée pour l’automne.

Et Odile Bartabot dans tout ça?

Les couvertures de la série Odile Bartabot, par exemple, évoquent la pittoresque ville de Soleilcity et ses bâtiments colorés. Dans Comment Faire Taire une Rombière, on découvre le charme désuet d’un manoir à la période des fêtes ; et dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, la couverture présente un terrarium décoré d’un crâne animal, de fleurs et de papillons.

Trois couvertures de la série cosy mystery 'Bartabot Investigations' écrite par Fern Cristo : 'Meurtre à l’Emporium des Curiosités' avec un terrarium et des objets mystérieux, 'Juste un petit meurtre pour commencer' avec une femme sur un scooter dans une rue colorée, et 'Comment faire taire une rombière' avec une maison illuminée sous la neige.

Ce sont des invitations à entrer dans un monde où le crime n’éclipse jamais le charme du décor.

Si vous vous promenez sur Instagram avec les hashtags
#cosymystery #cozymysterybooks #cosycrime, vous verrez à quel point ces couvertures sont devenues un élément central du marketing visuel du genre — au point d’être parfois collectionnées pour leur beauté seule !

En conclusion

Le cosy mystery, sous ses airs légers, n’est pas si facile à écrire. Il faut savoir construire un monde riche et cohérent, inventer des personnages attachants mais nuancés, trouver le ton juste entre humour, tendresse et tension… et surtout imaginer une intrigue solide, crédible et bien rythmée. Car si l’ambiance est la clé du cosy, le mystère en reste le cœur battant.

Et pourtant, je remarque parfois que certaines histoires souffrent d’un scénario trop prévisible, d’indices placés sans finesse, ou de clichés qui affaiblissent la tension dramatique. Le cosy mystery peut alors perdre de son charme, et devenir une succession de jolies scènes creuses.

C’est là tout le défi — et le plaisir — pour une autrice comme moi : offrir une lecture réconfortante sans jamais sacrifier la qualité de l’enquête.

Alors, prête à résoudre un crime au coin du feu ? Commande dès maintenant le premier tome des Enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr.

Et si tu veux te lancer dans l’écriture d’un cosy mystery, consulte mon blogue Comment écrire un cosy mystery et télécharge le kit d’écriture gratuit.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Cadavre Impromptu à L’ Auberge des Murmures (Nouvelle 4/5)

Posted on June 29, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Petits Meurtres et Train Couchettes est une série de cinq nouvelles qui met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce quatrième épisode, alors que le train est immobilisé au bord d’un lac gelé, Odile se souvient d’une affaire qu’elle a résolue dans une petite auberge de campagne en pleine tempête de neige.

Lire le premier épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le deuxième épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le troisième épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.

Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Cadavre Impromptu à L’Auberge des Murmures (nouvelle 4/5)

La porte coulissante glissa sur ses rails et une Nadine hagarde aux yeux bordés de cernes bleutés se glissa dans la cabine du trio Bartabot.
— Je n’en peux plus ! gémit-elle en s’effondrant sur la banquette. Ils ne sont jamais satisfaits. Il leur faut des couvertures, des bains de pieds, des verres d’eau à onze degrés, et ils me poursuivent dans le couloir et jusqu’aux toilettes pour exiger des nouvelles alors que je n’en ai pas.
Sa voix se brisa et Odile s’assit à côté d’elle tandis que Célestine vidait le fond de la théière dans une tasse propre. La jeune femme accepta l’offrande avec reconnaissance. Le thé encore chaud l’aida à reprendre ses esprits.
— Prenez donc un instant, Nadine. Les passagers attendront, dit Pervenche.
— Mais je ne peux pas…
— Mais si, vous pouvez, insista Pervenche d’un ton sans appel.
Trois coups frappés à la porte les firent sursauter. Pervenche entrouvrit le battant et se glissa à l’extérieur. Des éclats de voix retentirent puis un long silence s’installa.
— Voilà, dit-elle d’un air satisfait.
— C’était qui ? s’inquiéta Nadine.
— Une duchesse ou une baronne, ronchonna-t-elle. Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve dans ces titres ridicules ?
— Et qu’est-ce que vous lui avez dit ?
— Que vous étiez souffrante, une indisposition digestive très contagieuse. Je lui ai dit de garder ses distances et d’avertir les autres passagers. Le Titanic manquait de canots de sauvetage, et nous on va manquer de papier toilette si ce virus se propage, dit-elle en rigolant.
— Madame Bartabot ! dit Nadine d’un air consterné. Je ne suis pas malade !
— Mais si. Vous avez mal au ventre, déclara Pervenche. Maintenant, Nadine, dites-moi, comment est-ce qu’il est mort, notre chauffeur de train ?
Le visage de la cheffe de wagon se vida de son sang et elle se frotta nerveusement les mains.
— Mais comment est-ce que… balbutia-t-elle.
Pervenche tapota sa narine droite du doigt.
— Je les sens, ces choses-là. Une trépidation dans l’air, une expression de biche affolée sur le visage de ceux qui savent. Ça fait longtemps que je fais ce métier, vous savez.
— Le conducteur est mort ? s’étonna Odile.
— Oui, confirma Nadine. Il s’est effondré sur le tableau de bord, il a juste eu le temps de tirer sur le frein de secours pour arrêter le train.
— Vous avez vu le corps ? demanda Pervenche.
— Non, le chef de la sécurité et le chef de train ont refusé de me laisser entrer ou de répondre à mes questions. Je sais ce qu’il en est parce que j’ai surpris leur conversation. Ils m’ont ordonné de garder le secret pour ne pas alerter les passagers. Ils sont en contact avec la police de Soleilcity par radio. Un inspecteur et un agent ainsi qu’un chauffeur de remplacement arriveront d’ici peu.

Odile jeta un œil par la fenêtre. Un soleil pâle projetait une lumière blafarde sur le lac gelé où un large rassemblement d’oies sauvages piétinait la glace de leur patte palmée. Le train serait à l’arrêt pendant plusieurs heures, songea-t-elle. Il faudrait continuer à chauffer les wagons, maintenir l’électricité ainsi que les pompes et les circuits d’eau. Les passagers du Pic Express n’étaient pas du genre à sacrifier la moindre once de confort.
— Est-ce qu’on aura assez de carburant pour arriver à destination ? demanda Odile.
— Oui, ça devrait aller, la rassura Nadine. C’est juste que…
— C’est juste que quoi, Nadine ? la pressa Pervenche.
— Eh bien, la météo prévoit une tempête de neige et ça risque de ralentir l’arrivée des secours. On peut encore tenir quelques heures, mais pas plus. Sinon, on risque de tomber en panne et il faudra qu’on se fasse remorquer. Et puis, il y a le corps du chauffeur, toujours dans la cabine de la locomotive…
Ses derniers mots s’échouèrent sur ses lèvres et un frisson la parcourut.
— S’il y a un meurtrier à bord, il n’ira pas loin, dit Pervenche, le regard perdu dans le paysage à la fois hostile et majestueux que la fenêtre de la cabine lui offrait.
Le silence de ses compagnes la ramena à la réalité. Célestine, Odile et Nadine la dévisageaient avec insistance.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Pervenche.
— Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il a été assassiné ? s’enquit Nadine.
— Oh, déformation professionnelle, répondit-elle légèrement. C’est sûrement une crise cardiaque ou un étouffement qui l’a emporté. (Elle pointa du doigt les nuages qui s’accumulaient à l’horizon.) Vous avez raison, Nadine. Le temps va se gâter, dit-elle en évitant le regard inquisiteur d’Odile. Restez donc là bien au chaud, je reviens dans un instant.
Je devrais retourner travailler, gémit Nadine en scrutant le fond de sa tasse d’un air déconfit.
Et refiler ce virus à tous les passagers ? s’exclama Pervenche. C’est hors de question. Ça ne serait pas très responsable de votre part. Je vais aller remplir la théière. Nadine, où est-ce que vous cachez vos sachets de thé ?
Dans le petit placard au-dessus de la poubelle, répondit-elle du tac au tac. C’est vrai que j’ai un peu mal au ventre, s’étonna-t-elle en posant la paume de ses mains sur la ceinture de son pantalon.
Puisque je vous le dis. Reposez-vous, et quand je reviendrai, Odile nous racontera l’affaire qu’elle a résolue un jour de tempête dans une petite auberge coupée du monde.
Pervenche ouvrit la porte pour inspecter le couloir avant de s’y glisser silencieusement. Elle gagna la voiture-restaurant sans se faire remarquer. Le personnel de cuisine était occupé à servir les quelques passagers matinaux qui s’étaient agglutinés autour d’une table. La fatigue avait fait tomber les masques hautains, et ils bavardaient avec animation, commentant les articles du journal qu’ils se partageaient.
— Madame Bartabot, quelle heureuse surprise ! s’exclama Jules Navet. (Puis il baissa la voix :) Vous ne trouvez pas cela suspect, cette histoire de problème mécanique ?
Pervenche haussa les épaules.
— Non, pas particulièrement. C’est un vieux train qui a été restauré. Il tombe sans arrêt en panne. Ça fait partie du charme, non ?
Elle salua l’homme de la tête puis partit sans attendre sa réponse. Quelques minutes plus tard, elle était de retour en cabine et déposait son butin sur la table. Un thermos d’eau chaude, une boîte de thé et un paquet de biscuits secs.
Célestine s’empressa de faire le service puis alla se coller contre sa sœur.
— Allez, vas-y, raconte, Odile, la pressa-t-elle les yeux brillants d’excitation.
Odile sourit.
— Mais tu la connais, cette histoire, Célestine. Je te l’ai racontée cent fois.
— Oui, mais à Nadine, non.
— D’accord. Alors, voyons. Cette affaire remonte à environ deux ans. Mon, heu, mon ami et moi avions décidé d’aller passer quelques jours à la campagne dans une auberge qu’un collègue m’avait recommandée.
— Son « ami », expliqua Célestine, c’était aussi son partenaire de police, alors ils étaient obligés de se cacher parce qu’ils n’avaient pas le droit de sortir ensemble.
— Merci, Célestine, dit Odile en rougissant.
— De rien, Odile. Continue.
Célestine croqua dans un biscuit et balaya les miettes de son haut de pyjama.
— C’était en mars, commença Odile. Nous sommes arrivés à l’Auberge des Murmures un vendredi soir. Le couple d’aubergistes, Rose et René Bernarier, nous a accueillis chaleureusement. Ils avaient la cinquantaine, et le grand air et les produits du terroir semblaient leur réussir. Quelques années plus tôt, ils avaient hérité de la maison, une ancienne demeure familiale, et ils avaient quitté leurs emplois respectifs pour la rénover. Leur rêve était d’en faire une auberge conviviale, isolée au cœur de la campagne, un havre de paix pour les gens de la ville.
— Combien de chambres est-ce qu’il y avait ? demanda Pervenche, irritée par les détails inutiles sur lesquels Odile s’appesantissait.
— Je ne sais plus exactement. Cinq ou six, peut-être ? Bref, le premier soir, nous avons dîné avec un couple de retraités, et un homme venu seul. L’homme n’a pas prononcé une parole de la soirée. Et nous non plus. Les deux retraités ont monopolisé la conversation, lui avec ses trente années passées derrière un comptoir de pharmacie et elle comme représentante commerciale pour un laboratoire.
— Donc il n’y avait que trois clients en plus de vous ? demanda Pervenche.
Jusque-là, oui, confirma Odile. Le lendemain matin, on a fait une balade dans la campagne et on est allés voir les chevaux à l’entraînement dans un haras situé à proximité de l’auberge. Quand on est rentrés à l’auberge vers midi, la neige s’était mise à tomber. La météo annonçait un blizzard. On s’apprêtait à regagner notre chambre quand une femme est arrivée dans un cliquetis de gros bijoux, chargée de sacs et vêtue d’une grande cape noire.
— Et alors, ce meurtre, il arrive ? demanda Pervenche sèchement.
— J’y viens, Pervenche. Un peu de patience. Je pose les jalons de l’enquête.
Pervenche pinça les lèvres et se renfonça sur sa banquette.
— Cette femme s’appelait Célia Lavigne. Elle travaillait pour une organisation chargée d’assurer le bon traitement et la protection des chevaux de courses. Elle venait une fois par an, souvent vers la fin de l’hiver. Nous l’avons saluée puis, de retour dans notre chambre, j’ai allumé la cheminée puis j’ai lu un livre pendant que Sébastien écoutait un match de foot à la radio. Il neigeait toujours quand on est descendus dîner avec les invités vers dix-neuf heures et on a passé la soirée dans le salon à discuter et à jouer aux dames. Une soirée très relaxante, je dois dire, exactement ce qu’on recherchait. On est montés se coucher un peu après vingt-trois heures trente, et vers six heures du matin, un hurlement nous a réveillés.
— Eh bien il est temps, grommela Pervenche.
— On a été tellement surpris qu’on a dégringolé les escaliers, pieds nus et en pyjamas, continua Odile.
— Et il y avait un cadavre dans le salon, finit Célestine.
— Oui, en effet, dit sa sœur qui avait, à contrecœur, abandonné l’idée de protéger sa sœur des détails de sa profession. Une femme vêtue d’un pyjama en soie rouge et d’un peignoir assorti était allongée sur le tapis, sa tête baignait dans une flaque de sang.
Célestine frissonna et remonta sa couverture sur ses épaules.
— Un meurtre ? demanda Nadine.
— Oui, un meurtre, confirma Odile. La position du corps et sa situation dans le salon nous ont permis de déduire qu’on l’avait poussée violemment par-dessus la rambarde de la mezzanine qui menait aux chambres. Ses avant-bras présentaient des ecchymoses suggérant qu’elle s’était débattue.
— Et personne ne l’a entendue tomber ? Elle n’a pas crié ? s’enquit Nadine.
— Personne n’a rien entendu, Fichaux et moi-même inclus. Les chambres étaient situées dans une aile de l’auberge et il fallait longer un long couloir, traverser la mezzanine puis descendre les escaliers pour accéder au salon où elle gisait.
— Et la victime, je suppose que c’était Célia ? avança Nadine.
— Non, ce n’était pas Célia.
— C’était qui, alors ? La femme de l’aubergiste ?
— Non plus.
— Mais qui, alors ?
— Une parfaite inconnue, annonça Odile d’une voix théâtrale qui fit rire Célestine, mais pas leur grand-mère.
— Comment ça, une parfaite inconnue ? s’exclama Nadine.
— Les patrons de l’auberge et les clients ont juré ne l’avoir jamais vue, dit Odile.
— Elle serait arrivée pendant la nuit ? suggéra la cheffe de train après un moment de silence.
— Pas par cette tempête. Impossible. Et certainement pas dans cette tenue, dit Pervenche.
— Alors elle était déjà là et elle se cachait ? suggéra Nadine.
— C’est ce que je me suis dit. Mais la suite des événements a été encore plus étrange. Non seulement personne ne connaissait cette femme, mais le client de la chambre adjacente à la nôtre avait disparu.
— Comment ça, disparu ? demanda Nadine.
— Volatilisé. Il était allé se coucher un peu avant nous la veille, et au matin, il n’était pas descendu déjeuner. Vous imaginez bien qu’on s’en est aperçus tout de suite, et on l’a immédiatement soupçonné. Nous sommes montés dans sa chambre…
— Mais elle était vide, intervint Célestine.
— Oui, confirma Odile, et les effets de Grégoire Topain étaient encore là, ainsi qu’une valise avec des vêtements de femmes.
— Donc la victime était bien arrivée avec monsieur Topain.
— De toute évidence, oui, mais, il avait souhaité cacher sa présence.
— Sûrement un couple illégitime, grommela Pervenche.
Odile leva un sourcil à l’attention de sa grand-mère dont la mauvaise foi était presque comique tant elle était aberrante. Pervenche entretenait elle-même une liaison avec un homme marié depuis plus de vingt ans.
— On s’est dit qu’il devait l’avoir fait entrer par une fenêtre, continua Odile. Fichaux a alors émis l’hypothèse que le couple était en fuite. Il se serait fait rattraper, la femme aurait été assassinée et Topain aurait réussi à s’enfuir.
— Mais dans sa fuite précipitée, il aurait pris le temps de verrouiller la porte de l’auberge derrière lui ? demanda Pervenche.
Un silence s’installa. Le bruit étouffé des voix dans le couloir ramena la cheffe de wagon à la réalité et elle fit mine de se lever. Pervenche posa une main ferme sur son bras.
— Alors qu’est-ce que vous avez fait, Odile ? demanda Nadine après quelques secondes indécises.
— Eh bien, j’ai commencé par inspecter la scène du crime et le corps de la victime. Puis, j’ai suggéré que l’on se rassemble dans la salle à manger. J’ai demandé à l’aubergiste de préparer du café bien fort. Puis j’ai essayé d’appeler la police, mais la ligne ne fonctionnait pas.
Célestine leva le nez du calepin où elle prenait des notes.
— Quelqu’un l’avait coupée ?
— Non. C’est la tempête de neige qui avait fait tomber une tour téléphonique. Et à peine une heure plus tard, on perdait l’électricité.
— Coincée dans une maison sans téléphone et sans électricité avec un cadavre, murmura Nadine.
— Et probablement un meurtrier, ajouta Pervenche, les yeux brillants d’excitation.
Nadine lui jeta un regard interloqué. Ces trois femmes éprises de meurtres étaient vraiment singulières, songea-t-elle. Odile continua son récit.
— Fichaux et moi avons alors révélé que nous étions agents de police.
— Et comment est-ce que les clients ont réagi ? demanda Nadine.
— La femme de l’aubergiste s’est mise à trembler et à se tordre les mains. L’aubergiste nous a accusés d’avoir menti sur notre fiche d’information – il n’avait pas tort. Quant au couple de retraités, ils ont échangé un regard qui en disait long.
— Oh, je sais, je sais, exulta Nadine. C’est une de ces affaires où tout le monde est coupable, c’est ça ?
Célestine hocha la tête en signe de dénégation.
— Et Célia ? reprit Nadine une fois remise de sa déception.
— Célia a d’abord gardé le silence, mais elle n’avait pas l’air à l’aise non plus. Elle n’arrêtait pas de tripoter ses colliers et ses grandes boucles d’oreille. Après la fouille de l’auberge, j’ai expliqué qu’on interrogerait les suspects un à la fois, puis j’ai demandé à tout le monde de remonter dans leurs chambres.
— Et au cours de ces interrogatoires, vous avez découvert qui avait commis le crime ? demanda Nadine
— Oui.
— Et c’était qui ?
Célestine lança un regard désapprobateur à la cheffe de wagon.
— Ce n’est pas comme ça que ça se passe, la réprimanda-t-elle. On pose des questions et on doit trouver qui a fait le coup nous-mêmes.
— Ah bon, pardon, dit la jeune femme. Bon alors, heu, qu’est-ce que vous avez découvert en inspectant la scène ?
— Pas grand-chose. Il s’agissait d’une très belle femme d’une trentaine d’années. Elle prenait clairement grand soin de sa personne. Elle était vêtue d’un luxueux pyjama de soie, elle ne portait pas de bijou à l’exception d’une fine chaîne en or. Ses lunettes gisaient en mille morceaux à ses côtés.
— Et la fouille des chambres, qu’est-ce que cela a donné ? demanda Pervenche.
— Rien du tout. Il faut dire qu’il faisait sombre. Les aubergistes avaient allumé les cheminées et disposé des lampes à huile dans les chambres et les pièces principales, mais le ciel était couvert. On a fait ce qu’on a pu, mais les fouilles à la lampe de poche, ce n’est pas vraiment efficace.
— Plongée dans ses souvenirs, Odile garda le silence. En dépit du caractère macabre de la situation, elle avait pris un certain plaisir à élucider cette affaire avec Fichaux. La cheminée avait pris le relais de la chaudière, la flamme des lampes projetait des ombres dansantes sur les murs couverts de tapisserie ancienne et une chaleureuse odeur de café frais baignait les pièces principales. En dehors du tic-tac de l’horloge de l’entrée et des murmures du couple d’aubergistes, l’auberge était silencieuse.
— Tu as estimé l’heure de la mort ? demanda sa grand-mère.
— Au vu de la rigidité du cadavre, le niveau de coagulation du sang ainsi que ses lentilles de contact qui avaient séché sur les pupilles de la victime, nous avons déterminé qu’elle était morte depuis plusieurs heures.
Pervenche hocha la tête, impassible.
— Qui est-ce que tu as interrogé en premier ? demanda Célestine.
— On a commencé par Célia. Elle est descendue en grande pompe. Elle portait tellement de bijoux qu’on l’entendait arriver à deux kilomètres, se souvint Odile avec un sourire.
— Qu’est-ce que vous avez découvert ? demanda Nadine, se prenant au jeu.
— Pas grand-chose. Célia était allée se coucher en fin de soirée et avait pris un somnifère puissant. Elle ne s’était pas réveillée de la nuit. C’est le cri déchirant que la femme de l’aubergiste a poussé en découvrant le cadavre qui l’a sortie du sommeil. Elle voulait jouer les détectives. Selon elle, sa profession se portait bien à l’investigation. Après tout, elle avait dédié sa vie à découvrir des chevaux en situation de maltraitance. Selon elle, c’est monsieur Topain qui avait fait le coup avant de s’enfuir dans la nuit. Elle avait tout un tas d’idées saugrenues, voire surnaturelles, pour expliquer la présence de la victime dans le salon. On l’a renvoyée dans sa chambre quand elle a proposé de trouver l’identité du coupable dans du marc de café.
Nadine sourit. Au cours de sa carrière, elle avait, elle aussi, rencontré son lot de voyageurs excentriques.
— Et ensuite, vous avez interrogé le couple de retraités ? demanda Nadine.
— Oui. André et Georgette, si je me souviens bien. Ils venaient à l’auberge pour prendre l’air deux ou trois fois par an. Eux aussi étaient allés se coucher en fin de soirée, et n’avaient rien vu ni rien entendu.
— Et les aubergistes, vous avez découvert quelque chose de suspect quand vous les avez interrogés ?
— Pas vraiment. Ils ont expliqué que le couple de retraités était des habitués, mais c’était la première visite de Célia Lavigne. Quant à monsieur Topain, il avait gagné son séjour grâce à un jeu-concours.

— Donc il voyageait secrètement avec la victime, ils se sont disputés et il l’a assassinée avant de s’enfuir ? suggéra Nadine.
— La porte d’entrée était verrouillée de l’intérieur, la gronda Pervenche.
Nadine réfléchit en silence et Célestine lui proposa de consulter ses notes et cette dernière accepta avec reconnaissance.
— Je sais ! dit-elle enfin. Monsieur Topain et le couple de retraités étaient complices. Pour une raison quelconque, ils ont assassiné cette jeune femme. Monsieur Topain est parti et le couple a verrouillé la porte derrière lui.
Pervenche leva un sourcil.
— Une raison quelconque ? dit-elle en détachant ses mots.
— Oui, bon, je n’ai pas tous les détails, mais…
— Mais votre théorie n’explique pas comment la femme est arrivée à l’auberge ni pourquoi il la cachait dans sa chambre, contra Pervenche.
Nadine réfléchit encore quelques instants. Elle jeta un coup d’œil pensif à la masse de nuages bleu-gris qui s’amassait à l’horizon.
— Je ne sais pas, dit-elle enfin. Je donne ma langue au chat.
Odile se tourna vers sa grand-mère.
— Pervenche ?
— Décris-moi les lunettes que tu as trouvées près du corps. Est-ce qu’il s’agissait de lunettes d’homme ou de femme ?
— Des lunettes de femme, une monture papillon.
— Donc c’est Célia la coupable, assena Pervenche.
— Correct, confirma Odile.
— Mais comment vous le savez ? demanda Nadine.
— Élémentaire, ma chère. La victime portait des lentilles de contact. Les lunettes n’étaient donc pas à elle, mais à son agresseur. La victime les lui avait probablement arrachées du visage en tombant. Et le coupable n’a pas voulu prendre le risque d’aller les chercher de peur que la chute n’ait réveillé quelqu’un.
— Et il ne restait donc qu’à identifier la propriétaire de ces lunettes. Au vu du style de la monture, j’ai deviné qu’il s’agissait des lunettes de Célia, finit Odile.
— Elle a confessé ?
— Oui, elle a un peu résisté, mais elle a fini par craquer.
— Et qui était donc cette femme que vous avez trouvée dans le salon, alors ? demanda Nadine.
Pervenche et Odile se tournèrent vers Célestine.
— Monsieur Topain, dit celle-ci d’un air triomphant.
— Monsieur Topain, mais je ne comprends pas, balbutia Nadine.
— Monsieur Topain était en fait une femme qui cherchait à échapper à la police, expliqua Célestine.
— Elle est mal tombée, dit Nadine en rigolant.
— Oui, ce n’est vraiment pas de chance de se trouver coincé avec deux agents de police en pleine tempête de neige.
— Et pourquoi est-ce qu’elle a tué la victime ?
— La victime en question était une arnaqueuse d’envergure que les autorités locales recherchaient depuis longtemps. Elle utilisait ses charmes et sa beauté pour voler de l’argent à des hommes riches avant de disparaître avec les présents qu’elle avait reçus. Vêtements, bijoux, sacs, etc. Mais le frère de Célia est vraiment tombé amoureux d’elle et a tenté de mettre fin à ses jours quand il a découvert le pot aux roses. Célia s’est mise en tête de la retrouver. Elle a découvert qu’elle se cachait de la police en se faisant passer pour un homme et l’a suivie dans cette auberge.
— Donc Célia a voulu venger son frère ?
— Elle a nié les faits et affirmé vouloir juste la confronter, mais les faits sont les faits, dit Odile.
Nadine frissonna de terreur.
— J’aime beaucoup mon petit frère, mais pas au point de commettre un meurtre, dit-elle enfin.
Odile posa son regard sur Célestine qui refermait son bloc-notes et rangeait son kit d’enquêtrice dans sa sacoche. Elle se demanda jusqu’où elle serait capable d’aller si quelqu’un essayait de lui nuire puis décida de ne pas trop s’appesantir sur cette idée. Trois coups frappés à la porte la sortirent de ses pensées. Pervenche ouvrit la porte au chef de train.
— Est-ce que Nadine est là ? La police et la dépanneuse viennent d’arriver.
— Oui, oui, je suis là, dit Nadine en rougissant.
— Qu’est-ce que vous faites dans ce wagon, à boire du thé avec les passagers ?
— Ma grand-mère a fait un malaise, expliqua Odile tandis que Pervenche se pâmait ostensiblement sur la banquette.
Il passa la tête dans la cabine.
— Ça va aller, madame Bartabot ?
— Non, mais c’est une blague, s’exclama une voix familière.
Odile sentit les cheveux de sa nuque se hérisser.
— Bonjour, Sébastien, dit-elle avec un sourire forcé.
— C’est « inspecteur Fichaux » pour toi, Bartabot. Qu’est-ce que tu fous là ? T’es toujours dans mes pattes, c’est pas possible !

Lire la suite: À Deux Doigts de la Vérité.

Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr:

Ces Livres Qui M’Ont Vue Grandir

Posted on June 22, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Premières lectures

Couverture de Mon ami Flicka, de Mary Ohara. Couvertire orange, jaune et noir avec la silhouette d'un cheval.

Tout a commencé avec Oui-Oui, ses pommettes rouges, ses amitiés pures et ses histoires simplistes. Puis très vite, Mon amie Flicka. Je tombe amoureuse de ce poulain fougueux et la dernière phrase du roman se grave à jamais dans ma mémoire.

Je dévore ensuite Le Club des Cinq, Le Clan des Sept. Avec les copains, on rejoue leurs aventures dans le terrain vague du quartier, jusqu’à ce que les nouvelles constructions effacent nos histoires à coups de parpaings, de tuiles et de gazon manucuré.

Puis viennent les enquêtes d’Alice et la Bibliothèque verte. Je lis ceux hérités de ma mère, précieusement conservés depuis son adolescence, ceux qu’elle lisait dans sa cabane improvisée sous le lavabo de la chambre de ses parents, dans les HLM du faubourg du Château. Je les dévore sur le canapé en cuir crème du salon, ou allongée dans l’herbe fraîchement coupée du jardin de la résidence, au-delà de l’eau. C’est là que naît mon amour des polars. J’en lirai des centaines.

Lire au bout du monde

“Couverture du livre ‘Jamais sans ma fille’ de Betty Mahmoody. On y voit le visage d’une femme aux yeux clairs, partiellement couvert par un voile noir. En bas, le sous-titre indique : ‘Mon combat pour rentrer aux États-Unis avec ma fille.’ Édition Pocket.”

Un déménagement à l’autre bout du monde. J’épuise rapidement les rayons jeunesse de la bibliothèque française et me mets à piocher dans la pile à lire de ma mère, au hasard. À douze ans, en voyage pour un traitement orthodontique à Singapour, je découvre Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody. Un livre subtilisé à ma mère. Premier frisson féministe. J’y découvre l’amour maternel, celui qui tremble sous un voile, celui qui fuit pour survivre.

Quand je découvre la romance

“Couverture du roman Harlequin ‘Mon ami, mon amant’ de Dana Daniels. On y voit un homme brun et une femme blonde s’enlacer passionnément dans une bibliothèque.

À l’adolescence, au deuxième étage de la maison de ma grand-mère, je lis en cachette des dizaines de romans Harlequin. L’amour y est désuet, sexiste, un peu ridicule. En bas, les oncles et tantes parlent politique et s’engueulent autour d’une tarte au sucre. Je commence à prendre mon envol. Ma mère me laisse prendre le bus pour aller à la bibliothèque de la ville voisine. J’empile dans mon sac des romans historiques : amours impossibles de princesses russes, crinolines, voiliers vers l’inconnu, chambres à gaz, neige sous le ciel de Novgorod, bicyclettes bleues…

Mon premier coup de foudre littéraire

“Couverture du roman ‘Hannah’ de Paul-Loup Sulitzer, avec une illustration artistique d’une femme au visage mélancolique, portant un chapeau noir. Édition Le Livre de Poche.”

En vacances aux sports d’hiver, dans la librairie d’une petite station des Alpes, je choisis Hannah de Paul-Loup Sulitzer, car c’est le plus long livre en rayon et que j’ai une semaine devant moi. Coup de foudre. Je l’ai lu six ou sept fois, m’identifie à Hannah, sa robe à 36 boutons, son amour impossible sur fond d’empire entrepreneurial. Chaque lecture m’enchante, et me fait rire et pleurer. J’engloutis tous les Sulitzer disponibles.

À Hardelot, pendant une nuit d’intoxication alimentaire (un crabe pas frais…), Le Roi Vert me tient compagnie pendant que je vomis le fleuve Amazone dans les toilettes.

Les livres s’enchaînent au rythme des commandes au Club France Loisirs. Élise ou la vraie vie, volé à ma mère encore une fois, m’initie à l’adultère et à l’amour sans ego. La Nuit du renard, je la lis sur une plage d’Argelès, les pieds dans le sable, et j’engloutis tous les Mary Higgins Clark en attendant la rentrée.

Plongée au coeur du polar noir

“Couverture du roman ‘Postmortem’ de Patricia Cornwell, une enquête de Kay Scarpetta. On y voit un gros plan d’une corde épaisse formant plusieurs nœuds. Édition Le Livre de Poche.”

Au lycée, je découvre les polars bien noirs de Patricia Cornwell. Avec ma mère, on se les arrache en attendant impatiemment la sortie du prochain. En parallèle, je révise le bac avec Flaubert et Stendhal. Puis viennent hypokhâgne et khâgne : on nous gave de classiques à toutes les sauces — Céline, Bernanos, Voltaire — sans jamais vraiment nous apprendre à les lire… ni à les aimer.

Lors de mon année en Angleterre, je lis David Copperfield. Sa première phrase me hante encore. L’année, elle, me laisse peu de souvenirs. Je poursuis avec Les Grandes Espérances.

Alors que je quitte la France pour un an, sans savoir que je pars pour de bon, je lis La Veuve de papier de John Irving. Peut-être mon dernier roman anglo-saxon lu en français. Puis, en maîtrise de lettres dans une fac américaine, je replonge dans les classiques du XIXe siècle : Balzac, Zola, Flaubert… Je retrouve de vieux amis.

Deuxième coup de foudre littéraire

“Couverture du roman ‘La Grosse Femme d’à côté est enceinte’ de Michel Tremblay. On y voit un portrait peint d’une femme au visage sérieux, portant un collier vert. Édition Babel.”

L’été de mon arrivée à New York, je découvre Michel Tremblay. Coup de foudre québécois, qui commence avec La grosse femme d’à côté est enceinte. Je lis tout. Et le Montréal du XIXe me rend nostalgique : il me ramène, une fois encore, à Balzac et Zola.

Puis vient un long silence littéraire.

Un jour, mon directeur de thèse me dit :
« L’esprit a besoin de lectures gratuites, désintéressées, joyeuses. Sans elles, il vacille. » et il avait raison.

Puis viennent les livres pour enfants

Couverture du livre pour enfants ‘Bunny Roo, I Love You’ de Melissa Marr, illustré par Teagan White. On y voit un lapin adulte portant un tablier rouge qui enlace tendrement un petit lapin, entourés de fleurs colorées sur un fond vert pastel à pois.

Mais entre un divorce douloureux, un nouveau travail, une thèse de doctorat, un nouvel amour, deux enfants… je pose les livres pour moi. Je continue à lire, mais pour mes filles. J’adore ces visites à la bibliothèque, choisir avec elles de beaux livres pleins de couleurs et d’images magiques.

Et puis, un jour, elles se mettent à lire seules.

Alors, je prends la plume.

Couverture du roman ‘C’est là que tu te sens chez toi’ de Fern Cristo. On y voit une illustration de montagnes violettes sous un ciel étoilé avec un avion, des maisons colorées et un café. Une femme et un enfant marchent sur le trottoir devant les boutiques

Je publie mon premier roman : C’est là que tu te sens chez toi. On dit qu’il faut lire pour apprendre à écrire. Alors je me remets à lire. Vraiment lire. Pour moi, pour les mots et pour les histoires. J’ouvre un compte Instagram pour partager ma passion. Et je ne suis pas déçue. Je lis en français et en anglais, un, deux, trois livres à la fois. Mon seul regret ? Savoir que je ne pourrai jamais lire tous les livres qui le méritent. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a des moments de lecture — fabuleux, suspendus, inoubliables.

La Servante Écarlate: Chronique d’une Dystopie Glaçante au Coeur de l’Été

Posted on June 21, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé de La Servante Écarlate :

La servante Écarlate se passe aux États Unis, où le gouvernement des États-Unis a été renversé par une théocratie totalitaire appelée la République de Gilead. Ce régime fondamentaliste impose une hiérarchie patriarcale extrême. Cette societé est basée sur une interprétation littérale et sélective de la Bible. En réponse à une crise de la fertilité, les rares femmes encore fécondes — les Servantes — sont réduites à l’état d’objets reproducteurs, et affectées à des familles dirigeantes pour procréer à leur place.

La Servante Écarlate suit Defred (Offred en anglais), une de ces Servantes. Son vrai nom ne nous est jamais révélé. Elle vit sous la surveillance constante d’un régime totalitaire qui veut tout contrôler: le langage, les vêtements, les pensées. Autrefois femme libre, épouse et mère, son mari et sa fille lui ont été arraché. À travers ses souvenirs, Defred raconte sa vie d’avant, ses espoirs, ses résistances silencieuses, et les mécanismes oppressifs du système.

Malgré la peur, Defred trouve des moyens subtils de se rebeller et de continuer à vivre, dans l’espoir de revoir un jour sa fille


Mon avis sur La Servante Écarlate

Je vis aux États-Unis, un pays où les droits des femmes reculent à vue d’œil. L’avortement est désormais illégal au niveau fédéral. Le pouvoir est majoritairement entre les mains d’hommes blancs âgés, et notre président ne me donne aucune raison d’espérer. Dans ce contexte, La Servante Écarlate, écrit en 1985, ne me semble plus une dystopie, mais une réalité parallèle terriblement plausible.

Ce roman m’a bouleversée. J’ai ressenti une colère sourde, une rage profonde, celle qui m’habite depuis la montée insidieuse du totalitarisme ici. Le fait d’être maman de deux filles a sans doute attisé ma colère. Lire ce livre, c’est regarder en face une version extrême, mais étrangement familière, de ce que vivent déjà tant de femmes dans le monde.

Une scène m’a particulièrement marquée : celle où Offred réalise que sa carte bancaire a été désactivée, qu’elle n’a plus le droit de posséder quoi que ce soit. Elle en parle à son compagnon, et il lui propose simplement d’acheter les choses pour elle. Il ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est l’écart abyssal entre ce que vivent les femmes et ce que les hommes perçoivent — un écart enraciné dans des siècles de domination.

Mais au cœur de cette noirceur, Margaret Atwood montre aussi que le désir de contact, d’amour, d’amitié, reste indomptable. Même dans un monde où tout lien humain est surveillé ou interdit, les femmes se parlent, se soutiennent, tissent des liens. C’est une lumière dans l’obscurité, une forme de résistance essentielle.

Pourquoi ce livre m’a -t-il interpellée?

Ce livre est terriblement actuel. Il nous rappelle que les droits des femmes sont fragiles, qu’ils ne sont jamais acquis. Que l’Histoire a fait des femmes des prisonnières, des objets, des silencieuses. Et que cela peut recommencer. En un instant.

La Servante Écarlate est un avertissement. Un cri. Un miroir. Et il est plus indispensable que jamais. C’est pour l’instant ma lecture préférée de 2025, suivi de Norferville de Franck Thilliez (dans un genre différent)
Trouvez-le sur La Bourse aux Livres d’occasion, ou dans votre librairie préférée. Le livre a été adopté à l’écran dans une série disponible sur Canal +. J’ai regardé le premier épisode et c’est assez bien fait pour une fois.

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Originaire des Hauts-de-France, j'ai troqué le ciel gris du Nord pour les montagnes du Colorado, où je vis avec mon mari et mes trois enfants. Autrice touche-à-tout, j'écris des Feel Good, des romans jeunesses et des cosy mystery. Suivez mes aventures littéraires sur Instagram (@laplumedefern), TikTok (fern.cristo) et YouTube (@FernCristoLivres)

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