Un roman introspectif… qui ne m’a pas touchée
Éteignez tout et la vie s’allume – Marc Levy raconte l’histoire d’Adèle, une femme d’une soixantaine d’années, embarque en première classe à bord d’un paquebot à destination de l’Italie (je crois). Elle se rend aux funérailles de Gianni, un homme plus âgé qu’elle, qu’elle a passionnément aimé dans sa jeunesse.
Pendant la traversée, Adèle croise le chemin de Jérémy, un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui voyage en troisième classe. Deux générations, deux classes sociales, deux trajectoires que tout semble opposer — et pourtant, un lien va se créer.
Au fil des jours, dans ce huis clos flottant rythmé par les escales et les paysages maritimes, une conversation ininterrompue s’installe entre eux. Ils parlent du bonheur, de l’amour, des regrets, de la liberté, des choix de vie, des deuils qu’on traverse et de ceux qu’on évite… Bref, de ce qui compose une existence.
Sur le papier, l’idée me séduisait. Je m’attendais à un roman subtil et touchant, à une réflexion douce-amère sur la vie. Malheureusement, la magie n’a pas opéré.
Une héroïne trop sûre d’elle
Dès les premières pages, j’ai eu du mal à m’attacher à Adèle. Censée incarner la sagesse acquise avec l’âge, elle m’a paru au contraire péremptoire, donneuse de leçons. Elle parle à Jérémy avec une forme de supériorité tranquille, presque maternante, comme si le simple fait d’avoir vécu plus longtemps lui donnait un droit automatique à la vérité.
Ce décalage dans leur relation m’a vite agacée. Adèle ne doute jamais, elle assène. Et même si certains de ses propos sont porteurs de bon sens ou d’émotion, sa posture moralisante m’a empêchée d’y adhérer pleinement. On aurait aimé voir cette femme un peu plus vulnérable, un peu moins convaincue d’avoir compris la vie.
Des dialogues figés, presque caricaturaux
Là où j’espérais des échanges vivants et sincères, j’ai trouvé des dialogues rigides, presque théâtraux. Des répliques sentencieuses, qui sonnent plus comme des monologues qu’un véritable échange.
Par moments, j’avais l’impression d’assister à une pièce de théâtre existentialiste ou à l’un de ces sketchs qui parodient les films d’auteur sur Instagram : on y parle beaucoup, on s’écoute peu, et chaque phrase semble vouloir dire quelque chose de profond… sans toujours y parvenir.
Au lieu d’une conversation fluide et naturelle entre deux êtres qui s’apprivoisent, j’ai eu le sentiment de lire une succession de petites dissertations sur le sens de la vie. Et cela m’a tenue à distance.
Des personnages qui glissent entre les doigts
J’aurais pu pardonner ces dialogues trop construits si les personnages m’avaient émue. Mais là encore, la connexion ne s’est pas faite.
Jérémy reste flou, presque effacé. On ne comprend jamais vraiment ce qui le pousse à rester dans cette discussion, à écouter Adèle sans broncher, à se livrer si facilement à une inconnue.
Quant à Adèle, au-delà de son rôle de “sage”, elle peine à se révéler autrement. Ses blessures restent en surface, ses failles peu explorées.
Résultat : aucun des deux ne m’a vraiment touchée. Ils ne m’ont ni irritée, ni attendrie. Ils m’ont simplement laissée indifférente.
Une plume toujours élégante
Et pourtant, il faut le dire : Marc Levy écrit bien.
Son style est fluide, parfois poétique, avec des descriptions élégantes et des transitions douces. Il sait créer une ambiance, planter un décor, faire respirer ses phrases.
C’est d’ailleurs ce qui m’a fait tenir jusqu’au bout : cette beauté formelle, cette légèreté dans l’écriture qui rend la lecture agréable même quand le fond ne suit pas.
Une lecture au mauvais moment ?
C’était mon premier Marc Levy depuis des années. J’en gardais un souvenir agréable, celui d’un auteur accessible, capable de raconter des histoires touchantes avec finesse et humanité. Cette fois-ci, la déception a été au rendez-vous.
Mais je suis aussi consciente que notre rapport à un livre dépend du moment où on le lit.
Quand j’ai ouvert ce roman, je traversais une période personnelle très difficile. J’étais déjà remplie de doutes, de chagrin, de pensées en boucle. Peut-être n’avais-je tout simplement pas la disponibilité émotionnelle pour accueillir un roman aussi introspectif — ou, au contraire, peut-être avais-je besoin d’un récit plus incarné, plus ancré dans le réel.
Ce roman et moi… on ne s’est peut-être tout simplement pas trouvés au bon moment. Ce n’est pas un rejet définitif, juste un rendez-vous manqué.
