Dans La Faille – Franck Thilliez, on retrouve son personnage fétiche : le commandant Franck Sharko. Cette fois, lui et son équipe sont sur la piste d’un tueur en série nécrophile, repéré après des mois d’enquête rigoureuse. Une opération d’interpellation est lancée dans l’urgence — mais elle tourne au désastre. Le suspect parvient à s’échapper, blesse grièvement une policière et finit par se suicider, emportant avec lui ses secrets.
Quand la justice échoue
Ce fiasco n’est pas qu’un incident de plus dans le parcours de Sharko. Il déclenche une véritable onde de choc au sein de la brigade. La pression hiérarchique s’intensifie, l’équipe est fragilisée, et Sharko, suspendu de ses fonctions, est rongé par la culpabilité.
C’est dans cette période de doute qu’il décide de poursuivre, seul, une enquête parallèle. Non pas sur le tueur — qui n’est plus là pour être jugé — mais sur ses victimes. L’une d’elles, en particulier, retient son attention : une femme non identifiée, dont personne ne réclame le corps. Ce visage inconnu devient son obsession, son point de rupture, mais aussi le fil ténu auquel il se raccroche pour ne pas sombrer.
Une frontière ténue entre la vie et la mort
Ce qui commence comme une quête de justice devient peu à peu une plongée dans un univers bien plus dérangeant. L’enquête, sinueuse, le mène sur un terrain glissant, presque surnaturel, où les questions scientifiques, éthiques et métaphysiques se mêlent. On y parle de conscience, de transfert de mémoire, de technologies capables de repousser les limites de la mort.
La tension monte, l’ambiance devient oppressante, presque irréelle. L’un des aspects les plus réussis du roman, selon moi, est la manière dont Thilliez joue avec cette ligne floue entre science et fiction, entre enquête policière et vertige existentiel. Et pour ajouter encore à cette profondeur, il tisse en parallèle une autre forme de vie à venir : une grossesse, celle d’un personnage secondaire, qui vient mettre en miroir cette quête d’au-delà.
Une lecture impossible à lâcher
Vous connaissez cette expérience de lecture intense, presque viscérale, quand un roman vous happe au point de se glisser dans chaque interstice de votre quotidien ? Ce livre que vous lisez en cuisinant, en mangeant, aux toilettes, sous la couverture avec la lampe du téléphone ? Celui qui vous fait oublier l’heure, les bruits, le monde autour. Et puis, une fois refermé, ce sentiment de vide. Cette impression étrange d’avoir quitté un univers plus vivant que le réel.
C’est exactement ce que La Faille m’a fait.
Dès les dix premières pages, j’étais dedans. Ce qui est rare — souvent, il me faut bien une centaine de pages pour entrer dans une intrigue. Ici, l’écriture est directe, efficace, le rythme tendu. L’enquête progresse vite, les révélations s’enchaînent, de plus en plus vertigineuses. On est balloté, secoué, aspiré.
J’ai trouvé certains passages très forts, porteurs d’un véritable malaise — dans le bon sens du terme. Cette sensation de perdre pied, d’osciller entre fascination et inquiétude, est propre aux bons polars psychologiques.
Petit bémol : comme souvent chez Thilliez, l’écriture elle-même manque parfois de soin. Certaines phrases sont abruptes, certains dialogues un peu mécaniques. Mais honnêtement, ce défaut devient presque secondaire tant l’histoire vous emporte.
La Faille est un vrai page-turner. Dense, haletant, perturbant.
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