Après vous avoir embarqués pour cinq voyages littéraires sur rails — de la Sibérie glacée à l’Outback australien, des Highlands écossais à la Côte d’Azur — il est temps de faire escale et de vous donner mon classement de ces quatre romans policiers ferroviaires.
Lire ces romans, ce n’était pas seulement suivre des intrigues policières : – C’était voyager. – Changer de climat, de lumière, de rythme. – Sentir le froid mordre les joues, la neige bloquer les rails, le soleil d’hiver glisser sur les wagons vernis.
Voici donc mon classement personnel, du moins convaincant au plus marquant de ces quatres romans policiers ferroviaires. (Je précise : je ne classe pasPetits meurtres et train-couchettes. À vous de me dire ce que vous en avez pensé 😉)
4️⃣ Tout le monde dans ce train est suspect — Benjamin Stevenson
📍 Australie | Le Ghan | Désert et ironie
Je l’ai terminé… mais avec difficulté. Sur le papier, tout était réuni : un train ultra cosy traversant l’Outback, un huis clos, un meurtre, et une galerie d’auteurs de romans policiers invités à un festival littéraire sur rails.
Mais je n’ai pas accroché. Les personnages me sont restés assez indifférents, et surtout, le procédé méta m’a lassée. Le narrateur ne cesse de rappeler les règles du genre, de commenter le fait que c’est un roman policier. Quand je lis un polar, je le sais que ce n’est pas pour de vrai — inutile de me le rappeler toutes les cinq pages 😉
Cela dit, l’intrigue est bien construite et l’idée de départ reste originale. Simplement… ce voyage-là ne m’a pas transportée.
3️⃣ Le Train Bleu — Agatha Christie
📍 France | Côte d’Azur | Luxe et faux-semblants
Agatha Christie maîtrise son art, sans surprise. Une galerie de personnages finement esquissés, une intrigue élégante, et — comme souvent — je n’ai rien vu venir.
J’ai beaucoup aimé ce changement d’atmosphère par rapport à L’Orient-Express : ici, pas de neige ni de claustrophobie extrême, mais le soleil hivernal de la Côte d’Azur, le luxe, les apparences trompeuses et les passions bien dissimulées.
Un très bon roman, mené avec assurance. Un voyage raffiné, mais moins immersif pour moi que les huis clos enneigés.
2️⃣ Mort à bord du Trans-Siberian Express — C. J. Harrington
📍 Sibérie | Ville perdue | Froid, silence et légendes
Un roman que j’ai lu lentement, presque en apnée. L’intrigue met du temps à se mettre en place, mais une fois happée, j’ai savouré chaque page pendant les soirées d’hiver du Colorado.
L’héroïne est touchante par sa persévérance et sa bonne volonté. Le texte aborde des thèmes féministes avec subtilité, et l’atmosphère est profondément marquante : une ville où il fait toujours sombre, toujours froid, où les secrets semblent gelés sous la neige.
Ce n’est pas un page-turner. C’est un roman d’ambiance, presque contemplatif, plus mystérieux que cosy — et c’est précisément ce qui m’a plu.
1️⃣ Meurtres sur le Christmas Express — Alexandra Benedict
📍 Écosse | Train bloqué dans la neige | Mon coup de cœur
Mon préféré. Sans hésitation.
Parce que tout se déroule du début à la fin dans le train. Parce que l’intrigue est solide, bien amenée. Parce que le personnage principal a de la profondeur et qu’une intrigue secondaire enrichit le récit.
On y retrouve tous les ingrédients que j’aime : le train immobilisé par la neige, l’Écosse hivernale, le huis clos, le cosy… avec une vraie enquête.
Mention spéciale pour la version audio anglaise : les accents écossais sont superbes et ajoutent une immersion délicieuse.
⚠️ À noter : le roman aborde le thème du viol. Si ce sujet est sensible pour vous, mieux vaut l’éviter.
Et vous ?
Avez-vous déjà lu l’un de ces romans ? Lequel vous a le plus marqué — ou lequel vous tente le plus ?
Dites-moi en commentaire : Préférez-vous les enquêtes ferroviaires sous la neige, au soleil… ou quelque part entre les deux ?
Il y a quelque chose de magique dans les trains. Depuis toujours, les voyages ferroviaires m’envoûtent. Là où l’avion me stresse, le train m’apaise. Le cliquetis régulier sur les rails, la vapeur qui s’élève dans un ciel étoilé, les visages inconnus aperçus à travers les fenêtres embuées. Puis, à mesure que la nuit tombe, la chaleur des wagons, petits cocons douillets se faufilant à pleine vitesse au coeur de la montagne. J’aime ce contraste entre la nature hostile et la chaleur des salons cossus. Et cette sensation unique d’être entre deux mondes, suspendue quelque part entre le départ et l’arrivée.
Peut-être est-ce pour cela que tant d’auteurs ont choisi le train comme décor. Cet hiver, j’ai donc décidé de consacrer une série de lectures à cet univers : les romans ferroviaires.
Bienvenue à bord!
Pourquoi le train ?
Parce que le train est le parfait théâtre du mystère. Les voyageurs s’y croisent sans se connaître. Les paysages défilent. Les secrets aussi. Le train est un microcosme social, figé mais temporaire, où le temps d’un voyage, nul ne peut entrer ni sortir. C’est donc le décor idéal pour un huis clos littéraire — un espace confiné où les vérités se révèlent, les masques tombent et les destins se frôlent sans se mêler.
Et puis, avouons-le : quoi de plus agréable que de lire un polar au coin du feu et de se projeter dans un wagon qui file quelque part au coeur de la nuit ? Mon univers d’autrice, entre cosy noir et suspense poétique, ne pouvait pas rêver meilleur décor.
Les cinq romans au programme
Le Train Bleu – Agatha Christie
Pourquoi je n’ai pas choisi Le Crime de l’Orient-Express, sans doute le roman ferroviaire le plus célèbre d’Agatha Christie? Justement — parce qu’il est trop emblématique. Je voulais redécouvrir une autre facette de Christie, moins citée, mais tout aussi raffinée. Le Train Bleu offre une atmosphère différente : celle de la Côte d’Azur des années folles, où le luxe et les faux-semblants remplacent la neige et le huis clos glacial. Ici, le danger ne vient pas seulement du crime, mais du vernis social qui se fissure, des passions et des intérêts qui s’entrechoquent dans les wagons dorés. C’est un voyage plus solaire, mais tout aussi cruel. Un mystère mené d’une main experte par notre cher Hercule Poirot. Je l’ai écouté en version audio, un vrai régal!
Meurtres sur le Christmas Express – Alexandra Benedict
Meurtres sur le Christmas Express met en scène Roz, une ex-inspectrice qui prend un train de nuit vers les Highlands pour rejoindre sa fille sur le point d’accoucher. Coincés par une tempête de neige dans une zone isolée, les passagers se retrouvent pris au piège dans un huis-clos qui tourne au cauchemar lorsque des meurtres surviennent à bord. Forcée de reprendre du service, Roz mène l’enquête parmi des voyageurs aux secrets troubles, tandis que le convoi immobilisé devient un piège mortel. Entre ambiance glaciale, faux-semblants et tensions croissantes, le voyage de Noël se transforme en chasse au tueur.
Mort à Bord du Trans-Siberian Express – C. J. Harrington
Dans le petit village sibérien de Roslazny, au bord de la ligne mythique du Trans‑Siberian Express, vit Olga Pushkin, garde-barrière et rêveuse écrivaine en devenir, qui aspire à quitter cette vie de glace pour étudier la littérature. Mais lorsqu’un touriste américain est retrouvé mort, éjecté du train, avec la gorge tranchée et des pièces de rouble dans la bouche, l’inspecteur en charge de l’affaire, Vassily Marushkin, se retrouve emprisonné par un supérieur manipulateur. Olga décide alors de mener l’enquête à sa place, entre les légendes d’une Baba Yaga dissimulée dans les taïgas gelées et les ambitions corrompues d’élus locaux, pour découvrir qui, parmi les voyageurs ou les habitants de Roslazny, a versé dans la violence.
Tout le monde dans ce train est suspect – Benjamin Stevenson
Tout le monde dans ce train est suspect suit Ernest Cunningham, auteur de true-crime, invité à un festival d’écrivains de polars à bord du luxueux train The Ghan qui traverse l’Outback australien. Ce voyage littéraire tourne au cauchemar quand l’invité d’honneur est assassiné, transformant la manifestation en véritable scène de crime. Bloqués dans le train, coupés du monde au milieu du désert, les auteurs présents — spécialistes en meurtres fictionnels — deviennent tous suspects, capables d’imaginer le crime parfait… ou de l’avoir commis. Ernest tente alors de démasquer le tueur avant qu’il ne frappe à nouveau, dans ce huis-clos aussi ironique que dangereux.
Petits meurtres et train-couchette – Fern Cristo
Et enfin, mon propre train : le Pic Express, lancé dans la neige. Cinq nouvelles qui mettent en scène le trio Bartabot. Cette série de cinq nouvelles s’ouvre alors que Pervenche, Odile et Célestine Bartabot montent dans le Pic Express pour une semaine à la montagne. Chaque récit, indépendant mais lié aux autres, offre une porte d’entrée dans l’univers des Enquêtes d’Odile Bartabot : une atmosphère de cosy noir où l’humour et la tendresse côtoient les ombres du passé. Ces histoires, disponibles en libre accès, ont pour but de faire découvrir le ton, les personnages et l’ambiance de la série — une invitation à rencontrer ce trio attachant et à plonger dans l’univers singulier de Soleilcity, entre mystère, humanité et un soupçon de magie. 👉 Télécharger le recueil ici
Une saison de lecture ferroviaire
De novembre à décembre, je publierai des posts ou des reels sur Instagram pour partager avec vous ces romans ferroviaires : à vos plaids tout doux et vos bouilloires dodues. Et que dame nature vous envoie une petite tempête de neige ou deux.
Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à La Lettre de Fern — je vous enverrai une tasse de lecture et une pincée de neige chaque mois.
En attendant…
Fermez les yeux. Écoutez le grondement du train qui s’enfonce dans la nuit et laissez-vous bercer par le sifflement de la locomotive.
Dans mon club de lecture, on est une quinzaine de femmes, de vingt à soixante-dix ans. On habite toutes le même quartier, mais avant de créer ce groupe, on ne se connaissait pas vraiment. C’était justement le but de l’opération. Je n’ai pas de famille proche dans la région, et mon mari non plus. Et entre le télé travail et la pandémie, mon cercle social a beaucoup rétréci. Alors j’ai lancé cette idée de club de lecture qui a bien plu. Et puis, au fil des mois, les livres sont devenus des ponts : on a ri, pleuré, débattu — et parfois changé d’avis. J’ai aussi appris mille choses que je ne soupçonnais pas sur la vie, les choix, et le passé de mes voisines.
Voici quatre romans qui ont animé nos soirées, mais surtout, qui m’ont permis de mieux connaître les femmes formidables qui m’entourent. Des livres qui font réfléchir sur nos décisions, sur la vie, et sur ce qu’on laisserait derrière nous.
1. La Mesure – Nikki Erlick
Résumé
Un matin, le monde entier découvre devant sa porte une mystérieuse petite boîte, identique pour chacun. À l’intérieur, un simple fil, dont la longueur révèle combien de temps il te reste à vivre. La nouvelle provoque un séisme planétaire : faut-il ouvrir sa boîte ?
Certains n’hésitent pas une seconde, impatients de connaître leur destin. D’autres choisissent de vivre dans l’incertitude. Peu à peu, la société se fracture : les “longs fils” mènent des vies sans peur, tandis que les “courts fils” deviennent des parias, évités, voire discriminés.
Au cœur de ce chaos, plusieurs destins s’entrecroisent : couples, amis, inconnus qui se retrouvent confrontés à la même question vertigineuse — comment vivre pleinement quand on connaît la fin ?
Pourquoi il fait réfléchir
Le roman interroge notre rapport au destin (Et toi, ouvrirais-tu la boîte ?), à la peur de la mort et au sens que nous donnons à notre vie. Dans mon club, on a débattu pendant deux heures de cette simple question : Est-ce qu’on vivrait différemment si on savait quand on allait mourir?
Thèmes pour discussion
Le libre arbitre ou le destin
L’influence du savoir sur nos choix
Les discriminations et la peur de la différence
2. La Bibliothèque de Minuit – Matt Haig
Résumé
À la frontière entre la vie et la mort, Nora Seed se retrouve dans un lieu hors du temps : la Bibliothèque de Minuit. Chaque livre qu’elle y découvre représente une vie qu’elle aurait pu mener si elle avait pris une autre décision — un autre emploi, un autre amour, une autre direction.
Guidée par la mystérieuse bibliothécaire Mrs Elm, Nora feuillette ces existences parallèles : certaines la comblent, d’autres moins.
C’est une fable douce-amère sur le regret, la gratitude et la beauté du possible. Une lecture qui t’invite à te demander : et si tu pouvais tout recommencer, ferais-tu vraiment autrement ?
Pourquoi il fait réfléchir
Ce roman parle de regrets, d’acceptation et de la beauté des vies imparfaites. Il pousse à se demander : et si tu avais pris une autre route, serais-tu plus heureuse ? Dans notre club, chacune a partagé un “choix pivot” de sa vie. Résultat : beaucoup d’émotion et… de larmes (heureusement qu’il y avait du vin et du chocolat).
Thèmes pour discussion
Le poids des regrets
L’illusion de la “vie parfaite”
Comment trouver du sens dans ce qu’on a déjà
3. Et si les chats disparaissaient du monde – Genki Kawamura
Résumé
Un jeune facteur mène une vie simple et solitaire jusqu’au jour où il apprend qu’il a une maladie incurable. Alors qu’il rentre chez lui, le diable lui rend visite et lui propose un étrange marché : pour chaque jour de vie supplémentaire, il devra faire disparaître une chose du monde: Les téléphones, les films, les montres… et peut-être les chats. À mesure que les objets s’effacent, le narrateur redécouvre leurs impact sur la société et la vie en général.
Sous ses airs légers et fantastiques, ce court roman interroge ce qui donne de la valeur à nos vies : les possessions ou les émotions ? Une histoire à la fois drôle, mélancolique et lumineuse, qui te fera sans doute regarder ton chat (ou ta tasse de café) autrement. Voici ma chronique du roman.
Pourquoi il fait réfléchir
Ce roman d’une grande simplicité questionne la valeur des choses et des souvenirs. Que serais-tu prêt·e à sacrifier pour un jour de plus ? C’est un texte court, mais il reste longtemps en tête — et les discussions qu’il provoque sont profondes.
Thèmes pour discussion
Ce qui rend la vie précieuse
Le lien entre attachement, possession et bonheur
La mort comme miroir de la gratitude
4. Avant que le café ne refroidisse – Toshikazu Kawaguchi
Résumé
Dans une petite ruelle de Tokyo se cache un café pas comme les autres. En s’asseyant à une table bien précise, il est possible de voyager dans le passé. Mais il y a des règles strictes : tu ne peux rencontrer qu’une seule personne, tu ne peux pas quitter ton siège, tu dois finir avant que ton café refroidisse et, surtout, tu ne pourras pas changer le présent.
Au fil des chapitres, plusieurs clients viennent tenter l’expérience : une femme qui veut revoir un amant perdu, une sœur en colère, une mère endeuillée. Tous cherchent la paix, la réconciliation, ou une dernière conversation.
Entre fantastique et tendresse, le roman explore le poids des regrets et la beauté des moments partagés, même fugaces. Une lecture douce et réconfortante, comme un café chaud par un matin d’hiver. Si vous voulez en apprendre plus, lisez ma chronique.
Pourquoi il fait réfléchir
Le roman pose la question de la réconciliation et du pardon. Si tu pouvais parler une dernière fois à quelqu’un de disparu, qui choisirais-tu ? C’est une histoire douce, lente, presque méditative, qui a ému tout le monde dans mon groupe. Il y a eu des petites larmes pendant la discussion, et aussi beaucoup de surprise et de soutien mutuel.
Thèmes pour discussion
Le pardon et la nostalgie
Le deuil et la communication manquée
L’impermanence et la beauté de l’instant
Conclusion
Ces romans ont tous un point commun : leurs personnages sont confrontés à un choix existentiel. Et c’est sans doute pour ça qu’ils suscitent de si belles conversations. Rire, pleurer, douter, partager… lire ensemble, c’est aussi se découvrir soi-même.
Et toi ? Quel roman a provoqué les plus belles discussions dans ton club de lecture ? Dis-le-moi en commentaire!
À propos de Fern Cristo
Fern Cristo est autrice de la série de cosy mysteries Les Enquêtes d’Odile Bartabot et de romans feel-good comme C’est là que tu te sens chez toi. Elle partage chaque semaine ses coups de cœur littéraires, ses chroniques et des conseils d’écriture sur ferncristo.com et sur Instagram @laplumedefern.
Résumé de Autopsie White Chapel de Kerri Maniscalco
Londres, 1888. Audrey Rose Wadsworth, une jeune femme de dix-sept ans issue de l’aristocratie, refuse de se plier aux attentes de son époque. Tandis que la société victorienne impose silence et élégance aux femmes, elle préfère les salles de dissection à la broderie. En secret, elle assiste son oncle dans ses travaux de médecine légale. Elle est fascinée par les mystères du corps humain et la science criminelle.
Mais bientôt, la ville est secouée par une série de meurtres atroces. Des femmes sont retrouvées sauvagement mutilées. La rumeur parle d’un tueur surnommé Jack l’Éventreur. Audrey Rose et son camarade aussi brillant qu’arrogant, Thomas Cresswell, se lancent alors dans une enquête périlleuse pour identifier l’assassin.
Entre dissections, faux-semblants et révélations macabres, Audrey Rose découvre que la vérité se cache parfois beaucoup plus près qu’on ne le croit — et qu’elle pourrait bien briser son cœur.
Autopsie White Chapel de Kerri Maniscalco: entre brume, scalpel et féminisme victorien
Avant tout, précisons qu’il s’agit d’un roman jeune adulte. Ceci explique la simplicité du ton et de la narration. Certains lecteurs ont trouvé le texte naïf ou prévisible. C’est vrai que le style reste accessible, sans grande complexité stylistique. Mais cette simplicité, loin d’être un défaut, contribue à rendre le récit fluide et immersif, particulièrement pour ceux qui aime les histoires d’enquêtes gothiques.
Londres, capitale du brouillard et des ombres
L’un des grands plaisirs de ce roman réside dans son atmosphère. Nous voilà plongés dans le Londres victorien : les ruelles noyées de brouillard, les fiacres qui roulent sur les pavés humides, les grandes maisons aux boiseries sombres, les robes élégantes et les laboratoires improvisés dans des caves à la lumière vacillante. J’aime ce décor, à la fois raffiné et inquiétant. L’autrice, Kerri Maniscalco, parvient à recréer cette ambiance presque cinématographique, idéale pour qui aime les mystères enveloppés de brume.
Une intrigue fidèle à la légende
L’histoire s’inspire librement des meurtres de Jack l’Éventreur, survenus à Londres en 1888. Le livre reste assez fidèle à la réalité. Les faits connus sont respectés, et les libertés prises par l’autrice — qu’elle détaille d’ailleurs à la fin du livre — restent modestes. Elle s’appuie sur les rumeurs de l’époque selon lesquelles le tueur aurait pu appartenir à une grande famille. Elle tisse autour de cette hypothèse une fiction plausible et prenante. L’équilibre entre histoire réelle et invention fonctionne très bien. On sent la recherche, sans jamais que le récit ne devienne pesant.
Une héroïne forte et anachronique (et c’est tant mieux)
L’autre grande réussite du roman, c’est son personnage principal, Audrey Rose Wadsworth. Fille d’aristocrate, elle préfère la table de dissection aux salons mondains. Curieuse, rationnelle et passionnée de science, elle refuse les limites imposées à son sexe. Oui, son attitude est un peu anachronique pour une jeune fille de la haute société victorienne. Mais j’ai aimé ce décalage. Il rend le personnage inspirant, moderne et attachant. Audrey Rose incarne une forme de féminisme avant l’heure — celui qui consiste simplement à oser penser, étudier, observer et conclure dans un monde où les femmes n’avaient pas voix au chapitre.
Un suspense efficace
L’intrigue est bien menée, avec un rythme soutenu et de bons rebondissements. L’enquête reste claire, sans excès de complexité, mais conserve une part de mystère suffisante pour tenir le lecteur en haleine. Personnellement, je n’ai découvert l’identité du coupable qu’à la toute fin — preuve que la mécanique fonctionne. La relation entre Audrey Rose et Thomas Cresswell, son compagnon d’enquête, apporte une touche d’humour et de tension romantique qui allège la noirceur de l’ensemble.
Une réflexion sur la narration à la première personne
Ce roman m’a fait réfléchir à l’usage de la narration à la première personne, fréquente dans la littérature jeunesse et young adult. Ce choix rend l’histoire plus intime, plus directe : on vit l’enquête à travers les yeux d’Audrey Rose, on ressent ses doutes, ses découvertes, ses révoltes. Mais en même temps, cela simplifie la construction narrative : tout est filtré par sa perception, ce qui limite les angles et complexifie rarement la prose. Je pense d’ailleurs écrire un article entier sur ce sujet : pourquoi la première personne fonctionne si bien dans les romans jeunesse, et comment elle façonne notre rapport au personnage et au style.
En conclusion
Autopsie n’est pas un chef-d’œuvre littéraire, mais c’est un roman efficace, élégant et atmosphérique. Il séduira ceux qui aiment les enquêtes gothiques, les héroïnes indépendantes et les ambiences victoriennes à la fois sombres et romantiques. Une lecture idéale pour une soirée d’automne, un thé chaud à la main, pendant que la pluie bat contre les vitres.
Le résumé de When the Cranes Fly South de Lisa Ridzén
When the Cranes Fly South de Lisa Ridzén n’a pas encore été traduit en français. A mon avis, il le sera sans doute bientôt tant il s’impose déjà comme un best-seller international. L’histoire est racontée à la première personne par Bo. Bo vit seul avec son chien dans une petite maison du nord de la Suède.
Sa femme, atteinte de démence, réside désormais en maison de soins. Les journées de Bo sont rythmées par les visites des soignants. Des équipes se relaient plusieurs fois par jour l’aider dans les gestes du quotidien. Son seul réconfort demeure son chien, Sixten — même si son fils est convaincu qu’il est trop âgé pour continuer à s’en occuper. Il prend aussi plaisirs à ses conversations téléphoniques avec son ami de toujours.
Au fil des pages, Bo oscille entre rêveries éveillées et réalité. Il revisite des moments clés de son existence — un père abusif, un mariage simple mais heureux, une relation souvent douloureuse avec son fils. Et il affronte le présent, marqué par les échanges avec le personnel soignant et surtout par ce conflit persistant avec son fils au sujet de son chien. Sixteen cristallise la question de sa dépendance et de sa dignité.
Ce que j’ai aimé
La lenteur de la narration : elle reflète parfaitement ce moment de la vie où l’on ralentit, alors que le monde continue de tourner à toute vitesse.
Les vestiges d’un mode de vie en train de disparaître : Bo vit toujours dans la maison où il a grandi. Il se chauffe au bois, utilise les meubles hérités de ses parents et aime pêcher. Il reste étranger au stress de son fils. Il ne comprend pas pourquoi la vie s’est accélérée de manière si vertigineuse pour les générations suivantes.
L’amour profond qu’il porte à son chien, Sixten : l’idée de le voir en être séparé est absolument déchirante. Pourtant, il n’a pas les moyens de s’y opposer. L’autrice dépeint avec une justesse douloureuse ces instants où l’on perd tout contrôle. Ce moment où nos enfants deviennent ceux qui décident pour nous. Beaucoup de livres abordent cette situation du point de vue des enfants. Ici, c’est celui qui subit cet affront silencieux qui nous parle, et c’est bouleversant.
L’enfance maltraitée : Bo a grandi sous les coups et les humiliations de son père. Devenu adulte, il a choisi d’élever son fils autrement. Il l’aimé de tout son cœur, sans jamais réussir à vraiment l’exprimer. Entre eux, les mots se dérobent, et Bo renonce souvent avant même d’avoir essayé.
L’amitié entre Bo et Ture : une relation discrète, non conventionnelle. Cette amitié montre que la tolérance et l’acceptation ont toujours existé. Leur complicité, faite de silences et de fidélité, apporte une respiration tendre et lumineuse au récit.
L’hommage à la beauté de la nature : les paysages du nord de la Suède traversent le récit comme un personnage à part entière. La neige, la forêt, le lac, la faunes et la flore. Tout cela encadre la vie de Bo et reflète ses émotions. La nature devient un miroir de sa solitude mais aussi une source de paix et de continuité, face à un monde humain qui lui échappe.
La qualité de la traduction anglaise : je ne parle pas suédois, mais je lis régulièrement des livres traduits en anglais. Souvent, je suis déçue par un style qui colle trop au texte original pour être naturel. Ici, au contraire, la traduction conserve une vraie fluidité et une sensibilité qui rendent justice à la voix de Bo et à l’atmosphère nordique du récit.
Ce que j’ai moins aimé
Tourner la dernière page.
Au final, c’est une histoire simple mais déchirante, qui nous rappelle que derrière chaque silhouette amaigrie, derrière chaque regard vide, se cachent les vestiges d’une vie riche — pleine d’amour, de peine, de joie, de rencontres et d’expériences.
Petits Meurtres et Train Couchettes est une série de cinq nouvelles qui met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce cinquième et dernier épisode, alors que le train est toujours immobilisé au bord d’un lac gelé, le mystère de la mort du conducteur est enfin résolue.
Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.
Petits Meurtres et Train Couchettes: À Deux Doigts de la Vérité (nouvelle 5/5)
L’inspecteur Fichaux se tenait dans l’encadrement de la porte coulissante et dominait Odile de sa hauteur. Elle reconnut avec un léger coup au cœur son eau de toilette favorite. Des notes de musc et de cannelle qui lui rappelèrent des petits matins enroulés dans les draps froissés tandis que les premiers rayons du soleil s’infiltraient par les persiennes de sa chambre. Elle chassa cette image d’un clignement de paupières puis leva le visage pour lui faire face.
— Et toi, il faut toujours que tu viennes gâcher mes vacances, rétorqua-t-elle.
Le chef de train s’interposa entre Odile et l’inspecteur Fichaux. Il en avait assez d’un cadavre, il n’avait pas besoin d’une altercation entre une passagère et un inspecteur de police pour couronner cette situation désastreuse.
Pervenche était sortie de son état de pâmoison et observait l’échange avec amusement. Célestine, quant à elle, dévisageait l’inspecteur Fichaux avec toute la colère dont elle était capable.
— Madame Bartabot, intervint le chef de train. Monsieur Claret nous a contactés par radio. Il souhaiterait que vous assistiez l’inspecteur Fichaux dans son enquête.
— Je n’ai pas besoin qu’on m’assiste, aboya Fichaux. De quoi est-ce qu’il se mêle, ce monsieur Claret ?
Pervenche se leva, enfila un gilet puis se planta face au miroir pour remettre en place une mèche de cheveux.
— Romuald Claret est le propriétaire de ce train et de la station du Pic d’Argent, expliqua-t-elle enfin. Elle se retourna et planta les deux glaçons qui lui servaient de pupilles dans le regard de Fichaux. Et moi non plus, je n’ai pas besoin d’un freluquet dans mes jambes.
Le chef de train frissonna et Fichaux serra les dents à s’en faire exploser la mâchoire.
— Excusez-moi, intervint une voix en provenance du couloir.
Jules Navet joua de sa panse proéminente pour se frayer un chemin à l’intérieur de la cabine, bousculant au passage Pervenche qui s’agrippa au bras de Fichaux pour ne pas tomber.
— Et vous êtes qui, vous ? aboya Fichaux en repoussant Pervenche.
— Jules Navet, dit l’homme. (Il tendit une carte de visite à l’inspecteur.) Détective privé. Je souhaiterais vous assister dans cette enquête. Je possède des informations cru-ciales, dit-il en détachant ses mots.
Sur ce, il se mit à rouler la pointe de sa moustache blonde entre le pouce et l’index et afficha un air satisfait. Fichaux se pinça l’arête du nez et Odile étouffa un fou rire. L’inspecteur prit une profonde inspiration puis lança un regard meurtrier à son ancienne amante et coéquipière. Il pointa alors du doigt le chef de train.
— Vous, ordonna-t-il, emmenez-moi voir le corps. (Il se tourna vers les occupants de la cabine.) Et quant à vous, vous ne bougez pas jusqu’à ce que je vienne vous chercher.
Il fit un pas en arrière puis referma la porte coulissante d’un geste ferme. Odile s’élança pour s’interposer, mais il était trop tard. Fichaux avait trouvé le moyen de bloquer le battant. Elle écrasa un poing rageur sur le panneau coulissant.
— Odile, s’il te plaît, un peu de retenue, la réprimanda sa grand-mère.
— Mais il n’a pas le droit de nous enfermer contre notre gré, s’exclama Jules Navet, le visage si rouge qu’Odile se demanda s’il allait faire une syncope.
Il était hors de question qu’elle lui fasse du bouche-à-bouche.
Elle remarqua alors le visage défait de sa sœur qui avait horreur des altercations. Elle prit quelques secondes pour se calmer puis posa une couverture sur les épaules de Célestine.
— Ça va aller, Célestine, dit-elle d’un ton plus calme. T’inquiète pas.
— Viens t’asseoir, Célestine, ajouta sa grand-mère.
Sans pour autant les rechercher, Pervenche, elle, ne craignait pas les confrontations.
— L’inspecteur sera de retour dans quelques minutes et il va nous ouvrir la porte, ajouta-t-elle avec un clin d’œil à l’attention de sa petite fille.
Un sourire timide éclaira le visage de Célestine. Rassurée, elle se cala sur la banquette en velours.
— Comment est-ce que vous le savez ? s’exclama Jules Navet. Vous êtes voyante en plus d’être détective ?
— Non, rétorqua-t-elle en posant un jeu de clés sur la table. Mais je suis pickpocket à mes heures, dit-elle avec un sourire coquet.
— Mais ce sont les clés du chef de train, s’extasia Nadine.
Des éclats de voix en provenance du couloir interrompirent leur conversation. Trois coups frappés à la porte firent sursauter Célestine.
— Nadine, cria le chef de train de l’autre côté de la cloison. Vous n’auriez pas un double de la clé qui mène à la cabine du conducteur, par hasard ?
— Ah non, vous êtes le seul à posséder ce jeu de clés, vous le savez bien, répondit la jeune femme en réprimant un petit rire.
Odile reconnut l’exclamation râleuse de Fichaux. Nadine jeta un regard interrogateur à Pervenche qui acquiesça en silence.
— Mais je crois que votre trousseau est, heu, tombé au cours de la collision qui a précédé notre enfermement involontaire, enchaîna Nadine.
— Tombé ? Mais tombé où ?
— Dans mon sac à main, coupa Pervenche. Et Fichaux, vous avez deux minutes pour me sortir de cette cabine et m’emmener voir le corps du conducteur ou je jette le trousseau en question par la fenêtre.
— Les fenêtres ne s’ouvrent pas, intervint le chef de train, se croyant utile.
— Dans les toilettes, alors…
— Vous n’oseriez pas, s’indigna Fichaux.
Mais seul le silence lui répondit. Car toutes les personnes présentes savaient pertinemment que l’esprit de compétition de Pervenche n’avait d’égal que son formidable entêtement.
Quelques minutes plus tard, la porte glissait sur ses rails et Pervenche émergea de la cabine, la tête haute.
Fichaux lui tendit la main.
— Les clés, lui ordonna-t-il.
— Ne soyez pas ridicule, Fichaux. (Elle se retourna.) Odile, viens avec moi. Nadine, vous voulez bien tenir compagnie à ma petite-fille ? Elle aurait bien besoin d’un petit encas après toutes ces émotions, non ?
— Oui, bien sûr, je vais aller en cuisine lui chercher un bol de soupe.
— Oui, dit Célestine. Et une part de tarte au citron meringué, s’il y en a encore.
Fichaux et le chef de train n’eurent d’autre choix que de suivre Pervenche et Odile jusqu’à la cabine du conducteur. Jules Navet leur emboîta le pas. Défait, Fichaux ne s’opposa pas à sa présence.
— Donnez-nous cinq minutes, dit Pervenche à l’inspecteur d’un ton conciliant. Après ça, la scène est à vous et je ne vous embêterai plus.
Fichaux leur tendit une paire de gants puis les invita à inspecter la scène d’un geste révérencieux.
Pervenche pénétra dans la cabine spacieuse, suivie d’Odile. Le conducteur était affalé sur la console de commande, le visage pressé contre un cadran lumineux. Sa main droite était encore posée sur le levier de frein d’urgence. À sa gauche, un plateau-repas à peine entamé était posé sur une tablette. Elle reconnut la soupe aux champignons et la sole meunière servie le premier soir aux passagers. Elle détailla en silence le cadavre, son regard méthodique catégorisant chaque objet, sa mémoire photographique enregistrant chaque détail. Odile pointa du doigt un verre renversé et une flaque d’eau répandue au sol. Pervenche acquiesça, puis elle retira ses gants et fit demi-tour. Deux paires d’yeux curieux et impatients attendaient son avis.
— Je vous remercie, agent Fichaux…
— Inspecteur Fichaux.
— Je vous suggère de faire analyser le contenu de son repas. Cet homme a été empoisonné, déclara-t-elle calmement.
— Mais vous êtes médecin légiste aussi ? s’exclama Navet.
Pervenche sembla soudain prendre conscience de sa présence. Elle le toisa comme un insecte curieux.
— Je fais ce métier depuis très longtemps, monsieur…
— Navet, détective Navet, lui rappela l’homme. Et moi aussi je fais ce métier depuis longtemps. (Il s’épongea le front d’un mouchoir puis passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.) Et je n’ai pas besoin d’une loupe ou d’une paire de gants pour vous dire qui a fait le coup.
— Eh bien, allons donc dans la voiture-restaurant et vous nous raconterez tout cela tranquillement devant un bon café, proposa Pervenche. Et laissons la police faire son travail. Après tout, ils sont payés et nous ne le sommes pas.
Fichaux lui adressa un sourire reconnaissant puis tourna son attention vers la scène du crime.
Dans la voiture-restaurant, les conversations fébriles se mêlaient aux senteurs de café fraîchement moulu et de viennoiseries croustillantes. L’agitation y était à son comble et de rocambolesques rumeurs se propageaient de table en table. La nouvelle de la mort du conducteur avait pris le pas sur les considérations météorologiques et les passagers discutaient nerveusement, sans prêter attention aux bourrasques enneigées qui secouaient le wagon à intervalles réguliers.
Célestine se leva et fit un signe de la main pour attirer leur attention et les inviter à la rejoindre. Une fois sa grand-mère et sa sœur installées à ses côtés, elle leur servit chacune une tranche de pain d’épice frais. Odile huma le délicat effluve de cannelle et d’oranges confites puis mordit à pleine dent dans le gâteau.
— C’est bon, hein ? dit Célestine en l’imitant de bon cœur.
Tout autour, le brouhaha des conversations montait en intensité. L’atmosphère, chargée de tension et de chaleur, était presque irrespirable. Les esprits s’échauffaient, les voix s’élevaient. On réclamait des réponses. On exigeait des explications.
Nadine et le personnel de bord s’efforçaient de calmer la foule, en vain. Un coup de sifflet réduit soudain l’assemblée au silence. Satisfait, le chef de train rangea son instrument dans la poche de son uniforme puis déclara de sa voix de baryton.
— L’inspecteur Fichaux, du commissariat de police de Soleilcity, souhaiterait faire une déclaration.
Fichaux s’éclaircit la gorge puis scruta la foule d’un air suspicieux.
— Le conducteur du train est malheureusement décédé de façon inattendue, commença-t-il. Il faudra attendre les résultats d’analyse pour déterminer la cause exacte du décès. Pour l’instant, l’agente Rougevisue et moi-même allons procéder à l’interrogatoire de tous les passagers.
Une jeune femme aux cheveux filasse engoncée dans un uniforme trop grand se dandina d’un pied sur l’autre. Odile reconnut une jeune agente récemment embauchée au commissariat et à laquelle elle avait eu affaire à plusieurs reprises.
— Une fois cette procédure terminée, un conducteur vous amènera à destination. Je vais donc vous demander de retourner dans vos cabines. Vous serez appelés un par un pour répondre à mes questions.
La foule laissa échapper un murmure d’agacement collectif et le wagon se vida peu à peu.
— Mais ça va prendre combien de temps encore ? grommela un passager.
Jules Navet s’approcha alors de l’inspecteur et lui glissa quelques mots à l’oreille. Ils parlementèrent à voix basse puis Fichaux finit par acquiescer.
— Nadine, allez chercher la baronne, s’il vous plaît, dit l’inspecteur.
Jules Navet s’adressa alors aux femmes Bartabot.
— Mesdames, restez donc pour en prendre de la graine. Soyons francs : les hommes se montrent plus disposés à l’investigation que les femmes. Nous ne sommes pas assujettis aux sautes d’humeur et à l’instabilité de caractère qui semblent affliger le sexe faible. D’ailleurs, tous les grands enquêteurs étaient des hommes…
Fichaux jeta un coup d’œil nerveux à Pervenche puis Odile, mais la baronne arriva sur ces entrefaites.
— C’est scandaleux, grommela-t-elle. Je dormais tranquillement dans ma cabine et vous me sommez comme une vulgaire criminelle. Je n’ai même pas eu le temps de me changer.
— Je croyais que vous ne dormiez bien que dans votre lit, madame la baronne, dit Jules Navet d’un air narquois. Asseyez-vous, ceci ne prendra que quelques minutes.
La baronne rajusta son bonnet de nuit puis resserra les pans de son épaisse robe de chambre.
— Comme vous le savez sûrement, madame, entama Jules Navet, le conducteur du train est mort dans sa cabine.
— Oui, confirma la baronne, j’ai entendu des rumeurs…
— Il se trouve, ma chère, que ce pauvre homme a été empoisonné.
Il se tourna vers son auditoire et fit un vague geste en direction de Pervenche, puis ajouta.
— Je n’aime pas m’embarrasser de détails, mais Madame Bartabot ici présente peut vous expliquer l’origine de cette déduction.
Cette dernière s’exécuta de bonne grâce, à la surprise d’Odile. D’ordinaire, sa grand-mère n’aimait pas jouer les assistantes.
— Les lèvres et les extrémités du conducteur étaient bleues, expliqua-t-elle, ce qui pourrait indiquer un empoisonnement au cyanure et…
— Merci, Pervenche, l’interrompit Jules Navet.
Le regard de Pervenche s’assombrit, mais elle se tut.
— Mais en quoi cela me concerne-t-il ? s’indigna la baronne.
— J’y viens, madame la baronne. J’y viens. Cela vous concerne parce que c’est vous qui avez empoisonné ce pauvre homme.
— Moi ? Mais vous avez perdu la tête, mon cher. Pourquoi irais-je tuer un conducteur de train ?
— Vraiment ? Et si je demande à la police d’aller fouiller votre cabine et d’y chercher une fiole contenant de la poudre de cyanure…
La baronne pâlit et Fichaux fit signe à son agente d’aller fouiller la cabine en question.
— Vous n’avez pas le droit, commença la baronne.
— Votre pâleur vous trahit, ma chère, dit Navet qui jubilait.
— Madame la baronne, vous avez une déclaration à nous faire ? demanda Fichaux.
Cette dernière baissa la tête.
— Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat, murmura-t-elle.
— Très bien, c’est votre droit, dit froidement Fichaux.
— Monsieur Navet, intervint alors Odile. Comment est-ce que vous êtes arrivé à cette conclusion ?
— Élémentaire, ma chère, gloussa l’homme. En visitant la cabine du conducteur, j’ai immédiatement reconnu l’odeur d’amande amère qui émanait de la flaque d’eau répandue au sol.
— Et comment savez-vous que la baronne est à l’origine de cet empoisonnement ?
— Eh bien, je l’ai vue quitter le wagon-cuisine à la va-vite. Lorsqu’elle s’est aperçue de ma présence, elle a glissé quelque chose dans son sac. Sur le moment, je ne me suis pas vraiment posé de questions, mais elle n’avait rien à faire en cuisine, et quelques instants plus tard, j’ai vu un serveur sortir, chargé d’un plateau, et se diriger vers la cabine du conducteur.
— Hmmm, dit Fichaux, c’est un peu tiré par les cheveux, votre histoire, mais on a en effet retrouvé le cyanure dans la cabine de la baronne.
Il se tourna vers l’agente Rougevisue qui lui tendit le flacon en question. Il le déposa dans une poche à scellés.
— Donc c’est cette odeur d’amande amère qui vous a mis sur la piste, reprit Pervenche d’un ton admiratif qui mit tout le monde sur le qui-vive, à l’exception de l’infortuné Navet.
— Oui, ingénieux, non ? ronronna-t-il.
— Oui, d’autant que vous nous avez confié avoir perdu l’odorat il y a des années, assena soudain Pervenche.
— Mais, heu, je, balbutia l’homme tandis qu’une onde rouge se propageait dans son cou, ses joues puis le haut de son crâne chauve.
— Monsieur Navet, la baronne a effectivement empoisonné le conducteur et vous le savez parce que vous l’avez vue verser la poudre dans son verre, n’est-ce pas ?
— Eh bien, oui. Et alors ? Elle est coupable !
— Et vous aussi.
— Moi ? Coupable ? Mais de quoi ?
— De vous faire passer pour un détective de renom alors que vous n’avez jamais résolu une affaire pour commencer.
— Mais je ne vous permets pas de…
— Taisez-vous, je n’ai pas terminé. Vous êtes aussi coupable de ne pas être intervenu.
— Mais enfin, ce n’était pas ma place.
— Non ? Mais vous êtes soi-disant détective, vous n’avez pas trouvé ça suspect ? s’indigna Odile.
— Mais bien sûr que j’ai trouvé ça suspect. J’ai donc attendu… heu…
— Vous avez attendu qu’il meure, finit Pervenche d’une voix glaciale. Pour résoudre enfin une affaire.
Le visage de l’homme prit alors une couleur blanchâtre.
— Mais non, je…
— Vous saviez que le conducteur était en danger et vous l’avez laissé mourir, par vanité.
— Mais je ne savais pas que…
— Oh, je crois que vous saviez, monsieur Jules Navet. J’irai même jusqu’à dire que vous espériez. Et à choisir entre sauver une vie ou résoudre un meurtre, vous avez préféré flatter votre ego démesuré, l’accusa Odile, rouge de colère.
Fichaux, qui observait la scène avec stupéfaction, sembla reprendre ses esprits.
— Monsieur Navet, dit-il, vous êtes en état d’arrestation. Rougevisue, passez-lui mes menottes, ainsi qu’à la baronne.
— À quoi bon, s’indigna cette dernière, où voulez-vous qu’on aille ?
Fichaux s’inclina devant sa logique.
— Nous allons vous ramener à Soleilcity, dit-il alors.
Il fit quelques pas en direction de l’arrière du train où une locomotive l’attendait, puis s’arrêta.
— Mais Pervenche, pourquoi la baronne a-t-elle voulu assassiner le conducteur ? demanda-t-il.
— J’ai cru que vous alliez repartir sans poser la question, s’écria cette dernière avec soulagement.
Elle sortit une page de La Gazette de Soleilcity de son sac et la déposa sur la table pour qu’ils puissent tous lire le titre d’un article qui surmontait un cliché de la baronne.
— Pour protéger son héritage, expliqua Pervenche. Un avocat venait d’informer madame Delajertière de l’existence d’un frère illégitime qui réclamait sa part du gâteau. Elle s’est donc dit qu’elle pourrait facilement éliminer cet homme, un vulgaire chauffeur de train.
— Mais Pervenche, comment est-ce que tu as déduit que le conducteur était le frère de la baronne ? s’enquit Odile.
— Oh, j’ai juste fait usage de l’esprit de déduction que monsieur Navet semble pouvoir monopoliser en vertu de son sexe. J’ai remarqué que le conducteur du train souffrait de syndactylie.
La baronne blêmit.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Célestine.
— C’est quand certains doigts sont attachés. Par exemple, le majeur et l’annulaire.
Pervenche leva la paume de sa main et illustra son propos.
— Et c’est pas bien, une anomalie génétique ? demanda Célestine.
— Ce n’est ni bien ni mal. C’est comme ça et l’on n’y peut rien, dit gentiment sa grand-mère. Mais dans l’affaire qui nous occupe, c’est un détail important, car la baronne souffre de cette même pathologie. J’en ai donc déduit un lien de parenté avec la baronne, car cette anomalie est héréditaire.
— Donc tu as mis bout à bout cette affaire d’héritage, l’arrivée tardive de la baronne dans le train et le meurtre du conducteur. Excellent travail, Pervenche, s’exclama Odile. Tu ne perds franchement pas la main.
Fichaux leva les yeux au ciel.
— Un coup de chance, surtout, grommela-t-il. En attendant, monsieur Rutabaga…
— Monsieur Navet, le corrigea le détective.
— Et madame la comtesse, suivez-moi, je vous ramène à Soleilcity.
Le trio Bartabot regarda l’inspecteur Fichaux disparaître au fond du wagon, suivi de la baronne et du détective. L’agent Rougevisue se retourna et les salua discrètement.
Quelques minutes plus tard, un homme revêtu de l’uniforme du Pic Express traversait la voiture-restaurant dans l’autre sens et prit les commandes du train.
Nadine émergea et posa un plateau chargé de flûtes à champagne et d’une assiette de boudoirs. Quelques instants plus tard, Anatole Lefrère apparut avec un seau en argent couvert de condensation. Il fit sauter le bouchon de la bouteille de Veuve Clicquot.
— À Pervenche Bartabot, toujours aussi vive sur le terrain ! dit-il en levant son verre.
— Et aux filles Bartabot prêtes à assurer la relève, ajouta Nadine.
Célestine éclata d’un rire joyeux et avala une gorgée de champagne.
La neige s’était arrêtée. Le soleil glissait entre deux pics montagneux, nappant la vallée de lumière rose et ocre. Un sifflement strident déchira le silence, la locomotive émit un grondement puis le Pic Express reprit sa route, emportant avec lui le trio Bartabot vers ses prochaines aventures.
Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr.
De si remarquables créatures de Shelby Van Pelt (2022) raconte l’histoire de Tova Sullivan. Veuve solitaire, elle travaille la nuit comme femme de ménage dans un aquarium de la côte ouest des États-Unis. Trente ans plus tôt, son fils Erik est mort dans un accident de bateau. Depuis, Tova vivote sans trouver le bonheur. À sa grande surprise, elle se lie d’amitié avec Marcellus, un poulpe géant du Pacifique doté d’une intelligence exceptionnelle.
En parallèle, Cameron Cassmore, un jeune homme désillusionné venu de Californie, arrive dans la petite ville côtière pour retrouver le père qu’il n’a jamais connu. Il accepte un travail temporaire à l’aquarium. Peu à peu, son destin s’entrelace avec celui de Tova, sous le regard attentif de Marcellus, bien décidé à intervenir.
Ce que j’aimé dans De Si Remarquables Créatures
Le récit met en parallèle deux destins opposés. Cameron porte la blessure de l’abandon maternel. Tova, elle, n’a jamais surmonté la perte tragique de son fils. L’un souffre de ce qu’il n’a pas eu. L’autre de ce qu’elle a perdu. Deux solitudes différentes, mais tout aussi déchirantes.
Le roman s’interroge aussi sur la fin de la vie. Seul, avec un compagnon, entouré d’amis ou auprès de ses enfants : chaque choix implique ses sacrifices. Il n’existe pas un seul modèle, mais une pluralité de chemins possibles.
L’amitié occupe également une place centrale. Elle rappelle que la famille n’est pas seulement celle du sang, mais aussi celle que l’on choisit. Dans cette perspective, Marcellus, le poulpe géant du Pacifique, devient bien plus qu’un simple animal. Véritable personnage à part entière, terriblement prétentieux mais irrésistible, il incarne ce lien inattendu et salvateur qui bouleverse une existence. De la même façon, Cameron, en quête de son père, trouve une figure paternelle en Ethan. Cet immigrant écossais, qui a repris une épicerie après sa retraite, le traite comme un fils, sans que Cameron s’en aperçoive.
Ce roman rappelle avec justesse que la vie est complexe. Le bonheur que procure l’amour est inversement proportionnel à la douleur causée par la perte. Mais il offre aussi une lueur d’espoir : celle des secondes chances, toujours possibles, même lorsque l’on croit qu’il est trop tard.
J’ai savouré ce livre au point de faire durer les cinquante dernières pages. Je me doutais pourtant de ce qui allait se passer. Pas de fin en queue de poisson (ha ha !). Pas de suspense insoutenable. Mais une histoire qui réchauffe le cœur et que je vous recommande vivement.
Résumé de Et Si les Chats Disparaissaient du Monde de Genki Kawamura
Le narrateur est un jeune facteur japonais. Il apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable et qu’il lui reste très peu de temps à vivre. Alors qu’il rentre chez lui, il rencontre le Diable qui lui propose un étrange marché : chaque jour, il peut vivre une journée de plus, à condition de faire disparaître à jamais un élément du monde.
Commence alors une série de négociations insolites. Le téléphone disparaît, puis les montres, puis les films. Chaque perte pousse le narrateur à s’interroger sur ce que ces objets signifient vraiment, non seulement pour lui, mais aussi pour les autres.
Peu à peu, il prend conscience de l’importance de ces éléments dans sa vie et dans le monde en général. Derrière leur apparente banalité, ils sont liés à ses souvenirs, à ses relations, à son identité. Au fil des jours, il entame une réflexion profonde sur ses parents, sur l’amour et sur le sens de la vie. Une lucidité nouvelle s’impose à lui, comme un éclair de vérité au cœur de sa fin proche.
Le quatrième jour, le Diable — car c’est toujours lui qui décide, en réalité — annonce qu’il est temps de faire disparaître les chats. Le chat est un animal important au Japon. Je vous laisse découvrir ce qui se passe alors.
Une méditation poétique sur le sens de la vie
J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire au début. Les romans japonais que j’ai lus jusqu’ici me rappellent souvent la forme de la fable. Je pense en particulier à Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi. Ce n’est pas mon format préféré.
Cela dit, après quelques pages, je me suis laissée prendre au jeu. Au moment où je lisais ce livre, j’apprenais qu’une personne qui compte énormément pour moi allait bientôt disparaître du monde. J’ai donc suivi les méditations de l’auteur tout en poursuivant les miennes. Tandis qu’il s’interrogeait sur le sens du monde sans les chats ou sans les horloges, je me questionnais sur le trou béant que cette personne laisserait derrière elle.
Je dis souvent que nous pouvons tous lire le même livre sans pour autant lire la même histoire. C’est pour cela qu’une personne peut adorer un roman tandis qu’une autre le déteste. Lire, c’est mêler notre esprit à celui d’une histoire, et l’expérience est différente pour chacun.
Pour moi, cette lecture a donc pris un tour très personnel. Si je l’avais lue une semaine plus tôt, ma chronique aurait sans doute été différente — et je trouve cela absolument fascinant.
C’est une lecture courte que je recommande vivement. Dans d’autres circonstances, je l’aurais trouvée légère, stimulante, voire même amusante. J’aimerais beaucoup savoir, vous, quel effet ce livre vous a fait.
Garde cette page en favori pour ne rater aucune promo Pendant ces fenêtres de 24–48h, mes ebooks sont à 0 € sur Kindle (pas besoin de liseuse : l’app Kindle gratuite suffit sur téléphone/tablette/ordi).
🔔 Envie d’un rappel automatique ? Abonne-toi àma newsletterpour recevoir un email le jour de chaque promo. Partage à un·e ami·e lecteur·rice 💌
Cosy noir : frissons et humour caustique
Juste un petit meurtre pour commencer — 22 & 23 août
Fraîchement reconvertie en détective privée, Odile Bartabot hérite d’une première affaire explosive : une fermière détestée a été assassinée. Alors qu’elle enquête, elle se heurte à son ancien amant, l’agent Fichaux, bien décidé à lui voler la vedette. Entre rivalités, secrets de village et rebondissements personnels, Odile est prête à tout pour prouver sa valeur.
Comment faire taire une rombière — 29 & 30 août, 2025
Alors que l’hiver s’installe à Soleilcity, un nouveau drame frappe la petite ville. Marthe Faberlais, l’épouse acariâtre du colonel, est retrouvée assassinée dans son salon, d’une balle tirée avec la carabine de son mari. L’inspecteur Fichaux ne tarde pas à accuser le colonel. Mais Odile Bartabot, détective privée, est convaincue de son innocence. Elle remonte alors le fil d’une vie semée d’ennemis : chacun avait une bonne raison de souhaiter la mort de Marthe. Pendant que Fichaux et Odile s’affrontent dans une enquête sous tension, l’agent Marteau se penche sur une disparition inquiétante dans un hôpital psychiatrique. Les pistes se croisent, les secrets refont surface, et Soleilcity se retrouve bientôt au cœur d’un engrenage mortel où plus personne n’est à l’abri des vérités enfouies.
Meurtre à l’Emporium des Curiosités — 5 & 6 septembre, 2025
Le salon de taxidermie d’Onyx Ambrelune n’a jamais visé à séduire. Mais lorsqu’une employée est retrouvée empalée sur son couteau, le doute s’installe. Accident ou mise en scène macabre ? Odile Bartabot, ex-policière devenue détective privée, reprend l’enquête face à son ancien amant, l’inspecteur Fichaux. Tandis qu’il conclut à l’accident, Odile découvre que l’Emporium des Curiosités cache une autre mort suspecte…
Feel good : douceur & deuxième chance
C’est là que tu te sens chez toi — 23 août
Lassée des infidélités de son mari, Édith, Française expatriée, quitte New York avec sa fille et s’installe à Denver, dans le Colorado, chez son meilleur ami. Là, elle ose un pari fou : ouvrir un coffee shop indépendant, malgré l’écrasante concurrence des grandes enseignes. Entourée de sa fille, de son ami fidèle, d’une fleuriste au franc-parler irrésistible et d’un charpentier au charme indéniable, Édith construit peu à peu une nouvelle existence. Mais à mesure qu’elle reprend confiance et se rapproche du bonheur, son passé ressurgit, lui rappelant qu’on n’échappe pas si facilement à ce qu’on a fui.
Jeunesse : frissons d’automne (dès 8–12 ans)
13 nouvelles d’Halloween — 23 & 30 août, 6 septembre
Treize histoires courtes pour trembler juste ce qu’il faut : citrouilles capricieuses, forêts chuchotantes, amitiés courageuses. Parfaites pour veillées à la lampe de poche.
❓FAQ express
Faut-il une liseuse Kindle ? Non. Télécharge l’app Kindle (gratuite) sur iOS/Android/Mac/PC et connecte-toi avec ton compte Amazon.
Les promos durent combien de temps ? Entre 24 et 48 heures aux dates ci-dessus. Après, le prix redevient normal.
C’est valable hors France ? Oui, dans la plupart des boutiques Amazon. Si tu ne vois pas le prix à 0 €, vérifie que tu es dans la bonne boutique (FR/US/CA/…).
Puis-je être prévenu·e automatiquement ? Oui ! Inscris-toi à la newsletter ou abonne-toi à ma chaîne. J’envoie un rappel le jour J.
🧭 Comment profiter en 10 secondes
Ouvre cette page le jour indiqué.
Clique sur le titre souhaité (ou cherche le titre sur Amazon).
Vérifie que le prix affiche 0,00 €.
Clique sur “Acheter” (même à 0 €) → le livre arrive dans ton app Kindle.
🔖 À sauvegarder / partager
Sauvegarde ce post maintenant et envoie-le à un·e ami·e qui aime lire 📩
Liens de Sang d’Octavia Butler raconte l’histoire de Dana, une femme noire vivant en Californie en 1976. Elle est soudainement transportée dans le Maryland du début du XIXᵉ siècle. Elle comprend vite qu’elle voyage dans le temps chaque fois que son ancêtre blanc, Rufus Weylin, est en danger de mort. Pour garantir sa propre naissance dans le futur, elle doit le sauver à plusieurs reprises. La situation se complique quand il devient un maître d’esclaves violent et tyrannique.
Au fil de ses allers-retours, Dana se lie avec des esclaves. Elle subit la brutalité et l’humiliation de l’esclavage. Elle se débat avec son rôle ambigu : protéger un homme qui contribue à opprimer son peuple. Parfois, son mari blanc, Kevin, est aussi projeté avec elle dans le passé. Ce voyage les confronte aux tensions raciales et au danger d’un mariage mixte à cette époque.
Le roman explore le pouvoir, la survie, la complicité et l’impact psychologique de l’esclavage. Il crée un parallèle troublant entre le passé esclavagiste et les inégalités raciales contemporaines.
Pourquoi ce roman m’a fascinée
Au fil de ses voyages dans le temps, Dana est confrontée de plein fouet à la réalité de l’esclavage. L’un des buts du roman, à mes yeux, est justement de faire ressentir cette atrocité en la faisant vivre à une personne contemporaine.
La relation complexe entre Dana et Rufus m’a particulièrement marquée. On a souvent tendance à se détacher émotionnellement des récits historiques et de leur cruauté. Ici, le livre nous ramène brutalement à la réalité. Il est (à mon avis) plus facile de s’identifier à des personnages contemporains qu’aux personnages historiques.
Une histoire de résilience
Le roman dépeint l’incroyable résilience du peuple noir américain face à l’esclavage. Il y a la violence physique, brutale et immédiate, mais aussi la violence psychologique : cette peur constante qui érode le désir de liberté. Le dilemme est omniprésent. Ils le choix entre tenter de fuir au risque de mourir, ou rester et se soumettre au prix de sa dignité. Ce dilemme est parfaitement illustré par le personnage d’Alice, qui est l’objet de l’amour profond mais aussi possessif et violent de Rufus.
Publié en 1979, ce livre détrône le mythe de l’esclave soumis et résigné à son sort. Il dépeint les nombreuses façons dont les Noirs américains se sont opposés à leur condition. Il y a bien sûr l’évasion, difficile et dangereuse. Mais il y a aussi d’autres façons moins évidentes, comme par exemple Alice qui donne son corps à Rufus mais qui reste claire sur le fait qu’elle ne l’aimera jamais. Ce roman nous rappelle que l’on peut forcer la soumission du corps mais pas de l’esprit.
Le symbolisme de Liens de Sang
Symboliquement, la visite de Dana dans le passé et les violences qu’elle y subit signalent que le traumatisme a une mémoire. Le peuple Noir américain porte encore les séquelles de cette période. Le fait que Dana ne s’en sort pas intacte physiquement signale également que les traces de l’esclavage sont indélébiles et transcendent les générations.
Les relations inter-raciales dans Liens de Sang
Dana est mariée à Kevin, un homme blanc. Ils se sont choisis. Alice, une esclave, est par contre forcée de se soumettre au désir de Rufus, le maître de la plantation où elle vit. En rencontrant Dana et son mari, Rufus est forcé de reconnaître qu’une relation inter-raciale peut exister sans violence et sans coercition.
Les relations interraciales symbolisent aussi peut être le fait que le sort des Américains blancs et noirs est inextricablement lié depuis l’arrivée des premiers Africains sur le continent américain.
Le genre du roman
L’utilisation de la science fiction pour traiter d’un thème historique est particulièrement originale. Ce procédé permet de créer un pont entre passé et présent. Cela rend l’horreur de l’esclavage encore plus palpable pour un lecteur moderne. Cela dit, je ne vois pas ce roman comme une pure oeuvre de science fiction. Je le classerais plutôt comme un roman historique. Je le vois comme une sorte de fable dont le but est d’aider les lecteurs à prendre conscience d’importants problèmes sociaux contemporains.
Liens de Sang est un roman qui m’a fait réfléchir sur les rapports interraciaux aux États-Unis. Cela dit pas autant que The Warmth of Other Suns (2011) pour lequel Isabel Wilkerson a reçu le prix Pulitzer. Le livre, malheureusement pas traduit en français, retrace la migration de six millions de Noirs américains hors du Sud. Un véritable chef-d’oeuvre bouleversant.