Fern Cristo, autrice indépendante

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Mes chroniques

Angélique de Guillaume Musso: Mission Accomplie

Posted on June 17, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé d’Angélique de Guillaume Musso

Dans Angélique, Guillaume Musso nous plonge dans une enquête sombre et haletante. C’est un ancien flic désabusé et une adolescente vive et déterminée (alerte cliché) qui mènent l’enquête de concert. Ensemble, ils tentent de percer le mystère entourant la mort suspecte de la mère de la jeune fille, présentée comme un accident. Très vite, ils se rendent compte que les apparences sont trompeuses. Ce qui semblait être un simple fait divers bascule dans un enchevêtrement machiavélique remarquablement ficelé.

Quand le récit bascule

Musso maîtrise l’art du retournement de situation, et comme souvent dans ses romans, c’est à la moitié du récit que tout bascule. Ces twists sont efficaces et inattendus, même si parfois un peu trop nombreux. Sur la fin, j’ai eu l’impression d’être une crêpe retournée à l’infini dans la poêle de Guillaume musso.

Les personnages sont intéressants et attachants. L’adolescente apporte fraîcheur et lucidité, tandis que le flic, bien que stéréotypé (alcoolique, à la retraite, brisé par la vie), reste convaincant dans son rôle. Ce type de personnage semble d’ailleurs devenu un passage obligé dans le polar français contemporain. On le retrouve chez Musso, Thilliez, Grangé, et même chez Patricia Cornwell dans le personnage de Pete Marino.

Le roman est court, rythmé, facile à lire – idéal pour une lecture rapide et immersive. L’intrigue est bien construite, la tension constante, et malgré quelques facilités narratives (notamment des passages un peu trop explicatifs ou “info-dumpés”), Angélique reste un polar solide, bien écrit, fidèle à la “recette Musso”. Ce style peut agacer ou séduire, mais il a le mérite d’être assumé.

Avis final

Personnellement, Un appartement à Paris reste à ce jour mon Musso préféré. Angélique, bien que très efficace, suit un schéma un peu trop attendu. Cela dit, si vous aimez les thrillers modernes avec des rebondissements bien menés, Angélique mérite sa place sur votre table de chevet. Musso reste après tout, l’un des romanciers les plus lus en France. Allez jeter un oeil sur cet article D’Europe 1 un pour suivre son parcours.

Et vous? Vous avez aimé? C’est lequel votre Musso préféré?

50 Nuances de Grey, Chronique Littéraire

Posted on June 7, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Cinquante Nuances De Grey, E. L. James (2011)

Résumé de 50 Nuances de Grey

Anastasia Steele, une étudiante en littérature timide et innocente. Elle rencontre Christian Grey, un jeune homme riche, séduisant et mystérieux, lors d’une interview qu’elle réalise pour le journal universitaire. Ils se sentent rapidement irrésistiblement attirés l’un par l’autre.

Le hic ? Christian est un homme accro au contrôle, et il initie Ana à une relation dominé/dominant à travers un contrat de soumission, dans lequel il impose ses règles strictes. Ana est tentée, mais au fil du livre, elle se retrouve tiraillée entre son amour naissant pour Christian et ses propres limites.

Un succès phénoménale

Je ne vous apprends rien. Le livre a rencontré un succès phénoménal dès sa sortie en 2011. Cinquante nuances de Grey s’est écoulé à plus de 150 millions d’exemplaires dans le monde, dont plus de 35 millions rien qu’aux États-Unis. Il a été traduit dans 52 langues et a occupé la première place des classements de best-sellers pendant des mois. Un véritable phénomène littéraire et culturel.

J’arrive trop tard

Moi, à l’époque, j’étais enceinte jusqu’aux dents et j’essayais de finir ma thèse de doctorat avant d’accoucher. Je n’avais pas le temps de lire pour le plaisir — et après l’accouchement, encore moins. Donc je découvre le livre en 2025, et clairement, j’arrive beaucoup trop tard. Il s’en est passé des choses depuis 2011, à commencer par le mouvement Me Too. Je doute que ce livre passerait aussi bien s’il sortait aujourd’hui.

J’avoue, je l’ai écouté en accéléré, d’autant qu’il se passe pas grand-chose en dehors des scènes de sexe. Le livre est écrit à la première personne. Là, on retrouve les limites de ce type de la narration, qui complique le développement des personnages secondaires. L’écriture est répétitive. Le cliché du mec ultra-riche qui a besoin de frapper une femme parce qu’il a eu une enfance malheureuse, ça m’a gonflé. Et les tergiversations d’Anastasia m’ont laissée froide. Bref, j’ai loupé le coche. Ce n’est pas pour moi. À 25 ans, j’aurais peut-être adoré. Mais à 48, j’ai juste envie d’envoyer Monsieur Grey se faire cravacher ailleurs.

Le seul point positif: J’ai passé pas mal de temps à réfléchir à la façon dont je conseillerais mes filles si elles se trouvaient aux prises d’une relation toxique comme celle-ci. J’en ai donc profité pour leur rappeler le fondement inébranlable d’une relation amoureuse saine: le respect mutuel et consistant, la gentillesse, et bien sûr l’attirance mutuelle.

Si tu souhaites le lire, tu devrais pouvoir le trouver d’occasion à la Bourse aux Livres. Et si tu recherches une histoire d’amour un peu plus réel, sans complexe, je te recommande mon roman Feel Good, C’est Là Que Tu Te Sens chez Toi.

Avant Toi de Jojo Moyes: Chronique du Livre et du Film

Posted on June 2, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé de Avant Toi de Jojo Moyes (2012).

Louisa Clark, une jeune femme au style vestimentaire si éclatant qu’il vous en ferait presque oublier la grisaille de sa petite ville britannique natale, accepte un emploi de six mois comme aide-soignante pour un jeune tétraplégique ultra riche. Vous connaissez la chanson. D’abord cynique et fermé, Will rejette toutes les tentatives de Louisa pour le divertir, mais peu à peu, une relation profonde se tisse entre eux.
Mais le cliché rom-com s’arrête net quand elle découvre que Will a l’intention de recourir au suicide assisté en Suisse. Bouleversée, elle décide de tout faire pour lui redonner goût à la vie.

Mon avis sur Avant de Jojo Moyes

J’ai tout de suite accroché à l’histoire. Les personnages sont bien développés, et les relations entre eux sonnent juste. Le livre aborde plusieurs thèmes importants : évidemment le suicide assisté et les questions éthiques qu’il soulève, mais aussi l’impact d’un accident tragique sur les parents de la victime et leur couple, et dans une moindre mesure, la condition de mère célibataire ou encore la peur de quitter le nid familial.
Le seul personnage un peu superficiel est le petit ami de Louisa — mais bon, dans l’ensemble, le livre remplit son contrat. Il pose des bases solides, et on mord à l’hameçon de cette histoire d’amour impossible.

Évidemment, le fait que les parents de Will soient ultra riches m’a fait tiquer. Serait-elle tombée amoureuse de lui s’il avait été fauché ? Le petit voyage en jet privé à l’île Maurice (je crois) a quand même bien aidé la romance.

Bilan : si le sujet vous intrigue, allez-y. C’est aussi pour ça que je ne vous raconte pas la fin.

Parlons du film maintenant.

J’avoue, j’ai lu le livre parce que je voulais regarder le film, pour pouvoir gâcher l’expérience de mon mari et de mes filles qui l’ont regardé à mes côtés en leur disant que c’était pas comme ça dans le livre, et je n’ai pas été déçue:
Dès les premières scènes, j’ai eu l’impression de regarder la version décaféinée du livre. Tout le thèmes qui donnaient de la profondeur à l’histoire ont été retirés, en particulier 1) la raison qui explique que Louisa n’a jamais quitté sa ville natale et 2) et les nombreux et douloureux problèmes de santé auquel Wil fait face et qui motive sa décision d’en finir avec la vie.

La dernière scène est carrément ridicule, il doit y avoir six croissants par scène. On a compris que c’était Paris, la tour Eiffel nous avait mis sur la piste.

J’ai quand même pleuré à la fin du film mais pas du livre. C’est la musique, les pub Apple me font pleurer aussi, ainsi que les oignons, donc rien de spécial de ce côté la.

J’ai quand même pleuré à la fin du film — mais pas du livre. Cela dit, les pubs Apple me font pleurer aussi. Et les oignons. Donc bon, rien de très révélateur.

Seul point positif : Emilia Clarke est absolument parfaite dans le rôle de Louisa. Elle apporte au personnage toute l’énergie, la maladresse charmante et la tendresse que j’avais aimé dans le roman. Rien que pour elle, le film mérite qu’on y jette un œil.

Un Palais d’Épines et de Roses: ça Pique Mais Pas Dans Le Bon Sens 

Posted on May 22, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé d’Un Palais d’épines et de roses de Sarah J. Maas 

La série est aussi connue sous l’acronyme ACOTAR (A Court Of Thorns And Roses).

Feyre, une jeune villageoise affamée, tue un loup dans les bois pour nourrir sa famille. Mais le loup en question était en fait un fae (un fae est une créature mythique immortelle qui peut prendre une forme humaine ou animale, souvent très séduisant, et de moralité parfois douteuse). Pour la punir, Tamlin, un Haut Fae la kidnappe et la force à vivre dans le royaume magique de Prythian. Là, elle découvre un monde dangereux mais fascinant, dirigé par de puissants immortels

Elle prend donc ses quartiers dans la Cour du Printemps, sous la protection de Tamlin. Peu à peu, l’hostilité laisse place à l’amour. Mais une sombre malédiction menace Prythian, et Feyre doit affronter des épreuves cruelles pour se débarrasser de l’emprise d’Amarantha, une fae psychopathe et sauver ceux qu’elle aime.

Bilan: Franchement pas pour moi…

Après avoir lu les trois volumes de The Fourth Wing, j’ai voulu continuer mon exploration du romantasy avec cette série. J’ai choisi ce titre parce qu’il a eu un succès énorme. Paru aux Etats-Unis en 2015 (en France en 2017), Un palais d’épines et de roses est un phénomène mondial, vendu à des millions d’exemplaires et traduit dans de nombreuses langues. Il a été porté par une immense communauté de fans, en particulier sur TikTok et a contribué à populariser la “romantasy”. Une adaptation en série télévisée est actuellement en développement.


Alors pourquoi ça ne m’a pas plus?

Il y a des livres qu’on aime, d’autres qui nous laissent indifférents. Et puis, il y a ceux qui nous déplaisent profondément. Un palais d’épines et de roses m’a fait cet effet-là. J’aurais préféré ne pas l’avoir lu. J’ai trouvé l’histoire mièvre, parfois même malsaine voire nauséeuse, et les personnages simplistes. Ca m’a fait l’effet d’une version adulte — et ratée — de La Belle et la Bête.

J’ai mis du temps à comprendre ce qui me dérangeait vraiment dans ce roman. Voilà où j’en suis arrivée :

La question du consentement :

Tamlin enlève Feyre et la contraint à vivre dans son palais pour le restant de ses jours. Même si le récit essaie de déguiser cela en romance, il s’agit bel et bien d’un enlèvement, et le déséquilibre de pouvoir est flagrant.

L’éternel printemps :

Ce décor en apparence enchanteur m’a mise mal à l’aise. Une saison est, par nature, transitoire — sa beauté vient de son caractère éphémère. Un printemps éternel, c’est une forme de stagnation, voire une négation du cycle de la vie. J’ai ressenti une sorte de mort figée derrière cette beauté imposée. Je suis consciente que ce n’était sans doute pas l’intention de l’autrice, mais c’est l’effet que cela m’a fait.

Une héroïne irritante :

Feyre se plaint constamment, se met dans des situations d’où quelqu’un doit toujours la tirer, pour finalement se transformer brusquement en super-guerrière capable de triompher de toutes les épreuves qu’on lui impose. Ce retournement n’est ni crédible ni organique.

Un mélange de genres mal dosé :

Les scènes explicites, parfois violentes, surgissent en plein milieu d’un conte de fées, comme un cheveu sur la soupe. Le roman commence comme La Belle et la Bête et se termine comme Hunger Games — sans transition ni cohérence de ton.

Bref, vous l’aurez compris : je ne continuerai pas la série. Ce n’est tout simplement pas pour moi. Je pense que mon opinion est aussi générationelle. Je n’ai plus vingt ans, et je ne m’identifie pas du tout à l’héroïne. Mais je suis malgré tout contente d’avoir tenté l’expérience, ne serait-ce que pour pouvoir en parler en connaissance de cause. Et vous, qu’en avez vous pensé?

Si ça vous tente, vous trouverez la série sur la Bourse aux Livres.

Petits Meurtres et Train Couchettes: La Disparue du Lac de Mirondel (3/5)

Posted on May 11, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Cette série de cinq nouvelles met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce troisième épisode, le train est immobilisé au bord d’un lac gelé et Odile revient sur une étrange disparition qui, sous ses airs de simple fait divers, s’est révélée bien plus subtile et retorse qu’il n’y paraissait. Tout commence dans un hameau alpin figé par l’hiver, où une femme âgée et atteinte de démence s’évapore sans laisser de trace. Autour d’elle, un mari autoritaire aux allures irréprochables, un médecin à l’écoute, et une poignée de voisins dont les silences en disent parfois plus que leurs mots. Entre neige, secrets enfouis et soupçons mal orientés, Odile démêle les fils de cette affaire où rien n’est vraiment ce qu’il semble être.

Lire le premier épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le deuxième épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne youTube.
Ecouter cet épisode sur ma chaîne YouTube.

Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.



La Disparue du Lac de Mirondel

Haletant comme une bête essoufflée, le Pic Express s’était arrêté au creux d’une vallée glacée. Odile mit un peu d’ordre dans ses mèches brunes, s’assura que Célestine dormait toujours profondément, puis enfila un pantalon en velours et un léger pull en laine. Elle s’apprêtait à aller retrouver sa grand-mère quand cette dernière s’engouffra dans la cabine, un plateau dans les mains, une Nadine hors d’haleine sur les talons.
— Mais, madame Bartabot, vous ne pouvez pas faire le service, c’est le travail du personnel de bord ! s’écria la cheffe de wagon.
Pervenche déposa son butin sur la table et fit face à la jeune femme.
— Nadine, vous savez bien que dans quelques minutes, tous les passagers seront réveillés et vous serez débordée de requêtes extravagantes. D’ailleurs, si j’étais vous, j’en profiterais pour boire une tasse de thé avec nous…
Un bruit de commotion et des éclats de voix retentirent dans le couloir. Nadine se tourna pour affronter les voyageurs bouffis de sommeil qui se déversaient dans le couloir étroit. Pervenche aperçut Jules Navet qui nouait la ceinture d’une robe de chambre en soie rouge sur son ventre bedonnant avant de héler la jeune cheffe de wagon d’un ton impératif.
— Trop tard, Nadine, bon courage, dit Pervenche en refermant la porte au nez de la jeune femme.
— Célestine dort toujours ? demanda-t-elle à Odile
— Oui, à poings fermés. Il en faudrait plus pour la réveiller.
Pervenche versa l’eau bouillante sur les sachets de thé et un délicieux parfum de bergamote envahit la cabine. Odile saisit sa tasse et se pelotonna sur la banquette.
— Alors, on est en panne ? demanda-t-elle.
Pervenche prit le temps d’avaler une gorgée de thé.
— Non, le conducteur a fait un malaise.
— Quel genre de malaise ? demanda Odile, soudain alerte.
— Je ne sais pas exactement, mais il y a au moins trois docteurs à bord, donc ils devraient s’en sortir.
— Et on est où ?
— À cinq heures de la station du Pic d’Argent. Au milieu de nulle part.
Odile posa sa tasse et ouvrit les rideaux. Le train était arrêté au creux d’une vallée figée dans la glace. Un flanc de falaise rocheux saupoudré de neige s’élevait sur la droite, et à gauche, les ténèbres à perte de vue. Odile attendit que ses yeux s’habituent à l’obscurité.
— On est au bord d’un lac, déclara-t-elle enfin.
Elle balaya du regard l’espace morne et désert. Au loin, sous le ciel étoilé, un ruban rose annonçait l’aurore. Cette nature sauvage lui rappelait un paysage similaire, mais le lac qu’elle avait parcouru des heures durant en hors-bord au cœur d’un hiver glacial était bordé d’une trentaine d’habitations.
— Je connais ce regard pensif, dit simplement Pervenche. Ça te rappelle une affaire ?
— Oui, dit Odile. Une de mes toutes premières enquêtes avec Lucien Reporc.
Le souvenir de l’inspecteur fit grimacer Pervenche. Des yeux perçants, un visage taillé dans la pierre, une carrure haute et maigre, et une intuition aussi légendaire que sa misogynie. Il avait remué ciel et terre quand le commissaire lui avait demandé de prendre Odile Bartabot sous son aile. Mais le commissaire devait une faveur à Pervenche Bartabot et cette dernière n’en avait pas démordu. Odile serait formée par Reporc, parce qu’en dépit de sa personnalité insupportable, c’était l’inspecteur le plus compétent que Pervenche ait jamais connu, et Odile en apprendrait plus avec lui en une semaine qu’avec n’importe quel autre en un an. Et quant à sa hantise des femmes et sa ferme conviction qu’elles n’avaient pas leur place dans la police, autant qu’Odile s’y fasse rapidement. C’était un sentiment largement répandu au commissariat de Soleilcity à l’époque.
— Quel manque de bol, me retrouver sous la coupe de Reporc, commenta Odile. Alors que ça faisait des années qu’il avait arrêté de former des agents. Je me demande bien ce qui l’a fait changer d’avis, dit-elle pensivement.
— Va savoir, acquiesça Pervenche, impassible. Mais au moins, tu as travaillé sur de vrais crimes dès le début.
— Oui, avec son expérience, il pouvait souvent choisir ses enquêtes. Et quand on lui filait une affaire qui ne l’intéressait pas, je t’assure qu’il était carrément infect. Comme la fois où on a dû faire deux heures de voiture pour aller enquêter sur la disparition d’une vieille dame. Elle habitait dans un hameau au bord d’un lac un peu comme celui-là. Une trentaine de maisons, toutes habitées par des retraités. Les jeunes étaient partis vivre à Soleilcity ou à Tartanchon et la commune s’était endormie au fil des années.
— Et une femme avait disparu ?
— Oui, la femme du maire. Le maire de Mirondel avait encore quelques relations bien placées, dont le commissaire Farko. Il avait réussi à obtenir que Reporc vienne enquêter sur la disparition de son épouse.
— Et Reporc l’a retrouvée ?
— Non.
— Elle est morte ?
— On n’a jamais retrouvé son corps. On a enquêté trois jours, et puis Reporc a conclu qu’elle s’était sûrement noyée dans le lac un soir de tempête.
— Pourquoi est-ce qu’elle serait sortie un soir de tempête ? demanda Pervenche, intriguée.
— Parce que selon le maire, Octave Orneval, sa femme présentait des symptômes de démence depuis quelque temps. Elle avait du mal à trouver ses mots, elle perdait sans arrêt son sac, ses clés de maison.
Pervenche replia ses jambes sous elle et enveloppa sa tasse de ses doigts fins. Elle fit un léger signe de la tête.
— Ça me rappelle quelque chose, ton histoire. Tu m’en avais parlé à l’époque ?
— Un peu, confirma Odile. Mais tu venais de prendre ta retraite et tu ne voulais plus entendre parler de crime ou d’enquêtes. Tu suivais des cours de tricot dans la mercerie du centre, si je me souviens bien.
— Oh oui, je ne sais toujours pas tricoter, d’ailleurs, mais j’ai débarrassé la propriétaire de la petite jeune qui se servait dans la caisse. Comme quoi on ne se refait pas. Mais reprends ton affaire de disparition au début, dit-elle.
Une Célestine engourdie de sommeil émergea de derrière le rideau de sa couchette. Enveloppée dans sa robe de chambre, elle se glissa à côté de sa grand-mère et accepta en silence la tasse de thé qu’Odile lui tendait.
— On est arrivées à Mirondel en fin de journée, le lendemain de la disparition de Félicie Orneval.
Pervenche fit la grimace.
— Pourquoi est-ce qu’ils ont attendu si longtemps pour contacter les autorités ?
— Parce que le village a d’abord organisé sa propre battue.
— Cinquante retraités à chercher un corps en plein milieu de l’hiver. C’est efficace comme méthode, maugréa Pervenche.
— Ce sont des gens qui vivent dans la montagne depuis toujours, ils sont plus costauds que les deux agents qui nous ont accompagnés. Ils n’arrêtaient pas de se plaindre du froid et du vent. Reporc a menacé de les balancer dans le lac s’ils ne s’y jetaient pas d’eux-mêmes, ajouta Odile en rigolant.
Elle poursuivit :
— On est allés directement chez le maire. Il nous attendait sur le pas de la porte, le visage défiguré par l’inquiétude et la nuit blanche qu’il venait de passer. Il nous a fait entrer et nous a servi du café, puis il nous a expliqué que Félicie était partie rendre visite à une voisine la veille en début d’après-midi. Elles avaient joué au bridge puis, vers dix-sept heures, Félicie avait pris congé. Elle n’était jamais arrivée chez elle. Son mari s’était inquiété et avait appelé la voisine en question. Il avait ensuite donné l’alerte. Les villageois avaient cherché Félicie jusqu’à minuit, mais apparemment, elle s’était évaporée. Ils avaient alors contacté la police.
Odile fit une pause et croqua dans un croissant.
Célestine se frotta le menton d’un air songeur.
— Tu as fouillé la maison ? demanda-t-elle.
— Oui. La maison était propre, rangée avec grand soin. Rien ne semblait indiquer un départ précipité. Pareil pour sa chambre. Elle était simplement meublée d’un lit de deux personnes, deux tables de chevet, une commode et une armoire. Une plante à l’article de la mort sur l’appui de fenêtre, à côté d’un cadre où l’on voyait le maire et sa femme découper un gâteau. Probablement un anniversaire de mariage. Quelqu’un avait inscrit « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » au bas du cliché. À part ça, le lit était fait, ses vêtements impeccablement pliés dans les tiroirs. Ils vivaient modestement, pour ne pas dire tristement, ajouta Odile.
— Je suppose que tu es allée interroger la voisine ? demanda Pervenche.
— Oui, Reporc n’a pas pris la peine de m’accompagner. Il est resté dans la cuisine du maire, il avait des rapports à finir.
— Il n’était pas investi dans l’enquête ?
— Non, il s’en fichait royalement. Il m’avait demandé de lui faire un rapport de cinq minutes chrono à la fin de chaque journée. Il m’écoutait les yeux rivés sur sa montre à chaque fois.
— Oui, c’est tout à fait son style, dit Pervenche avec un léger sourire. Et qu’est-ce qu’elle t’a dit, la voisine ?
— La voisine, Josiane si je me souviens bien, était amie avec Félicie depuis l’enfance, reprit Odile. Elle a confirmé la partie de bridge, et le fait que Félicie avait des pertes de mémoire. Elle en avait les larmes aux yeux. Elle m’a décrit Félicie comme une femme pleine de vie, amatrice de nature, qui aimait faire de longues randonnées dans la montagne. Férue d’ornithologie, elle pouvait identifier n’importe quel oiseau. Elle avait prévu d’aller étudier à l’université, mais elle est tombée enceinte à dix-huit ans et n’avait jamais quitté le village après ça. J’ai dû m’extasier une heure sur sa collection de plantes vertes avant qu’elle se livre un peu plus.
— C’est-à-dire ?
— Elle m’a confié qu’elle avait vu une silhouette fine, vêtue d’un manteau rouge semblable à celui que Félicie portait ce jour-là, déambuler sur le quai. Ça l’avait surprise. Une fois la nuit tombée, un brouillard épais envahissait le village et les gens restaient chez eux au chaud.
— Elle en avait fait part à la police ?
— Oui, le lendemain. Mais elle s’en voulait de ne pas avoir fait le rapprochement plus tôt. Peut-être que si elle était allée voir qui c’était, elle aurait pu sauver son amie.
Un silence pesant tomba sur la cabine.
— Donc elle s’est noyée, dit Célestine en jetant un regard nerveux par la fenêtre.
Le lac nappé de brouillard émergeait peu à peu de l’obscurité.
— C’est possible, lui dit doucement sa grand-mère avant de dévisager Odile d’un air sévère. Le bridge se joue à quatre, ajouta-t-elle d’un ton sec.
— Je sais, Pervenche, je sais, l’apaisa Odile. Je suis allée interroger les autres voisines et elles ont corroboré le récit de Josiane. Elles ont joué au bridge, bu du thé. Félicie est partie la première pour aller préparer le dîner. Les deux autres sont rentrées chez elles peu après. Je leur ai parlé séparément, elles n’avaient pas l’air à l’aise, mais les gens le sont rarement en présence de la police.
— Tu crois qu’elles cachaient quelque chose ?
— Je me suis posé la question.
Odile garda un silence pensif et Pervenche la dévisageait d’un air intrigué.
— Tu as interrogé les voisins ?
— Oui, et apparemment, Josiane n’était pas la seule à avoir vu cette silhouette vêtue d’un manteau rouge marcher le long du lac.
— Le lac était gelé ?
— Non. On en a parcouru la surface sur un petit bateau à moteur le lendemain de notre arrivée. Il faisait un froid de canard, Félicie n’aurait pas survécu cinq minutes dans l’eau glaciale.
— Et elle s’entendait bien avec son mari, Félicie ? demanda Pervenche.
— Selon le maire et les voisins, c’était un couple tranquille. Ils étaient mariés depuis cinquante ans. Ils avaient un fils qui travaillait à Tartanchon et qui revenait rarement rendre visite à ses parents.
— Tu l’as interrogé ?
— Non, j’ai résolu le mystère avant, répondit Odile avec un petit sourire.
— Avant Reporc ? s’enquit Pervenche.
Odile haussa les épaules.
— Reporc n’a pas pris la peine de se pencher sur les faits. Mais quand il m’a demandé si on pouvait classer l’affaire comme une noyade, je lui ai dit que j’avais besoin d’un peu plus de temps et il a accepté sans me poser de questions.
— Donc il se doutait de quelque chose ?
— Ou il s’en moquait royalement.
Pervenche garda un silence pensif. Reporc n’avait pas beaucoup de qualités, mais c’était un bon détective. Ce comportement détaché ne lui ressemblait pas.

— Qui est-ce que tu as interrogé ensuite ? demanda-t-elle alors.
— Son docteur. Je voulais lui poser des questions sur la santé de Félicie. Il la suivait depuis toujours.
— Il y avait un docteur pour trente maisons ?
— Non, il avait son cabinet dans une ville voisine, mais il desservait les petits villages de montagne. (Odile esquissa un sourire nostalgique.) Il correspondait parfaitement à l’image que je me faisais d’un médecin de campagne : un homme calme, aux manières douces. Depuis quarante ans, il soignait les habitants de Mirondel et approchait de la retraite. D’après ses observations, la patiente avait déjà connu plusieurs épisodes de confusion et de déambulation. Elle s’était perdue dans le village quelques semaines plus tôt, confondait les visages, embrouillait les souvenirs. Des examens à Tartanchon avaient permis de confirmer ses soupçons.
— C’est une terrible maladie, commenta Pervenche en remontant son châle sur ses épaules. Le maire aurait dû surveiller sa femme de plus près.
— Oui et non, c’est compliqué de s’occuper d’une personne malade sans porter atteinte à sa dignité ou la traiter comme une enfant. Mais c’est une condition que l’on comprend de mieux en mieux, avec une progression assez bien définie même si les tout premiers symptômes passent parfois inaperçus. À l’académie de police, j’avais suivi un séminaire destiné à aider les agents à mieux gérer les situations à risque impliquant des personnes âgées. Mon groupe avait choisi de se pencher sur les troubles cognitifs. Les premiers symptômes sont souvent des petits oublis, des pertes de mémoire, en rapport avec des événements récents, comme ce qu’ils ont mangé le midi.
— Pff… dans ce cas, ça fait longtemps que j’ai des symptômes, grommela Pervenche.
— Moi je sais toujours ce que j’ai mangé le midi, commenta Célestine avec un coup d’œil au croissant qu’Odile n’avait pas fini.
Cette dernière sourit et tendit son assiette à Célestine.
— Mais la désorientation, les déambulations, cela arrive plus tard. Or, Félicie ne présentait des symptômes que depuis quelques mois, selon son médecin traitant.
— Tu veux dire que sa maladie progressait rapidement ?
— Oui, j’ai appelé le service de gériatrie qui s’est occupé de son évaluation.
— Et ?
Odile attendit quelques secondes pour ménager son effet.
— Et là, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas de patiente du nom de Félicie Orneval.
Pervenche et Célestine réfléchirent en silence.
— Le maire avait inventé la maladie de sa femme ? demanda enfin Célestine.
— C’est possible, dit Pervenche. Octave aurait donc fait croire au village et à sa femme qu’elle avait une maladie incurable. Puis il l’a fait disparaître et a mis cela sur le compte de la désorientation. Elle se tourna vers Odile. Mais pourquoi est-ce qu’il voulait se débarrasser d’elle ?
— Il ne voulait pas se débarrasser d’elle. Bien au contraire. Il faisait tellement froid qu’entre deux interrogatoires, je rentrais chez le maire pour me réchauffer, réfléchir à l’affaire et fouiller la maison à la recherche d’un indice quelconque. Et c’est comme ça que je suis tombée sur le manteau rouge de Félicie, accroché sous une grosse parka dans l’entrée de sa maison.
— Donc Josiane aurait menti ?
— Oui, à moins que Félicie ne soit repassée chez elle avant d’aller hanter le lac, mais son mari l’aurait interceptée.
— Josiane avait une liaison avec son mari et ils ont comploté pour la faire disparaître ? suggéra Pervenche.
— Pas tout à fait. Mais tu te rapproches de la vérité. Vois-tu, en fouillant la maison, j’ai découvert trente-quatre autres photos d’anniversaires de mariage. Toujours la même mise en scène et toujours la même inscription.
— Jusqu’à ce que la mort nous sépare ? demanda Pervenche.
— Oui, en fait, il ne s’agissait pas là d’une promesse…
— Mais plutôt d’un avertissement, finit Pervenche.
— Exactement. J’ai aussi découvert que Félicie n’avait pas de compte bancaire.
— Donc elle était à la merci de son mari pour ses dépenses ? s’enquit Pervenche
— Oui. Et à voir sa garde-robe, il n’était pas très généreux.
— Est-ce qu’elle aurait simulé sa mort pour s’enfuir ?
— Précisément, confirma Odile.
— Comment a-t-elle réussi à fabriquer des résultats médicaux assez crédibles pour convaincre le docteur de Mirondel ?
Odile se contenta de sourire. Pervenche fronça les sourcils et se tourna vers Célestine qui haussa les épaules.
— Mais bien sûr ! s’exclama Pervenche. Le docteur était dans le coup !
— Exactement. Félicie et le docteur entretenaient une liaison depuis quelques années. Ils ont fini par trouver une façon de couler des jours heureux sans causer d’esclandre.
— Donc, tout ça pour une histoire d’amour, à leur âge, grommela Pervenche, un peu vexée de ne pas avoir deviné le fin mot de l’histoire.
— L’amour n’a pas d’âge, la réprimanda Célestine. Et puis le maire était méchant, elle a bien fait de partir avec le docteur.
— Oui, dit Odile, je crois qu’il n’aurait jamais accepté son départ, et elle le savait.
— Il était violent ? s’enquit Pervenche.
— J’ai posé la question à Josiane. Elle m’a répondu qu’il était jaloux. Félicie avait voulu reprendre ses études quand son fils a commencé l’école, mais il le lui avait interdit. Il l’a toujours empêchée de passer le permis de conduire. Elle était complètement sous sa coupe.
— Et la silhouette sur le lac ? demanda Célestine.
— Je crois que c’est une invention de Josiane, pour nous mettre sur la piste de la noyade. Les rumeurs se répandent vite dans les petites communautés fermées comme Mirondel, et elle le savait bien. Elle a confié avoir vu quelqu’un près du lac à une ou deux voisines, et quelques heures plus tard, tout le monde était convaincu d’avoir aperçu une silhouette flotter sur l’eau.
— Comment est-ce que tu as découvert la vérité ? demanda Pervenche.
— C’est Josiane qui a craqué quand je suis arrivée chez elle vêtue du manteau rouge de Félicie. Elle a immédiatement perdu ses moyens et confirmé que le maire était loin d’être un homme aussi bon et chaleureux qu’il en avait l’air. Il s’était disputé avec son fils quelques années plus tôt et ils ne se voyaient plus. Mais Félicie avait gardé le contact avec lui. C’est lui qui est venu la chercher ce soir-là. Il a profité de ce que les habitants du village soient occupés à battre la campagne pour venir la chercher discrètement, alors qu’elle l’attendait au bord de la nationale.
— Et le docteur, dans tout ça ?
— Il s’est joint à la battue, puis a attendu trois mois pour ne pas éveiller les soupçons. Il a ensuite pris sa retraite. Ils coulent des jours heureux dans une petite maison en bord de mer.
— Et tu as laissé Reporc conclure à une noyade accidentelle ?
— Oui, dit Odile. Je n’ai pas fermé l’œil cette nuit-là. J’ai tourné en rond dans la chambre d’amis. J’ai écrit un début de rapport, puis je l’ai déchiré. Je me suis demandé ce qu’aurait fait Reporc, ce que toi tu aurais fait, Pervenche. Et puis j’ai décidé de ne rien dire. Quand je suis descendue dans la cuisine, le maire dormait encore. Reporc lisait la gazette locale. J’avais enfilé une sortie de bain rouge au-dessus de mon pyjama parce que la maison était glaciale, et…
— Et quoi ? la pressa Pervenche.
— Reporc m’a fait remarquer que cette couleur m’allait bien, et il m’a fait un clin d’œil… enfin je crois. Parfois je me demande si j’ai rêvé.
Le trio Bartabot observa un silence pensif. L’horizon se teintait de rose et d’orange, et les angles saillants de la falaise émergeaient peu à peu de la brume. Elles regardèrent le soleil se lever sur le lac gelé. Une nuée de corbeaux traversa le ciel laiteux et se posa sur la berge. Trois coups fermement frappés à la porte interrompirent leur rêverie.


Lire la suite: Cadavre Impromptu à l’Auberge des Murmures

Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr.

The Fourth Wing: Ma Première Rencontre Romantasy

Posted on April 19, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé de The Fourth Wing

Violet Sorrengail, 20 ans, devait passer une vie tranquille à recopier des parchemins. Mais c’était sans compter sur sa mère, une générale redoutable manifestement épargnée par l’instinct maternel, qui décide d’en faire une chevaucheuse de dragons.

Petit hic : Violet est aussi robuste qu’une tasse en porcelaine. Heureusement, elle a une intelligence redoutable et beaucoup de courage. La voilà face aux épreuves (souvent mortelles) de son école militaire. Elle doit aussi résister à un élève de deuxième année très charismatique. Et elle se forge de belles amitiés en chemin.

Au programme : mondes imaginaires, dragons, magie, combats, trahisons, histoire d’amour. Mais pas dark romance (ouf) et tous les tropes de la romantasy bien assumés.

J’ai lu ce roman par curiosité (il a littéralement envahi BookTok) et parce que ma fille tenait absolument à ce qu’on le lise ensemble. J’ai aussi écouté une interview de l’autrice sur NPR, ma station de radio préférée aux Etats Unis.
Je suis actuellement en train d’écouter le tome 2, mais franchement,je ne suis pas sûre d’avoir l’énergie pour 600 pages de romantasy.

Mise à jour: non seulement je l’ai fini, mais j’ai aussi enchainé sur le troisième!

Ce que j’ai aimé :

L’univers, les dragons, les descriptions soignées, et une intrigue bien ficelée qui tient en haleine.
Et puis, soyons honnêtes : au vu de la situation politique actuelle aux États-Unis, je comprends parfaitement le succès de romans comme celui-ci. Ils nous offrent une bulle d’évasion bienvenue, un moyen de mettre la réalité entre parenthèses le temps de quelques chapitres (ou heures d’écoute).
Personnellement, je l’ai écouté dans la voiture à la place des infos, et ça me fait un bien fou.

Cerise sur le gâteau :

Ca a été un vrai plaisir de partager ce roman avec mes filles, de faire des prédictions, critiquer les personnages, débattre des rebondissements. Une expérience de lecture intergénérationnelle aussi fun que complice.

Ce que j’ai moins aimé :

Des longueurs, des répétitions. Et un usage assez excessif des “sh!t” et “f*ck” (je l’ai lu en VO). Honnêtement, ça n’apporte pas grand-chose.

Je suis bien contente d’avoir commencé par cette série parce que si j’avais commencé par la série ACOTAR, je crois que je n’aurais plus jamais lu un roman de ce genre. J’ai d’ailleurs écris une chronique d’Un Palais d’Epines et de Roses.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Spores Suspectes (2/5)

Posted on April 1, 2025October 24, 2025 by ferncristo


Cette série de cinq nouvelles met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce deuxième épisode, Pervenche évoque une affaire de meurtre par empoisonnement qui lui a donné du fil à retordre.

Lire le premier épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr

Spores Suspectes

Guidé par les phares puissants de la locomotive, le Pic Express s’enfonçait dans la nuit, traversant à toute allure la campagne et les villages endormis. Une poignée de passagers avait déjà pris place dans la voiture-restaurant et sirotait leur cocktail de cet air blasé qui accompagne la richesse générationnelle. Des rameaux de pin piquetés d’ampoules miniatures couraient le long des fenêtres et rappelaient discrètement l’arrivée imminente des fêtes de fin d’année.
La porte du wagon s’ouvrit dans un chuintement et le trio Bartabot fit son entrée. La haute société soleilcitoise était un groupe exclusif d’une cinquantaine de personnes et ces trois femmes n’en faisaient pas partie. Qui étaient-elles ?

Pervenche, Odile et Célestine Bartabot saluèrent leurs compagnons de voyage d’un signe de la tête puis rejoignirent la table qui leur avait été assignée. Célestine étala avec application les plis scintillants de sa robe sur la banquette en velours grenat puis poussa un petit soupir de contentement. La vaisselle cliquetait au rythme régulier des mouvements du train. Les assiettes en porcelaine blanche et les couverts en argent étincelaient sous la lumière tamisée des spots encastrés et de délicieux arômes d’oignons revenus au beurre et d’herbes fraîches s’échappaient de la cuisine. Célestine resplendissait de bonheur dans sa robe à paillettes bleue. Odile avait enfilé une robe noire ajustée qui lui arrivait au-dessus du genou et une paire de ballerines vernies. Pervenche, quant à elle, avait choisi un sobre tailleur-pantalon vert forêt qui soulignait la finesse de sa silhouette et un chemisier en soie couleur crème. Toujours intrigués, les passagers les observaient à la dérobée et se murmuraient leurs conjectures à grand renfort de regards entendus et de sourcils froncés.
Un serveur engoncé dans une livrée excessivement amidonnée mit un terme à leurs tergiversations lorsqu’il posa la main sur sa poitrine et s’exclama :
— Mais serait-ce donc là l’illustre Pervenche Bartabot ?
Pervenche leva les yeux sur un homme d’une soixantaine d’années aux cheveux blancs coupés en brosse et aux pommettes saillantes. Ses yeux noisette pétillaient de joie.
— Anatole. Anatole Lefrère. Mais quelle coïncidence ! répondit Pervenche. (Elle se tourna vers ses petites-filles.) Anatole travaillait comme sommelier au Renard Démasqué quand j’ai ouvert mon agence, expliqua-t-elle. Il a ensuite quitté le restaurant, probablement pour faire une fabuleuse carrière, je suppose ?
Anatole afficha un sourire modeste.
— J’ai servi dans quelques établissements étoilés, admit-il alors que deux taches rouges colorèrent ses joues pâles. Puis, j’ai pris ma retraite l’année dernière.
Il sortit une bouteille de Dom Pérignon d’un seau à glace et l’ouvrit avec l’habilité que donne l’expérience. Le bouchon sauta dans un claquement sec et, d’un geste assuré, il fit danser le champagne dans les coupes.
— Et qu’est-ce que vous faites ici, alors ? demanda Pervenche. Laissez-moi deviner, Anatole. La retraite manquait de piment ?
— Oui, j’ai tellement pris l’habitude de passer mes soirées dans des salles de restaurants, à rencontrer des gens tous plus intéressants les uns que les autres. Et puis, la camaraderie du personnel, ça me manquait. Alors quand le chef de cuisine du Renard Démasqué m’a dit que le Pic d’Argent cherchait un sommelier, j’ai sauté sur l’occasion.
Le serveur se décala pour laisser passer une dame dont l’imposante silhouette exigeait un accès complet à l’allée séparant les rangées de tables. Odile reconnut la passagère qui avait retardé le départ du train. Elle s’installa derrière le trio Bartabot et observa les convives d’un air sévère. Ses cheveux noirs tissés de mèches blanches étaient ramenés en un chignon épais et deux imposants pendants d’oreilles menaient à rude épreuve l’élasticité de ses lobes. Elle posa son regard noir et vide d’expression sur le trio Bartabot, et aussitôt, Pervenche se fendit d’un sourire avenant.
— Souhaitez-vous vous joindre à nous ? offrit-elle. Ça serait dommage de ne pas partager en bonne compagnie le festin qui nous attend.
La femme sembla prise au dépourvu. Pervenche avait parlé si fort que tous les passagers s’étaient tus et attendaient sa réaction. La passagère reprit vite contenance et esquissa un sourire, mais son regard resta glacé.
Alertée par la soudaine générosité de sa grand-mère, dont l’intelligence et la perspicacité étaient inversement proportionnelles à son sens de la courtoisie, Odile avala son champagne de travers. Quelques instants plus tard, les épaules endolories par les vigoureuses claques que ses compagnons de voyage lui avaient assenées dans le dos, la grosse dame prit place à côté d’Odile dans un froufrou de taffetas. Pervenche fit rapidement les présentations, puis attendit que la dame en fasse de même.
— Baronne Delajaretière, dit-elle comme à regret.
— Enchantée, répondit Pervenche. Qu’est-ce qui vous amène au Pic d’Argent ? Vous allez skier ? s’enquit-elle sans une once d’ironie dans la voix.
La baronne laissa échapper un grognement dédaigneux.
— Certainement pas. Je vais juste prendre l’air de la montagne pour une petite semaine. C’est mon médecin traitant qui me l’a recommandé. Il paraît que c’est bon pour l’hypertension et pour le cœur.
— C’est exactement ce que mon docteur m’a dit, dit Pervenche qui n’avait pas mis les pieds dans un cabinet médical depuis dix ans. Et ça ouvre l’appétit aussi.
Pervenche se tourna vers le sommelier.
— Anatole, dites-nous, qu’est-ce qu’ils nous ont préparé en cuisine ce soir ?
Le sommelier se frotta les mains et étira ses lèvres fines en un sourire narquois.
— Vous n’allez pas être déçue. En entrée, le chef nous a cuisiné un velouté de champignons.
Il éclata de rire et Pervenche l’imita. Décontenancées, Odile, Célestine et la baronne les dévisagèrent avec curiosité.
— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? demanda la rombière d’un ton glacial.
Pervenche qui riait encore s’essuya les yeux du coin de sa serviette de table.
— Eh bien, voyez-vous, j’ai rencontré Anatole au Renard Démasqué lors d’une enquête. Le restaurant avait ouvert ses portes un an plus tôt et semblait promis à un avenir brillant, jusqu’au soir où un célèbre critique gastronomique venu évaluer les talents du chef de cuisine est mort empoisonné par une poêlée de champignons.
— Quelle horreur ! s’exclama la grosse dame.
Elle lança un regard soupçonneux sur les assiettes de potage crémeux que le personnel du Pic d’Argent distribuait. Le petit homme rond installé à la table adjacente à la leur reposa son couvert et afficha une mine boudeuse.
— Ne vous inquiétez pas. Cette soupe est aussi inoffensive que délicieuse. Je l’ai moi-même goûtée en cuisine, les rassura un serveur, en fusillant le sommelier du regard.
Anatole haussa les épaules en guise d’excuse.
— D’ailleurs, elle sent drôlement bon, vous ne trouvez pas ? ajouta le serveur.
L’assemblée acquiesça, mais le petit homme afficha une moue sceptique.
—Je ne saurais vous le dire, j’ai perdu l’odorat à la suite d’une grosse grippe il y a de cela quelques années. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir du flair, ajouta-t-il avec un rire satisfait.
Il posa alors sa cuillère et attendit avec méfiance que les passagers avalent les premières cuillères de potage, puis rassuré par l’absence de convulsions foudroyantes, il goûta sa soupe du bout des lèvres.
— On ne peut être trop prudent, dit-il avec un rire gêné, à l’attention de la table de Pervenche.
Odile reconnut le passager qui s’était trompé de wagon plus tôt dans la soirée. Intriguée, elle déclina son identité, puis présenta sa grand-mère, sa sœur et la baronne.
— Jules Navet, dit l’homme au crâne dégarni et à la moustache fournie. Détective privée.
— Vraiment ? demanda la baronne incrédule. Il y a une convention de détectives au Pic D’argent ? se moqua-t-elle.
— Pourquoi cette curieuse question ? s’enquit l’homme en pinçant les lèvres.
La baronne désigna Odile et sa grand-mère d’un geste de la main.
— Ces dames sont aussi détectives privées. Il faut croire que c’est une profession à la mode, ajouta-t-elle avec un petit rire condescendant.
— Quelle étrange coïncidence, dit l’homme en lissant sa moustache.
— En effet, dit la baronne. À croire que n’importe qui peut exercer cette profession…
Navet lâcha un léger claquement de langue.
— C’est une profession qui exige des qualités que peu de gens possèdent.
— Comme quoi, par exemple ?
— La perspicacité pour commencer, répondit Jules Navet.
— Madame Bartabot, qu’en pensez-vous ? s’enquit la baronne avec un sourire amusé.
Pervenche réfléchit un instant.
— Je dirais plutôt l’esprit d’observation, dit-elle enfin. Être toujours aux aguets, remarquer des détails que les autres ignorent.
— Et alors que nous parlons, vous êtes aux aguets ? se moqua-t-elle. Qu’avez-vous remarqué dans ce wagon depuis notre arrivée ?
Pervenche répliqua sans même hésiter :
— Dans ce wagon ? Notre serveur est gaucher, monsieur Navet porte des talonnettes dans ses chaussures et vos doigts, l’index et le majeur, sont soudés : vous portez donc votre alliance à la main gauche.

— Vexée, la baronne enfouit ses mains sous sa serviette de table.
— Je vois, dit-elle enfin. Je suis moi-même assez observatrice. Pourrais-je être détective ?
— Mettons-vous à l’épreuve, ma chère baronne. (Il se tourna vers Pervenche.) Madame Bartabot, racontez-nous donc cette histoire de champignons empoisonnés et voyons qui de nous trouvera le coupable en premier.
La baronne haussa les épaules, mais tourna la tête vers Pervenche, visiblement intriguée. Cette dernière s’essuya la bouche sur sa serviette de table, puis avala une gorgée de Chinon rouge.
— D’accord, dit-elle en se prenant au jeu. Pourquoi pas. Voyons. Par où commencer ?
Elle se cala contre la banquette puis débuta son récit.
— Le Renard Démasqué avait la réputation de ne servir que des produits du terroir à l’époque. Le restaurant était particulièrement connu pour sa carte de champignons sauvages. Les gens venaient de très loin pour goûter des plats à base de spécimens rares. Le gérant s’approvisionnait chez une certaine avec Léotie Micelle, une cueilleuse locale.
— C’est elle qui a fait le coup ? la coupa le détective, la bouche pleine de pain.
Pervenche le toisa par-dessus ses lunettes puis reprit.
— La police a rapidement conclu qu’elle était coupable. Elle leva la main vers Jules Navet pour lui signaler qu’elle ne tolérerait plus d’interruptions intempestives. Elle était sur le point d’être inculpée quand j’ai accepté l’affaire, à la demande du gérant. L’avocat de Léotie lui conseillait de plaider l’homicide involontaire.
Pervenche fit une pause, et Odile prit la parole.
— Elle avait un mobile ? demanda-t-elle.
— Non, elle n’avait absolument aucune raison de saboter sa relation avec le Renard Démasqué. Et personne ne l’accusait de meurtre. On la soupçonnait juste de s’être trompée de champignons. Mais Léotie n’aurait jamais commis cette erreur et a dès le départ soutenu que quelqu’un avait remplacé les chanterelles par une espèce qui leur ressemble, mais qui est toxique.
— Et vous l’avez crue ? demanda le détective avec un petit rire moqueur.
— Oui, rétorqua Pervenche. Léotie m’a expliqué la différence entre les champignons qu’elle avait apportés et ceux qui ont tué le critique gastronomique. Ils se ressemblaient, mais les différences étaient notoires, même pour une amatrice comme moi.
— Qui était présent au restaurant le jour du crime ? intervint la baronne.
— Excellente question, répondit Pervenche. C’est exactement ce que j’ai demandé au gérant quand je suis allée lui rendre visite le lendemain de l’arrestation de Léotie. Le jour du décès du critique, Léotie a fait sa livraison en fin de matinée. C’est le maître d’hôtel, Francis, qui a reçu la commande. Jérôme, le cuisinier est arrivé vers treize heures, la serveuse, Marise, et Anatole, le sommelier, sont arrivés vers dix-sept heures. Le restaurant a accueilli les premiers clients à dix-neuf heures.
— Et le plongeur ? demanda Odile.
— Le plongeur, Florent, est arrivé en retard ce jour-là. Jérôme avait déjà commencé à préparer la fricassée de champignons sauvages pour le critique gastronomique.
— Est-ce qu’il est mort immédiatement ? demanda encore la baronne.
— Non, mais il s’est plaint de douleur au ventre et à la poitrine quelques minutes après avoir fini le plat principal. Les douleurs se sont intensifiées. Le personnel a d’abord cru à un problème cardiaque, après tout, l’homme était en surpoids et avait des antécédents cardiaques. Une ambulance est venue le chercher. Il est mort quelques heures plus tard à l’hôpital. L’autopsie a révélé que la cause de la mort était un empoisonnement causé par des champignons vénéneux. Léotie a été arrêtée au petit matin.
L’arrivée d’un serveur interrompit la conversation. Il débarrassa les assiettes de velouté de champignons, constatant au passage que la baronne et Jules Navet avaient à peine touché la leur.
— Si le maître d’hôtel a reçu la commande de champignons, il aurait très bien pu les échanger, d’autant qu’il était seul avec le gérant dans le restaurant en début d’après-midi, suggéra Jules Navet, en lissant sa moustache touffue.
Pervenche acquiesça silencieusement.
— Mais le cuisinier aurait tout aussi bien pu faire la même chose, quand il était seul en cuisine, contra la baronne.
— Certes, admit Pervenche.
— Et les serveurs auraient pu glisser des champignons toxiques dans la poêlée avant de servir les clients.
— Oui, confirma Pervenche. Cela aurait été un peu plus délicat, mais malgré tout possible.
— Alors, je suppose que tu as interrogé le personnel ? demanda Odile.
— Oui, bien sûr. Je suis arrivée en fin de journée, et le cuisiner, le maître d’hôtel et les deux serveurs étaient en train de manger en cuisine.
— Qu’est-ce qu’ils mangeaient ? demanda Célestine, qui aimait les mystères, mais pas autant que les bons petits plats.
— Oh ! là là, Célestine, je ne me souviens plus, dit Pervenche. Ça fait si longtemps…
— Moi, je me souviens, interrompit Anatole, en enfonçant son tire-bouchon dans le grand cru d’Alsace qui accompagnait la sole meunière.
— Les restes de risotto aux cèpes de la veille, la spécialité de Jérôme.
Il secoua la main.
— Un vrai régal !
Le bruit du bouchon qui s’extirpait de la bouteille accompagna son dernier mot, et Anatole remplit les verres.
— Et donc, tu es allée interroger le personnel ? reprit Odile.
— Oui. J’ai commencé par le cuisinier.
Jules Navet sortit un calepin et retira le capuchon d’un stylo Mont-Blanc rutilant puis se concentra sur les paroles de Pervenche.
— Jérôme travaillait au Renard Démasqué depuis trois mois. Il venait d’un grand restaurant, mais originaire de Soleilcity, il avait voulu se rapprocher de sa mère qui prenait de l’âge. Il m’a tout de suite confié qu’il avait eu une brève liaison avec la serveuse du restaurant, Marise. Marise avait vite pris leur relation au sérieux et avait très mal réagi quand il lui avait expliqué qu’il ne recherchait rien de permanent.
— Très mal réagi, c’est-à-dire ? demanda Odile.
— Elle aurait crevé les pneus de sa voiture.
— Ah oui, quand même, murmura Odile.
La baronne pinça les lèvres.
— C’est pitoyable de s’attacher à quelqu’un qui ne veut pas de vous, cracha-t-elle.
Pervenche hocha la tête. Sur ce plan-là, elles étaient bien d’accord.
— Vous avez interrogé Marise, je suppose ? intervint Jules Navet.
— Oui, la serveuse a admis avoir vandalisé la voiture du cuisinier, mais selon elle, elle était passée à autre chose et voyait quelqu’un depuis plusieurs mois. Elle m’a aussi conseillé au passage de creuser un peu dans le passé de Jérôme. Pour gagner du temps, j’ai demandé au cuisinier ce que j’allais forcément trouver si j’effectuais quelques recherches. Il a vite lâché le morceau.
Pervenche fit une pause pour avaler quelques bouchées de la sole meunière qui refroidissait dans son assiette et les convives l’imitèrent.
— Jérôme m’a avoué qu’il avait été licencié du restaurant où il travaillait avant de prendre la tête de la cuisine du Renard Démasqué, continua Pervenche. Il aurait reçu une critique particulièrement sévère d’un grand gastronome.
— Laissez-moi deviner, exulta la baronne.
Elle posa une main chargée de bagues sur le bras de Pervenche.
— Le même critique que celui qui est mort au Renard Démasqué ?
— Exactement, confirma Pervenche en se dégageant de son emprise.
— C’est donc le cuisinier qui a fait le coup ! s’exclama Jules Navet.
— Pff, cracha la baronne. C’est bien trop flagrant, enfin.
— Mais la police ne s’est rendu compte de rien, ma chère, la contredit le détective, puisqu’elle a arrêté la cueilleuse de champignon.
Il leva son verre à la santé de la baronne et lui adressa un clin d’œil insolent.
— Jérôme m’a fait remarquer qu’il aurait agi de façon beaucoup plus subtile s’il avait vraiment voulu se débarrasser du critique, continua Pervenche. Et puis, Jérôme lui-même a été hospitalisé ce soir-là. Il avait goûté son velouté à plusieurs reprises parce que, selon lui, quelque chose clochait.
— Qui d’autre a goûté ce velouté ? demanda Odile.
— Excellente question, la complimenta sa grand-mère. Anatole, Jérôme, le cuisinier, ainsi que le gérant. Ils ont tous les trois été hospitalisés ce soir-là.
Lèvres pincées, front plissé, Jules Navet consulta ses notes.
— Et la serveuse ? demanda-t-il enfin.
— Elle a refusé, elle surveillait sa ligne.
— Et le maître d’hôtel ?
— Il a refusé aussi. Il était allergique aux champignons.
Une serveuse apparut et emporta les assiettes, puis déposa un plateau de fromages et un panier de pain croustillant sur la table.
— Alors, qui a fait le coup ? demanda Pervenche.
— Le cuisinier et la serveuse ont tous les deux un motif, commença Odile.
— Le maître d’hôtel et Marise ont tous les deux eu accès aux champignons avant le cuisinier, fit remarquer la baronne.
— Un silence pensif tomba sur l’assemblée. Pervenche croisa les bras et les regarda tous un à un.
— La serveuse, dit enfin la baronne.
— Le cuisinier, dit Jules Navet.
— Je ne sais pas, dit Odile.
— Pour être honnête, si le coupable n’avait pas spontanément confessé son crime, je ne sais pas si j’aurais réussi à l’identifier. Célestine, qu’est-ce que tu en penses ? demanda gentiment Pervenche.
Jules Navet esquissa un petit sourire condescendant qu’Odile lui fit ravaler d’un regard meurtrier.
— Moi ? Je ne sais pas qui a fait le coup, répondit Célestine, qui avait insisté pour garder son assiette et qui s’affairait à éponger la sauce au vin blanc à l’aide d’un morceau de baguette. Mais quand on est allergique aux champignons, on ne mange pas de risotto aux cèpes.
Tous les regards convergèrent vers Célestine, qui enfourna tranquillement le bout de pain dans sa bouche.
— Bon sang, Célestine, dit enfin sa grand-mère lorsqu’elle eut retrouvé sa voix. Mais je n’y avais pas pensé. Le maître d’hôtel mangeait effectivement ce risotto aux cèpes le soir où je suis venue interroger le personnel.
— Mais il a refusé de goûter la fricassée de champignons parce qu’il était prétendument allergique, finit Odile.
Elle passa la main autour de l’épaule de sa sœur qui se nicha tout contre elle, le visage rose de plaisir.
— Et le maître d’hôtel a confessé le crime ? demanda Jules Navet visiblement vexé.
— Oui, il n’a pas tenu le coup longtemps. Il transpirait à grosses gouttes pendant l’interrogatoire, il s’est contredit trois fois puis il a fondu en larmes et avoué avoir remplacé les chanterelles par des champignons vénéneux. Il ne voulait tuer personne, selon ses dires, mais simplement discréditer Léotie Micelle et faire embaucher son neveu qui faisait de l’élevage de champignons à Tartanchon.
— Il ne savait pas que ces champignons étaient mortels ?
— Techniquement, ils sont vénéneux, mais pas mortels. Et selon lui, il en avait mis juste quelques-uns dans la fricassée de chanterelles. Malheureusement, le critique souffrait de troubles hépatiques et il en est mort.
— Quelle malchance, commenta la baronne.
— Pour le critique ? demanda Pervenche en levant un sourcil.
— Oui, pour le critique et aussi pour le maître d’hôtel. Il ne voulait tuer personne.
— Dans ce cas-là, on ne fait pas manger des champignons vénéneux aux gens, fit remarquer Célestine avec son bon sens coutumier.
La serveuse arriva sur ces entrefaites et remplaça le plateau de fromages par un assortiment de mignardises qui firent briller les yeux de Célestine comme des étoiles. Pervenche commanda une tisane, Odile un thé et le détective et la baronne optèrent tous les deux pour un cappuccino.
— De toute façon, je ne dors bien que dans mon lit, annonça-t-elle en guide d’explication.
— Pareil pour moi, dit Navet.
Pervenche se tourna alors vers le détective.
— Et vous, mon cher, partagez donc une affaire qui vous a donné du fil à retordre.
— Oh ! là là, laissez-moi réfléchir, dit-il, la moustache pleine de crème fouettée.
Il se lança alors dans un récit complexe mettant en cause un couple en voyage de noces lors d’une croisière en Europe. Une fois le récit conclu, le trio Bartabot prit son congé et regagna ses quartiers. Le personnel de bord en avait profité pour retirer les couvre-lits et regonfler les oreillers. Célestine passa à la salle de bain et troqua sa robe contre son pyjama. Quelques instants plus tard Pervenche et Odile lui souhaitaient une bonne nuit et tiraient le rideau qui séparait la couchette du reste de la cabine.
— J’ai passé une excellente soirée, dit Odile. Mais je me demandais, pourquoi est-ce que tu as invité la baronne à se joindre à nous ?
— Pourquoi pas ? On n’allait tout de même pas la laisser dîner toute seule ? s’indigna Pervenche.
— La Pervenche que je connais depuis ma tendre enfance n’a jamais été particulièrement soucieuse du bien-être des autres, surtout quand il s’agit d’inconnus.
— Oh, tu sais, quand on vieillit, on se radoucit. C’est pénible, d’ailleurs.
Pervenche avait de nouveau déplié La Gazette de Soleilcity. Odile l’observa quelques instants puis alla, elle aussi, se changer. Elle s’était levée aux aurores pour finir un rapport d’enquête et avait hâte de se glisser entre les draps frais de sa couchette et laisser le Pic Express la bercer.
— Bonne nuit, Pervenche, dit-elle en tirant à son tour le rideau.
— Bonne nuit. Je vais lire un peu et je vais me coucher.
Enveloppée du halo doré d’une lampe de lecture, Pervenche replia pensivement son journal et le posa sur la table. Elle resserra les pans de son gilet puis se cala dans l’angle de la banquette et du panneau de bois verni qui habillait les murs. Elle s’absorba dans le paysage nocturne qui défilait silencieusement par la fenêtre. La silhouette décharnée d’arbres nus succédait à celle de hameaux endormis, à peine reconnaissables sous le ciel sans lune. Un tunnel aspira soudain le train, et quand il le recracha quelques instants plus tard, des cristaux de givre se propageaient sur la vitre, signalant qu’ils avaient commencé leur ascension de la montagne.
Pervenche se laissa hypnotiser par les délicates arabesques qui dansaient sur la fenêtre. Au détour d’un virage, le monstre d’acier émit une série de cliquetis métalliques. Bercée par les roulements, elle cligna des paupières et s’endormit.
Un strident coup de sifflet la réveilla brutalement. Le train ralentit puis s’arrêta dans un crissement de freins. Odile émergea d’un bond de sa couchette.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, hagarde et échevelée.
— Je n’en ai aucune idée, répondit Pervenche en posant un châle sur ses épaules. Mais je vais aller voir.

Lire la suite: La Disparue du Lac de Mirondel

Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr

La Voleuse de Livres : Une Rencontre Manquée

Posted on March 18, 2025July 13, 2025 by ferncristo


Résumé La Voleuse de livres, de Markus Zusa

Liesel Meminger, une petite Allemande de onze ans est placée en famille d’accueil au début de la Seconde Guerre mondiale. Alors que son univers devient de plus en plus menaçant, elle découvre la puissance des mots et des livres grâce à son père adoptif, qui lui apprend à lire.

Ce que j’ai aimé

La structure du récit est originale, puisque le narrateur est la Mort elle-même, témoin omniprésent et parfois compatissant de la tragédie humaine. Les monologues de la Mort apportent une perspective parfois philosophique, parfois résignée sur la nature humaine. L’amitié entre Liesel et Rudy est aussi très touchante, bien que Rudy soit paradoxalement plus clairement défini que le personnage principal. J’ai aussi beaucoup apprécié le rythme dynamique créé par les chapitres courts. Le livre est long, il ne se passe pas grand-chose, donc les chapitres courts facilitent la lecture.

Ce que j’ai moins aimé

Il y a des aspects stylistiques qui m’ont moins convaincue. En particulier, les morceaux de texte centrés en gras, qui présentent des définitions ou des idées que l’auteur n’a apparemment pas réussi à intégrer naturellement dans le roman. J’ai trouvé ça artificiel. Ça coupe le récit, je ne vois pas l’intérêt.

Mais ce qui m’a franchement déplu, c’est l’utilisation excessive de la technique du « foreshadowing ». Apparemment, il n’y a pas d’équivalent exact en français, donc je vous explique, si vous ne connaissez pas. Il s’agit d’une stratégie littéraire où l’auteur révèle à l’avance ce qui va se passer. Par exemple, dans La Voleuse de livres, le narrateur nous dit dès le départ que Rudy va mourir.
À petite dose, cette technique a sa place, mais l’auteur en a franchement abusé, et c’est vite devenu exaspérant.


Cette méthode est censée « adoucir le coup émotionnel », comme nous dit le narrateur vers la fin du livre, peut-être pour se justifier. Dans mon cas, ça m’a privée du plaisir de la découverte et, surtout, de l’impact émotionnel. Je n’ai ressenti aucune émotion forte, et pourtant, je vous assure qu’il ne me faut pas grand-chose pour verser une petite larme.


À bien y réfléchir, cette déconstruction permanente de la narration donne l’impression d’un manuscrit publié avant d’être complètement abouti. J’ai trouvé ça particulièrement frustrant, voire irrespectueux vis-à-vis de la gravité du sujet traité.

Pourquoi je n’ai pas accroché ?

J’ai lu plusieurs revues positives et négatives pour essayer de comprendre pourquoi je n’ai pas aimé. C’est peut-être parce que le thème de la Seconde Guerre mondiale, des bombardements, de la famine et du génocide juif est un sujet familier. J’ai lu beaucoup de livres sur ce thème (le dernier en date, avant celui-ci, c’était Le Chant du rossignol, que j’ai beaucoup aimé). J’ai aussi vu pas mal de documentaires, étudié la guerre au collège, au lycée et en prépa.

Des souvenirs familiaux

Mais j’ai également découvert le sujet de façon beaucoup plus personnelle à travers des récits familiaux. Ma grand-mère m’a transmis ses souvenirs de guerre, de sa voix cassée, avec son fort accent polonais, les yeux souvent perdus dans le vide. Mon entourage familial allemand m’a aussi ouvert les yeux sur une autre facette de cette période de l’histoire.

Mon contexte personnel

Et puis, je vis aux États-Unis, je suis peut-être aussi influencée par les discours ambiants qui affirment que connaître l’histoire suffit à ne pas la répéter, alors que la réalité semble nous prouver le contraire.

Finalement, ce n’est pas que La Voleuse de livres soit un mauvais livre. C’est juste qu’on ne s’est pas rencontrés au bon moment. J’aurais probablement réagi différemment si je l’avais découvert à vingt ans.


Chacun ses goûts

Chaque livre provoque une expérience unique et subjective selon la période de vie, le passé, ou encore l’état d’esprit du lecteur. Nous pouvons tous lire le même livre et lire un livre complètement différent. Le lecteur se mêle au texte pour créer une expérience singulière. C’est là que réside la beauté et la puissance de la littérature.

Il a eu une adaptation au cinéma, voici la bande annonce si ça vous intéresse. Pour une fois, j’ai l’impression que le film est mieux que le livre.

Cosy Mystery, Représentation et Féminisme dans les Enquêtes d’Odile Bartabot

Posted on March 15, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Utiliser les Clichés pour Combattre les Idées Préconçues

Le cosy mystery est un genre littéraire qui, sous son apparente légèreté, offre une formidable opportunité de déconstruire les idées reçues. Il permet d’offrir une représentation plus nuancée des genres et des identités. C’est ce que j’essaie de faire avec ma galerie de personnages. 

Couverture du livre “Juste un petit meurtre pour commencer” de Fern Cristo, cosy mystery de la série Bartabot Investigations, avec une illustration colorée de maisons et une femme accompagnée d’un chien, disponible sur Amazon Kindle.

Un Héritage Matriarcal Puissant

Odile, sa mère Clothilde et sa grand-mère Pervenche forment une lignée féminine forte et indépendante, issue d’une structure matriarcale. Pervenche, ancienne détective à la carrière brillante, incarne une figure de femme libre. Elle a su s’affranchir des normes sociales et aimer sans contrainte. Clothilde, elle, perpétue cet esprit d’indépendance tout en assumant un rôle de transmission des valeurs familiales. Odile, dans cette lignée, est le reflet d’une évolution des figures féminines en littérature. Elle est forte, réfléchie, elle ne se laisse pas dicter sa conduite par les attentes sociétales.

Des Femmes Réalistes et Inspirantes

Le cosy mystery, en dépeignant des héroïnes ancrées dans le quotidien, permet une représentation plus authentique des femmes. Louisette, malchanceuse dans la vie, est un exemple de courage et de ténacité. Malgré les épreuves, elle élève ses enfants avec dignité et détermination, refusant de se laisser abattre.

Couverture du livre “Comment faire taire une rombière” de Fern Cristo, cosy mystery de la série Bartabot Investigations, illustrant une maison enneigée et décorée pour Noël avec des lumières chaleureuses.

Apolline, quant à elle, incarne une femme qui refuse d’être définie par son apparence ou son éthnicité. Son parcours de pharmacienne réussie est une affirmation de son autonomie et de son intelligence, défiant les stéréotypes qui voudraient cantonner les femmes à des rôles plus conventionnels.

Célestine, jeune femme trisomique, bénéficie d’une société bienveillante qui la protège tout en lui permettant une vie normale. Bien que cette vision puisse sembler utopique, elle montre la voie à suivre : intégrer pleinement les personnes en situation de handicap en leur permettant de vivre normalement. Éloïse, en fauteuil roulant, est aussi une figure forte qui rappelle que la représentation ne consiste pas seulement à parler du handicap lui-même, mais à intégrer naturellement des personnages divers dans des récits qui ne les définissent pas uniquement par leur différence.

Des Hommes Nuancés et Réalistes

Le féminisme ne signifie pas effacer les figures masculines, mais les représenter de manière nuancée et humaine. Dans ce cosy mystery, les hommes ne sont pas tous des antagonistes ou des stéréotypes rigides. Ils sont divers, avec des forces et des faiblesses.

Couverture du livre “Meurtre à l’Emporium des Curiosités” de Fern Cristo, cosy mystery de la série Bartabot Investigations, illustrant un terrarium mystérieux entouré de plantes, disponible sur Amazon Kindle.
  • Fichaux, par exemple, est un macho, mais cette attitude trouve son origine dans une figure paternelle toxique, montrant que le sexisme est souvent un comportement appris et non une fatalité.
  • Tavarelli, homme fort et confiant, aime sa femme et respecte son indépendance. Il incarne une figure masculine positive qui ne cherche pas à dominer, mais à épauler.
  • Roland, balourd et naif, est un homme au grand cœur, prêt à tout pour sa nièce, Louisette et ses enfants.
  • Marteau, homme timide mais aux principes solides, incarne une masculinité douce et réfléchie, montrant que force et sensibilité peuvent coexister.

Réinventer les Clichés pour Mieux les Combattre

En utilisant les archétypes du cosy mystery, on peut les retourner et les subvertir pour offrir une représentation plus juste. L’objectif n’est pas de faire du handicap ou des différences un sujet à part entière, mais de mettre en scène une société variée où les personnages, quelles que soient leurs particularités, s’intègrent naturellement sans être définis uniquement par celles-ci.

Ainsi, le cosy mystery devient un terrain fertile pour une représentation inclusive, diversifiée et réaliste, divertissante tout en invitant à la réflexion sur la société et ses valeurs.

Curieuse de voir tout cela en action? Commande dès aujourd’hui ta copie du premier tome de Bartabot Investigation sur Amazon.fr en version reliée ou Kindle.

Et si le sujet du cosy mystery t’intéresse, je te conseille ces deux blogues postés sur le sujet:
1) Comment Ecrire un Cosy Mystery (kit d’écriture gratuit inclus)

2) Le Cosy Mystery, c’est quoi? Dans ce blogue, je retrace l’origine et l’évolution du genre.

Collection des cosy mysteries “Bartabot Investigations” de Fern Cristo, avec les couvertures des livres Meurtre à l’Emporium des Curiosités, Comment faire taire une rombière et Juste un petit meurtre pour commencer, accompagnée du slogan “Petite ville, grands secrets”.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Crime au Sommet (1/5)

Posted on March 9, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Cette série de cinq nouvelles s’ouvre alors que Pervenche, Odile et Célestine montent à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce premier épisode, Pervenche revient sur sa toute première visite à la station du Pic d’Argent et sur l’affaire criminelle qu’elle a résolue avec une telle rapidité et finesse qu’elle s’est vu offrir une invitation à vie dans l’établissement.

Vous pouvez aussi écouter cette nouvelle sur ma chaine YouTube.
Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.

Crime au Sommet
L’horloge de l’église adjacente à la gare de Soleilcity sonna six fois. Les vibrations du dernier son de cloche se réverbérèrent longtemps dans la nuit qui enveloppait déjà la ville. Le chef de gare consulta sa montre. Encore sept minutes avant l’arrivée du Pic Express. Il reprit ses cent pas le long du quai. Son uniforme en laine épaisse lui tenait chaud, mais le froid humide du ciment s’infiltrait par la semelle de ses chaussures et il ne sentait plus ses orteils. Il avait hâte de faire embarquer les passagers dans le dernier train de la journée et d’aller retrouver la chaleur de sa cheminée, le moelleux de son fauteuil et le réconfort d’une bonne soupe de poireaux. La lumière jaune des lampadaires révélait une multitude de flocons de neige qui s’accumulaient peu à peu sur les bancs comme une couche de sucre glace sur un gâteau. Quelques instants plus tôt, les passagers avaient quitté le confort du petit café et s’étaient agglutinés les uns contre les autres sur le quai, formant une masse informe qui grandissait au fur et à mesure qu’elle absorbait de nouveaux venus.
Au loin, le sifflement d’un train annonça l’arrivée imminente du Pic Express. Les silhouettes se penchèrent à l’unisson pour guetter son apparition. Le ronronnement du moteur, d’abord imperceptible, s’intensifia jusqu’à en devenir assourdissant. Puis les phares de la machine percèrent la brume et la locomotive émergea brutalement de l’obscurité.
Les passagers s’agrippèrent à leur chapeau que le vent menaçait d’emporter. Le défilé des wagons ralentit peu à peu, puis la locomotive s’immobilisa dans un grand soupir.
Une fois les portes ouvertes, les voyageurs s’empilèrent à la hâte dans le train. Le chef de gare s’assura que tout se déroulait dans l’ordre puis tourna son attention vers les quatre voitures de première classe qui avalaient un à un les passagers tirés à quatre épingles. Sa mère lui disait souvent que l’argent ne faisait pas le bonheur et les visages renfrognés de cette cohorte de privilégiés corroboraient cette opinion. Traits pincés et expressions condescendantes, ces gens ne manquaient de rien, sauf de bonne humeur, songea-t-il avec un haussement d’épaules. Comme pour lui donner tort, un éclat de rire s’échappa d’un groupe à la traîne. Une jeune fille emmitouflée dans un épais manteau était en proie à un fou rire où Jules décela la joie, l’excitation, mais aussi la nervosité. Il n’aurait pas su lui donner d’âge. Ses yeux légèrement bridés, son nez quelque peu aplati et sa petite taille lui révélèrent sa trisomie. Elle était accompagnée d’une grande dame mince d’une soixantaine d’années et d’une femme qui devait avoir la trentaine. Le chef de gare pressa le pas pour les rejoindre.
— Vous allez louper votre train, mesdemoiselles Bartabot, si vous ne vous dépêchez pas un peu, dit-il avec un sourire avenant.
— C’est la faute de ma sœur, dit la jeune femme. Célestine a tenu à finir son chocolat chaud, le mien et celui de notre grand-mère.
— Vous aimez le chocolat, mademoiselle ? dit-il en s’adressant à la jeune fille emmitouflée.
— Oui, admit-elle en rougissant.
— Dans ce cas, toutes mes excuses. Je suis moi aussi un grand amateur de chocolat, dit-il d’un ton jovial.
Il aida Célestine à se hisser sur la plateforme, déposa leurs bagages à l’entrée du wagon puis referma la porte. Il plissa les yeux pour discerner le petit groupe par la fenêtre embuée. Je suis moi aussi un grand amateur de chocolat, murmura-t-il. Quelle andouille, il n’aurait pas pu trouver quelque chose de plus intelligent à dire à la fameuse Pervenche Bartabot ? 


— Je peux voir votre billet ? demanda poliment une femme en uniforme. Ses cheveux bruns étaient rassemblés en un chignon serré à la base de sa nuque, suffisamment bas pour ne pas entraver la casquette réglementaire des employés de la compagnie. Elle posa un bref regard sur les vêtements et les bagages modestes du petit groupe.
— Mais bien sûr, répondit Pervenche en sortant sa réservation de son sac.
— Alors, vous êtes dans le wagon 2. Ça va vous plaire, enfin j’espère. C’est celui que je préfère. D’un geste ferme, la cheffe de wagon souleva leurs deux valises, révélant une force étonnante derrière sa silhouette fine, puis les conduisit jusqu’à leurs quartiers.
— Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout, n’hésitez pas. Je m’appelle Nadine.
Quelques instants plus tard, Odile Bartabot refermait la porte coulissante derrière elle et entreprit de libérer Célestine des multiples couches de vêtements sous lesquels leur mère l’avait cachée. Une fois les manteaux et les bagages rangés, Odile tourna son attention vers la cabine.
— Waouh ! Pervenche ! Tu as gagné au loto ? dit-elle après quelques secondes.
Mais plongée dans la gazette de Soleilcity, sa grand-mère leva le doigt pour la faire taire. Vexée, Odile s’assit sur la banquette et ouvrit le rideau pour observer le quai de gare désert. Le reflet imprécis de son visage dans la vitre effaçait la cicatrice qui marquait son profil droit. Elle eut l’impression d’avoir voyagé dans le temps, avant l’accident qui lui avait fait quitter la police. Elle sentit le regard de sa grand-mère posé sur sa nuque et se retourna. Pervenche replia le journal d’un air pensif et le rangea dans son sac.
— Non, je n’ai pas gagné au loto. Enfin, pas littéralement. Disons que le président du groupe Pic Voyages me devait une faveur que je n’ai jamais encaissée.
Odile esquissa une petite moue.
— Une faveur ? Quel genre de faveur ?
— Une semaine dans sa station de ski une fois par an, tous frais payés. Comme je n’ai que très peu profité de cet arrangement par le passé, Romuald Claret m’a offert d’inviter deux personnes de mon choix cette année.
Odile caressa du regard les spots encastrés qui baignaient la suite d’une lumière ambrée. Deux banquettes en velours vert se faisaient face, séparées par une table en bois blond. Le sol était couvert d’une épaisse moquette ocre. Les couchettes superposées se trouvaient au fond de la cabine.
— Et qu’est-ce que tu as fait pour mériter ce traitement de luxe ? demanda Odile.
— J’ai sauvé Romuald d’une faillite certaine, répondit Pervenche d’un ton distrait.
— Et… commença Odile.
La porte s’ouvrit brutalement sur un petit homme rond au teint rubicond et aux cheveux blonds, coiffés de sorte à dissimuler une calvitie avancée.
— Ah, mon Dieu, dit-il, indigné. Vous êtes dans ma suite !
Pervenche leva un sourcil, mais ne bougea pas de sa banquette. Odile s’empara de la réservation qu’il lui tendait.
— Je crois que vous vous trompez, monsieur, dit-elle enfin. Vous êtes ici dans le wagon 2, et vous avez réservé le wagon 3.
— Vous êtes sûre, madame ?
Odile l’accompagna dans le couloir et indiqua du doigt le chiffre doré qui marquait la suite adjacente.
— Oh, je vois. J’avais pourtant demandé la cabine 3, dit-il à regret. Je m’excuse de vous avoir dérangées.
Odile referma la porte avec un sourire poli.
— Où en étions-nous ? demanda-t-elle.
— La faveur de Romuald, expliqua Célestine. On se met tout de suite en pyjama ? suggéra-t-elle. On sera plus à l’aise, non ?
Célestine adorait les pyjamas. Elle en avait tout une collection, de préférence des pyjamas moelleux et qui tenaient chaud, même si le wagon était bien chauffé, à en juger par la condensation qui couvrait les vitres.
— Oui, vas-y, Célestine ! Mets-toi à l’aise. On peut manger ici, non ? demanda Odile qui n’avait pas particulièrement envie de se frotter à la haute bourgeoisie soleilcitoise.
— Oui, bien sûr, répondit sa grand-mère. On sera aussi bien.
Célestine disparut derrière la tenture qui séparait les couchettes de la cabine principale. Quelques instants plus tard, elle était de retour, vêtue d’un ensemble en pilou bleu marine, orné d’un croissant de lune jaune.
Odile se tourna vers sa grand-mère.
— Alors, ce Romuald, comment est-ce que tu lui as sauvé la mise ? Tu nous racontes ?
Odile se cala dans la banquette et étala une couverture sur ses jambes et celle de sa sœur. Pervenche, quant à elle, ferma les rideaux puis enveloppa ses épaules d’un châle en laine fine et prit place sur le sofa opposé.
— Ça remonte, cette histoire.
— Ça remonte au début de ta carrière ? demanda Odile.
— Non, c’était après le départ de Gaspard. On venait de s’installer dans les locaux de la Main dans le Sac. J’avais résolu une belle affaire et on avait décidé d’aller passer un week-end à la montagne avec Jean-Gabriel.
— Et vous êtes allés à la station du Pic d’Argent ?
— Voilà. C’est Jean-Gabriel qui a insisté pour qu’on s’y rende.
— Sans sa femme, je suppose ?
Pervenche baissa la tête pour toiser sa petite-fille par-dessus ses lunettes.
— Sans sa femme, effectivement, confirma-t-elle lentement. Il connaissait l’investisseur qui venait d’ouvrir le Pic d’Argent. L’hôtel était alors tout neuf, et pour être honnête, le personnel n’avait pas encore pris ses marques. Il n’y avait pas de savon dans les salles de bain, notre lit n’avait qu’un oreiller, la réception n’a jamais répondu à nos appels parce qu’il y avait un problème avec la ligne téléphonique. Maintenant que j’y pense, j’aurais dû trouver cela suspect, mais nous étions, comme le reste des résidents, des invités d’honneur, donc quand on ne paie pas, on ne se plaint pas non plus.
— Donc, c’était plutôt un test ? Pour roder la machine ?
— Voilà, acquiesça Pervenche. J’ai d’ailleurs hâte de voir où ils en sont. Romuald a ouvert deux autres établissements depuis, donc je suppose que cela a bien marché, son affaire. Quoi qu’il en soit, nous étions à l’hôtel depuis deux jours quand un cri m’a alertée. J’étais remontée dans ma chambre en fin d’après-midi pour aller chercher un gilet. Il faisait un froid de canard dans le restaurant et il neigeait sans interruption depuis notre arrivée. Je me suis précipitée dans le couloir. Là, planté sur le seuil d’une suite située à l’autre bout du couloir, se tenait un des hommes de l’équipe de maintenance, les mains dégoulinantes de sang. Il fixait l’intérieur de la chambre, livide.
— Eh bien justement, interrompit Odile, il fait un peu frais ici aussi, non ? J’aimerais bien une tasse de thé, dit-elle en levant les sourcils à l’attention de sa grand-mère.
— Oh oui, je vois. Célestine, tu pourrais demander à notre cheffe de wagon de nous apporter un en-cas ?
— Tu ne veux pas que j’entende la suite de l’histoire, maugréa Célestine. Je ne suis pas bête.
— Et demande-lui un assortiment de petits gâteaux, ajouta Pervenche.
— Bon, d’accord, s’inclina Célestine, sa gourmandise légendaire prenant le dessus sur sa curiosité.
— Et je suppose qu’il y avait un cadavre dans la chambre ? avança Odile, une fois sa sœur partie.
— Oui. Un bien triste spectacle. Une femme gisait au sol, le profil complètement emporté par un coup violent, visiblement asséné par l’extincteur posé à côté d’elle.
— C’est le réparateur qui l’avait tuée ?
Pervenche secoua la tête en signe de dénégation.
— Jean-Gabriel était convaincu qu’il avait fait le coup, mais ce n’était pas le cas. La découverte de la victime avait tellement choqué ce pauvre homme qu’il en avait brisé l’ampoule qu’il tenait dans les mains. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait là, il a bredouillé que madame Claret l’avait appelé pour réparer une lampe qui ne fonctionnait pas. Selon lui, la porte était entrouverte et c’est comme ça qu’il avait découvert le cadavre.
— Donc Valérie est morte d’un coup d’extincteur qui a probablement causé une fracture fatale. Ça ressemble à un crime non prémédité. Le meurtrier a utilisé ce qu’il avait sous la main.
Pervenche fronça les sourcils.
— Ou du moins, c’est ce qu’il a voulu faire croire, se corrigea Odile.
Sa grand-mère hocha la tête puis reprit son récit.
— J’ai dit à Ernest, l’homme en question, de ne rien toucher, et surtout pas la victime, et d’appeler la police. Mais je me suis alors souvenue que le téléphone ne fonctionnait pas.
— Quelle situation classique, commenta Odile avec envie.
Pervenche acquiesça avant de continuer :
— En dépit du visage abîmé de la victime, j’ai tout de suite reconnu Valérie, la femme de Romuald Claret, notre hôte. J’ai demandé à Jean-Gabriel d’aller chercher Romuald. Il s’est effondré en découvrant le corps de sa femme, le pauvre. Elle ne l’aimait pas, mais lui l’aimait pour deux. J’ai ensuite demandé à Jean-Gabriel d’accompagner Romuald dans notre chambre et j’en ai profité pour examiner rapidement la pièce. Une chambre d’hôtel de luxe classique. La porte d’entrée menait sur un salon privé, une porte s’ouvrait sur une chambre décorée d’épaisses tentures, et meublée d’un lit de deux personnes flanqué de deux tables de nuit. Il y avait une salle de bain attachée à la chambre. Et bien sûr, il y avait des miroirs partout. Les riches aiment s’admirer.
La porte s’ouvrit et Célestine réapparut. Elle se frottait les mains d’excitation.
— Nadine, elle va nous apporter un plateau avec des petits gâteaux, du thé et du chocolat. Elle m’a dit que le train allait partir un peu en retard. On attend un passager.
— Je vois que toi aussi, tu enquêtes, la taquina Pervenche.
Célestine rougit de plaisir. Elle aimait son travail au rayon fruits et légumes d’une épicerie fine de la ville, mais aurait préféré être détective privée, comme sa sœur et sa grand-mère. Elle reprit sa place sous la couverture et tendit l’oreille.
— Je suis donc allée interroger le personnel et j’ai rapidement découvert que Romuald et Valérie étaient au beau milieu d’un divorce très contentieux. Sa femme voulait le quitter, mais ils avaient un contrat de mariage. Valérie n’avait droit à rien du tout. Et Romuald était toujours très amoureux de sa femme.
— Donc Romuald l’aurait tuée parce qu’elle voulait partir ? interrompit Odile, sceptique
— Selon la femme de chambre, expliqua Pervenche, Romuald aurait à plusieurs reprises menacé de tuer Valérie si elle partait.
— Donc tout porte à croire que Romuald était coupable. Il aurait perdu le contrôle de ses émotions ?
— Oui, c’est ce que je me suis dit, un moment de folie. Sa femme était capable de le mettre hors de lui. Ce n’est bien sûr pas une excuse. Les hommes nous mettent régulièrement en colère et nous ne les assassinons pas pour autant. Mais le personnel m’a confié que leurs disputes étaient si violentes que la police avait dû intervenir plusieurs fois.
— Il n’y a pas de fumée sans feu, je suppose, dit Odile qui ne semblait pas convaincue. Après tout, vingt ans plus tard, Romuald dirigeait toujours l’hôtel et en avait même ajouté deux autres.
— Est-ce qu’il manquait quelque chose dans sa chambre ? demanda-t-elle.
— Que oui ! Le coffre-fort était ouvert et avait été vidé de son contenu.
— De l’argent ?
— Des bijoux, la corrigea sa grand-mère. Romuald avait prévu un dîner en grande pompe pour inaugurer la station de ski, et il avait offert une parure en diamants à sa femme.
— Intéressant, dit simplement Odile, intriguée.
— La parure se composait d’un collier, d’une paire de boucles d’oreilles et d’un bracelet. Le collier et le bracelet avaient disparu, mais j’ai retrouvé les pendants d’oreilles dans la table de nuit de Romuald, dans sa suite au dernier étage de l’hôtel.
— Il t’a laissé fouiller sa suite ?
— Je ne lui ai pas demandé la permission.
— Donc, Romuald et sa femme faisaient chambre à part ?
— Oh oui, dit Pervenche avec un petit rire. L’animosité était palpable quand ils étaient dans la même pièce.
— Qu’a dit Romuald quand tu l’as confronté ?
— Il a bien sûr juré son innocence. Il n’avait aucune idée de la façon dont les boucles d’oreilles s’étaient retrouvées dans sa chambre. Bref, tu connais la chanson. Et puis, la police est arrivée sur ces entrefaites et Romuald se voyait déjà ruiné et en prison pour le restant de ses jours. L’inspecteur chargé de l’affaire a fait une enquête sérieuse, mais tout portait à croire que Romuald était coupable, et son avocat lui conseillait de plaider le crime passionnel.
— C’est à ce moment-là que j’ai fait remarquer à l’inspecteur que les lampes de la suite de Valérie fonctionnaient toutes parfaitement.
Odile fronça les sourcils.
Pourquoi Valérie a -t-elle appelé la maintenance, alors ?
Exactement.
Et ce que j’ai trouvé encore plus étrange, c’est qu’Ernest avait la charge de la télécommunication, pas de réparations.
Donc il aurait pu couper les lignes téléphoniques, dit soudain Célestine avec cette perspicacité qu’elle manifestait parfois.
Mais ce n’est pas tout, continua Pervenche. En examinant le corps, j’ai remarqué que Valérie Claret semblait s’être habillée dans l’urgence. Son chemisier en particulier était mal boutonné. Ce n’était pas son genre, Valérie était toujours vêtue de façon impeccable.
Odile se mordit la lèvre inférieure, mais ne dit rien. Cette affaire aux abords simples s’avérait de plus en plus complexe.
Un léger frappement interrompit le récit de Pervenche.
— Entrez, dit Odile.
La cheffe de wagon pénétra dans la suite, chargée d’un lourd plateau couvert de friandises et de boissons chaudes.
— Nous avons du retard ? s’enquit Pervenche.
— Oui, répondit Nadine en versant l’eau bouillante sur les sachets de thé. Nous attendons une passagère d’importance.
— Suffisamment importante pour retarder tout un train ?
— Apparemment, oui, dit la femme en haussant les épaules, habituée aux caprices des passagers du Pic Express.
Elle servit le chocolat de Célestine, déposa une cuillère de crème fouettée sur la tasse puis s’effaça discrètement.
— Continue, Pervenche, dit Célestine en empilant des biscuits sur son assiette.
— J’ai d’abord interrogé Romuald. Quand je lui ai demandé quand il avait vu les boucles d’oreille pour la dernière fois, il a répondu la veille au dîner. Ils avaient reçu un groupe d’investisseurs et Valérie portait la parure complète. Valérie était férue de bijoux et l’aurait portée du matin au soir.
Pervenche fit une pause pour avaler une gorgée de thé et croquer dans une madeleine.
— Le problème, ajouta Pervenche, c’est que les oreilles de la victime n’étaient pas percées.
Odile ouvrit la bouche puis la referma.
Qu’est-ce que tu as fait, alors ? demanda Célestine.
Eh bien, j’ai réuni tout le monde dans la salle de repos des employés de l’hôtel. Romuald lui-même, Ernest, les employés assignés à l’étage de Valérie. Je voulais faire le point, savoir où chaque personne se trouvait au moment du meurtre. Honnêtement, je pataugeais complètement. Et c’est à ce moment-là que j’ai découvert que l’employée du mois était une certaine Rose Lafrance.
— Moi aussi je suis employée du mois, rayonna alors Célestine.
— Et je parie que ta photo est affichée en salle de pause ? demanda Pervenche.
— Oui, confirma Célestine.
— Eh bien, la photo de Rose Lafrance était aussi accrochée au mur. Rose était responsable de la présentation des espaces communs de l’hôtel : fleurs fraîches, coussins impeccablement disposés, rideaux tirés avec soin… Un rôle qui la tenait éloignée des clients. J’ai demandé à Romuald de la convoquer immédiatement tout en sachant qu’il ne la trouverait pas.
— Et pourquoi ? s’enquit Odile.
— Eh bien, vois-tu, Rose présentait une ressemblance remarquable avec Valérie. Tu vois où je veux en venir ?
Odile se fendit d’un sourire triomphant.
— Et je parie que cette fameuse femme de chambre avait les oreilles percées, elle ?
— Oui, confirma sa grand-mère.
Je ne comprends pas, dit Célestine avec une petite moue.
Valérie a simplement profité de sa ressemblance avec Rose. Elle l’a fait appeler dans sa chambre sous un prétexte quelconque, l’a tuée d’un coup d’extincteur, puis l’a rapidement habillée pour la faire passer pour elle. Elle a pris le collier, mais a déposé les boucles d’oreilles dans la table de nuit de son mari pour l’incriminer.
— Mais pourquoi l’incriminer au lieu de voler les boucles d’oreilles avec le reste de la parure ?
Pervenche haussa les épaules.
— C’est ce que j’ai demandé à Valérie.
— Ils l’ont retrouvée ?
— Non seulement ils l’ont retrouvée, mais ils lui ont aussi sauvé la vie. Elle s’était enfuie quand j’ai convoqué l’assemblée. Sa voiture s’était enlisée dans la neige. Elle n’aurait pas survécu.
— Et qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Qu’elle voulait absolument se venger de Romuald. Elle souhaitait le quitter, mais était furieuse qu’il ne lui ait pas cédé la moitié de sa fortune. Alors elle s’est vengée en le faisant accuser de son meurtre. La vente de la parure lui aurait apporté une sacrée somme, mais son esprit de vengeance l’a trahie.
— C’est assez bien planifié, mais la police n’aurait-elle pas découvert le subterfuge au moment de l’autopsie ?
— Non, expliqua Pervenche. Romuald avait identifié le corps de sa femme, donc l’inspecteur n’avait aucune raison de soupçonner quoi que ce soit.
— Et Ernest, dans tout ça ?
— Ernest était juste un pion. Valérie a appelé la maintenance et exigé qu’on vienne réparer cette fameuse lampe. Elle voulait causer une commotion et en profiter pour s’enfuir. Il se trouve que le seul employé disponible à ce moment-là était ce pauvre Ernest. La coupure de téléphone était simplement due à la tempête de neige qui paralysait la station de ski.
Un nouveau coup frappé à la porte interrompit leur conversation. Nadine passa la tête dans l’entrebâillement.
— Le passager manquant est à bord, nous partons dans quelques minutes, leur annonça-t-elle avec un sourire éclatant.
— Excusez-moi, dit la voix impérieuse d’une rombière toute vêtue de noir.
La cheffe de wagon se glissa dans la cabine pour faire de la place à la passagère puis s’effaça.
— Après réflexion, nous irons dîner dans la voiture-restaurant, dit soudain Pervenche.
— Je croyais que tu voulais manger ici ? s’étonna Odile.
— Ce serait dommage de manquer cela, après tout, ça fait partie de l’expérience…
Un strident coup de sifflet couvrit ses mots.
— En voiture ! cria le chef de gare de sa voix de baryton.
Le Pic Express se mit en branle. Célestine alla ouvrir le rideau et essuya de sa manche la buée de la fenêtre. Elle regarda défiler le petit café de la gare, les bâtiments qui bordaient le quai, puis le train accéléra et s’enfonça dans la brume.
— Bon, je vais mettre ma robe noire à paillettes pour aller manger, alors ? annonça-t-elle.
— Oui, pourquoi pas ? répondit Odile. Je suis sûre que tout le monde sera sur son trente-et-un.
Célestine ouvrit sa valise, à la recherche de sa tenue de soirée.
— Mets un petit gilet au cas où, lui conseilla sa grand-mère, en ignorant le regard inquisiteur d’Odile.  

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Originaire des Hauts-de-France, j'ai troqué le ciel gris du Nord pour les montagnes du Colorado, où je vis avec mon mari et mes trois enfants. Autrice touche-à-tout, j'écris des Feel Good, des romans jeunesses et des cosy mystery. Suivez mes aventures littéraires sur Instagram (@laplumedefern), TikTok (fern.cristo) et YouTube (@FernCristoLivres)

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