Fern Cristo, autrice indépendante

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Category: Policier

Mon classement des romans policiers ferroviaires

Posted on December 21, 2025February 2, 2026 by ferncristo

Après vous avoir embarqués pour cinq voyages littéraires sur rails — de la Sibérie glacée à l’Outback australien, des Highlands écossais à la Côte d’Azur — il est temps de faire escale et de vous donner mon classement de ces quatre romans policiers ferroviaires.

Lire ces romans, ce n’était pas seulement suivre des intrigues policières :
– C’était voyager.
– Changer de climat, de lumière, de rythme.
– Sentir le froid mordre les joues, la neige bloquer les rails, le soleil d’hiver glisser sur les wagons vernis.

Voici donc mon classement personnel, du moins convaincant au plus marquant de ces quatres romans policiers ferroviaires.
(Je précise : je ne classe pas Petits meurtres et train-couchettes. À vous de me dire ce que vous en avez pensé 😉)


4️⃣ Tout le monde dans ce train est suspect — Benjamin Stevenson

📍 Australie | Le Ghan | Désert et ironie

Je l’ai terminé… mais avec difficulté.
Sur le papier, tout était réuni : un train ultra cosy traversant l’Outback, un huis clos, un meurtre, et une galerie d’auteurs de romans policiers invités à un festival littéraire sur rails.

Mais je n’ai pas accroché.
Les personnages me sont restés assez indifférents, et surtout, le procédé méta m’a lassée. Le narrateur ne cesse de rappeler les règles du genre, de commenter le fait que c’est un roman policier.
Quand je lis un polar, je le sais que ce n’est pas pour de vrai — inutile de me le rappeler toutes les cinq pages 😉

Cela dit, l’intrigue est bien construite et l’idée de départ reste originale. Simplement… ce voyage-là ne m’a pas transportée.


3️⃣ Le Train Bleu — Agatha Christie

📍 France | Côte d’Azur | Luxe et faux-semblants

Agatha Christie maîtrise son art, sans surprise.
Une galerie de personnages finement esquissés, une intrigue élégante, et — comme souvent — je n’ai rien vu venir.

J’ai beaucoup aimé ce changement d’atmosphère par rapport à L’Orient-Express : ici, pas de neige ni de claustrophobie extrême, mais le soleil hivernal de la Côte d’Azur, le luxe, les apparences trompeuses et les passions bien dissimulées.

Un très bon roman, mené avec assurance.
Un voyage raffiné, mais moins immersif pour moi que les huis clos enneigés.


2️⃣ Mort à bord du Trans-Siberian Express — C. J. Harrington

📍 Sibérie | Ville perdue | Froid, silence et légendes

Un roman que j’ai lu lentement, presque en apnée.
L’intrigue met du temps à se mettre en place, mais une fois happée, j’ai savouré chaque page pendant les soirées d’hiver du Colorado.

L’héroïne est touchante par sa persévérance et sa bonne volonté. Le texte aborde des thèmes féministes avec subtilité, et l’atmosphère est profondément marquante : une ville où il fait toujours sombre, toujours froid, où les secrets semblent gelés sous la neige.

Ce n’est pas un page-turner.
C’est un roman d’ambiance, presque contemplatif, plus mystérieux que cosy — et c’est précisément ce qui m’a plu.


1️⃣ Meurtres sur le Christmas Express — Alexandra Benedict

📍 Écosse | Train bloqué dans la neige | Mon coup de cœur

Mon préféré. Sans hésitation.

Parce que tout se déroule du début à la fin dans le train.
Parce que l’intrigue est solide, bien amenée.
Parce que le personnage principal a de la profondeur et qu’une intrigue secondaire enrichit le récit.

On y retrouve tous les ingrédients que j’aime :
le train immobilisé par la neige, l’Écosse hivernale, le huis clos, le cosy… avec une vraie enquête.

Mention spéciale pour la version audio anglaise : les accents écossais sont superbes et ajoutent une immersion délicieuse.

⚠️ À noter : le roman aborde le thème du viol. Si ce sujet est sensible pour vous, mieux vaut l’éviter.


Et vous ?

Avez-vous déjà lu l’un de ces romans ? Lequel vous a le plus marqué — ou lequel vous tente le plus ?

Dites-moi en commentaire :
Préférez-vous les enquêtes ferroviaires sous la neige, au soleil… ou quelque part entre les deux ?

Thème littéraires ferroviaires : cinq voyages littéraires qui se déroulent en train

Posted on November 20, 2025February 2, 2026 by ferncristo

Il y a quelque chose de magique dans les trains. Depuis toujours, les voyages ferroviaires m’envoûtent. Là où l’avion me stresse, le train m’apaise. Le cliquetis régulier sur les rails, la vapeur qui s’élève dans un ciel étoilé, les visages inconnus aperçus à travers les fenêtres embuées. Puis, à mesure que la nuit tombe, la chaleur des wagons, petits cocons douillets se faufilant à pleine vitesse au coeur de la montagne.
J’aime ce contraste entre la nature hostile et la chaleur des salons cossus. Et cette sensation unique d’être entre deux mondes, suspendue quelque part entre le départ et l’arrivée.

Peut-être est-ce pour cela que tant d’auteurs ont choisi le train comme décor. Cet hiver, j’ai donc décidé de consacrer une série de lectures à cet univers : les romans ferroviaires.

Bienvenue à bord!

Pourquoi le train ?

Parce que le train est le parfait théâtre du mystère. Les voyageurs s’y croisent sans se connaître. Les paysages défilent. Les secrets aussi. Le train est un microcosme social, figé mais temporaire, où le temps d’un voyage, nul ne peut entrer ni sortir. C’est donc le décor idéal pour un huis clos littéraire — un espace confiné où les vérités se révèlent, les masques tombent et les destins se frôlent sans se mêler.

Et puis, avouons-le : quoi de plus agréable que de lire un polar au coin du feu et de se projeter dans un wagon qui file quelque part au coeur de la nuit ? Mon univers d’autrice, entre cosy noir et suspense poétique, ne pouvait pas rêver meilleur décor.

Les cinq romans au programme

Le Train Bleu – Agatha Christie

Pourquoi je n’ai pas choisi Le Crime de l’Orient-Express, sans doute le roman ferroviaire le plus célèbre d’Agatha Christie? Justement — parce qu’il est trop emblématique. Je voulais redécouvrir une autre facette de Christie, moins citée, mais tout aussi raffinée.
Le Train Bleu offre une atmosphère différente : celle de la Côte d’Azur des années folles, où le luxe et les faux-semblants remplacent la neige et le huis clos glacial. Ici, le danger ne vient pas seulement du crime, mais du vernis social qui se fissure, des passions et des intérêts qui s’entrechoquent dans les wagons dorés. C’est un voyage plus solaire, mais tout aussi cruel. Un mystère mené d’une main experte par notre cher Hercule Poirot. Je l’ai écouté en version audio, un vrai régal!


Meurtres sur le Christmas Express – Alexandra Benedict

Meurtres sur le Christmas Express met en scène Roz, une ex-inspectrice qui prend un train de nuit vers les Highlands pour rejoindre sa fille sur le point d’accoucher. Coincés par une tempête de neige dans une zone isolée, les passagers se retrouvent pris au piège dans un huis-clos qui tourne au cauchemar lorsque des meurtres surviennent à bord. Forcée de reprendre du service, Roz mène l’enquête parmi des voyageurs aux secrets troubles, tandis que le convoi immobilisé devient un piège mortel. Entre ambiance glaciale, faux-semblants et tensions croissantes, le voyage de Noël se transforme en chasse au tueur.


Mort à Bord du Trans-Siberian Express – C. J. Harrington

Dans le petit village sibérien de Roslazny, au bord de la ligne mythique du Trans‑Siberian Express, vit Olga Pushkin, garde-barrière et rêveuse écrivaine en devenir, qui aspire à quitter cette vie de glace pour étudier la littérature. Mais lorsqu’un touriste américain est retrouvé mort, éjecté du train, avec la gorge tranchée et des pièces de rouble dans la bouche, l’inspecteur en charge de l’affaire, Vassily Marushkin, se retrouve emprisonné par un supérieur manipulateur. Olga décide alors de mener l’enquête à sa place, entre les légendes d’une Baba Yaga dissimulée dans les taïgas gelées et les ambitions corrompues d’élus locaux, pour découvrir qui, parmi les voyageurs ou les habitants de Roslazny, a versé dans la violence.


Tout le monde dans ce train est suspect – Benjamin Stevenson

Tout le monde dans ce train est suspect suit Ernest Cunningham, auteur de true-crime, invité à un festival d’écrivains de polars à bord du luxueux train The Ghan qui traverse l’Outback australien. Ce voyage littéraire tourne au cauchemar quand l’invité d’honneur est assassiné, transformant la manifestation en véritable scène de crime. Bloqués dans le train, coupés du monde au milieu du désert, les auteurs présents — spécialistes en meurtres fictionnels — deviennent tous suspects, capables d’imaginer le crime parfait… ou de l’avoir commis. Ernest tente alors de démasquer le tueur avant qu’il ne frappe à nouveau, dans ce huis-clos aussi ironique que dangereux.


Petits meurtres et train-couchette – Fern Cristo

Et enfin, mon propre train : le Pic Express, lancé dans la neige.
Cinq nouvelles qui mettent en scène le trio Bartabot. Cette série de cinq nouvelles s’ouvre alors que Pervenche, Odile et Célestine Bartabot montent dans le Pic Express pour une semaine à la montagne. Chaque récit, indépendant mais lié aux autres, offre une porte d’entrée dans l’univers des Enquêtes d’Odile Bartabot : une atmosphère de cosy noir où l’humour et la tendresse côtoient les ombres du passé. Ces histoires, disponibles en libre accès, ont pour but de faire découvrir le ton, les personnages et l’ambiance de la série — une invitation à rencontrer ce trio attachant et à plonger dans l’univers singulier de Soleilcity, entre mystère, humanité et un soupçon de magie.
👉 Télécharger le recueil ici


Une saison de lecture ferroviaire

De novembre à décembre, je publierai des posts ou des reels sur Instagram pour partager avec vous ces romans ferroviaires : à vos plaids tout doux et vos bouilloires dodues. Et que dame nature vous envoie une petite tempête de neige ou deux.

Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à La Lettre de Fern — je vous enverrai une tasse de lecture et une pincée de neige chaque mois.

 En attendant…

Fermez les yeux. Écoutez le grondement du train qui s’enfonce dans la nuit et laissez-vous bercer par le sifflement de la locomotive.

Autopsie White Chapel de Kerri Maniscalco

Posted on October 5, 2025October 5, 2025 by ferncristo

Résumé de Autopsie White Chapel de Kerri Maniscalco

Londres, 1888. Audrey Rose Wadsworth, une jeune femme de dix-sept ans issue de l’aristocratie, refuse de se plier aux attentes de son époque. Tandis que la société victorienne impose silence et élégance aux femmes, elle préfère les salles de dissection à la broderie. En secret, elle assiste son oncle dans ses travaux de médecine légale. Elle est fascinée par les mystères du corps humain et la science criminelle.

Mais bientôt, la ville est secouée par une série de meurtres atroces. Des femmes sont retrouvées sauvagement mutilées. La rumeur parle d’un tueur surnommé Jack l’Éventreur. Audrey Rose et son camarade aussi brillant qu’arrogant, Thomas Cresswell, se lancent alors dans une enquête périlleuse pour identifier l’assassin.

Entre dissections, faux-semblants et révélations macabres, Audrey Rose découvre que la vérité se cache parfois beaucoup plus près qu’on ne le croit — et qu’elle pourrait bien briser son cœur.

Autopsie White Chapel de Kerri Maniscalco: entre brume, scalpel et féminisme victorien

Avant tout, précisons qu’il s’agit d’un roman jeune adulte. Ceci explique la simplicité du ton et de la narration. Certains lecteurs ont trouvé le texte naïf ou prévisible. C’est vrai que le style reste accessible, sans grande complexité stylistique. Mais cette simplicité, loin d’être un défaut, contribue à rendre le récit fluide et immersif, particulièrement pour ceux qui aime les histoires d’enquêtes gothiques.

Londres, capitale du brouillard et des ombres

L’un des grands plaisirs de ce roman réside dans son atmosphère. Nous voilà plongés dans le Londres victorien : les ruelles noyées de brouillard, les fiacres qui roulent sur les pavés humides, les grandes maisons aux boiseries sombres, les robes élégantes et les laboratoires improvisés dans des caves à la lumière vacillante. J’aime ce décor, à la fois raffiné et inquiétant. L’autrice, Kerri Maniscalco, parvient à recréer cette ambiance presque cinématographique, idéale pour qui aime les mystères enveloppés de brume.

Une intrigue fidèle à la légende

L’histoire s’inspire librement des meurtres de Jack l’Éventreur, survenus à Londres en 1888.
Le livre reste assez fidèle à la réalité. Les faits connus sont respectés, et les libertés prises par l’autrice — qu’elle détaille d’ailleurs à la fin du livre — restent modestes. Elle s’appuie sur les rumeurs de l’époque selon lesquelles le tueur aurait pu appartenir à une grande famille. Elle tisse autour de cette hypothèse une fiction plausible et prenante. L’équilibre entre histoire réelle et invention fonctionne très bien. On sent la recherche, sans jamais que le récit ne devienne pesant.

Une héroïne forte et anachronique (et c’est tant mieux)

L’autre grande réussite du roman, c’est son personnage principal, Audrey Rose Wadsworth.
Fille d’aristocrate, elle préfère la table de dissection aux salons mondains. Curieuse, rationnelle et passionnée de science, elle refuse les limites imposées à son sexe.
Oui, son attitude est un peu anachronique pour une jeune fille de la haute société victorienne. Mais j’ai aimé ce décalage. Il rend le personnage inspirant, moderne et attachant.
Audrey Rose incarne une forme de féminisme avant l’heure — celui qui consiste simplement à oser penser, étudier, observer et conclure dans un monde où les femmes n’avaient pas voix au chapitre.

Un suspense efficace

L’intrigue est bien menée, avec un rythme soutenu et de bons rebondissements.
L’enquête reste claire, sans excès de complexité, mais conserve une part de mystère suffisante pour tenir le lecteur en haleine.
Personnellement, je n’ai découvert l’identité du coupable qu’à la toute fin — preuve que la mécanique fonctionne.
La relation entre Audrey Rose et Thomas Cresswell, son compagnon d’enquête, apporte une touche d’humour et de tension romantique qui allège la noirceur de l’ensemble.

Une réflexion sur la narration à la première personne

Ce roman m’a fait réfléchir à l’usage de la narration à la première personne, fréquente dans la littérature jeunesse et young adult.
Ce choix rend l’histoire plus intime, plus directe : on vit l’enquête à travers les yeux d’Audrey Rose, on ressent ses doutes, ses découvertes, ses révoltes. Mais en même temps, cela simplifie la construction narrative : tout est filtré par sa perception, ce qui limite les angles et complexifie rarement la prose.
Je pense d’ailleurs écrire un article entier sur ce sujet : pourquoi la première personne fonctionne si bien dans les romans jeunesse, et comment elle façonne notre rapport au personnage et au style.

En conclusion

Autopsie n’est pas un chef-d’œuvre littéraire, mais c’est un roman efficace, élégant et atmosphérique.
Il séduira ceux qui aiment les enquêtes gothiques, les héroïnes indépendantes et les ambiences victoriennes à la fois sombres et romantiques.
Une lecture idéale pour une soirée d’automne, un thé chaud à la main, pendant que la pluie bat contre les vitres.

La Faille – Franck Thilliez

Posted on August 12, 2025August 8, 2025 by ferncristo

Dans La Faille – Franck Thilliez, on retrouve son personnage fétiche : le commandant Franck Sharko. Cette fois, lui et son équipe sont sur la piste d’un tueur en série nécrophile, repéré après des mois d’enquête rigoureuse. Une opération d’interpellation est lancée dans l’urgence — mais elle tourne au désastre. Le suspect parvient à s’échapper, blesse grièvement une policière et finit par se suicider, emportant avec lui ses secrets.

Quand la justice échoue

Ce fiasco n’est pas qu’un incident de plus dans le parcours de Sharko. Il déclenche une véritable onde de choc au sein de la brigade. La pression hiérarchique s’intensifie, l’équipe est fragilisée, et Sharko, suspendu de ses fonctions, est rongé par la culpabilité.

C’est dans cette période de doute qu’il décide de poursuivre, seul, une enquête parallèle. Non pas sur le tueur — qui n’est plus là pour être jugé — mais sur ses victimes. L’une d’elles, en particulier, retient son attention : une femme non identifiée, dont personne ne réclame le corps. Ce visage inconnu devient son obsession, son point de rupture, mais aussi le fil ténu auquel il se raccroche pour ne pas sombrer.

Une frontière ténue entre la vie et la mort

Ce qui commence comme une quête de justice devient peu à peu une plongée dans un univers bien plus dérangeant. L’enquête, sinueuse, le mène sur un terrain glissant, presque surnaturel, où les questions scientifiques, éthiques et métaphysiques se mêlent. On y parle de conscience, de transfert de mémoire, de technologies capables de repousser les limites de la mort.

La tension monte, l’ambiance devient oppressante, presque irréelle. L’un des aspects les plus réussis du roman, selon moi, est la manière dont Thilliez joue avec cette ligne floue entre science et fiction, entre enquête policière et vertige existentiel. Et pour ajouter encore à cette profondeur, il tisse en parallèle une autre forme de vie à venir : une grossesse, celle d’un personnage secondaire, qui vient mettre en miroir cette quête d’au-delà.

Une lecture impossible à lâcher

Vous connaissez cette expérience de lecture intense, presque viscérale, quand un roman vous happe au point de se glisser dans chaque interstice de votre quotidien ? Ce livre que vous lisez en cuisinant, en mangeant, aux toilettes, sous la couverture avec la lampe du téléphone ? Celui qui vous fait oublier l’heure, les bruits, le monde autour. Et puis, une fois refermé, ce sentiment de vide. Cette impression étrange d’avoir quitté un univers plus vivant que le réel.
C’est exactement ce que La Faille m’a fait.

Dès les dix premières pages, j’étais dedans. Ce qui est rare — souvent, il me faut bien une centaine de pages pour entrer dans une intrigue. Ici, l’écriture est directe, efficace, le rythme tendu. L’enquête progresse vite, les révélations s’enchaînent, de plus en plus vertigineuses. On est balloté, secoué, aspiré.

J’ai trouvé certains passages très forts, porteurs d’un véritable malaise — dans le bon sens du terme. Cette sensation de perdre pied, d’osciller entre fascination et inquiétude, est propre aux bons polars psychologiques.

Petit bémol : comme souvent chez Thilliez, l’écriture elle-même manque parfois de soin. Certaines phrases sont abruptes, certains dialogues un peu mécaniques. Mais honnêtement, ce défaut devient presque secondaire tant l’histoire vous emporte.

La Faille est un vrai page-turner. Dense, haletant, perturbant.
Tu veux te perdre dans un bon polar ? Plonge dans La Faille. Mais annule tous tes rendez-vous de la semaine.

Tu le trouveras facilement sur Amazon ou sur la Bourse aux Livres.

C’est quoi le cosy noir?

Posted on July 19, 2025August 8, 2025 by ferncristo

Pourquoi Les Enquêtes d’Odile Bartabot ne sont pas (tout à fait) des cosy mysteries?

On me dit souvent : « Tes romans ne sont pas des cosy mysteries classiques. »
Et c’est vrai. Les Enquêtes d’Odile Bartabot respectent le confort du cosy (tisanes, plaids, petite ville, trains, animaux domestiques, ambiances feutrées), mais plongent dans des intrigues plus longues, plus fouillées, plus sombres.
Bienvenue dans mon territoire préféré : le cosy noir — là où l’élégance du cosy rencontre la densité psychologique du polar.

Qu’est-ce que le cosy noir, pour moi ?

Le cosy noir, c’est un roman d’enquête sans gore ni voyeurisme, mais avec du relief moral, des secrets de famille, des blessures intimes et des personnages qui évoluent vraiment.

Ce n’est pas encore un genre officiellement reconnu. On en parle de plus en plus dans les cercles d’autrices et d’auteurs indépendants — ces éclaireurs littéraires qui explorent les zones floues entre les cases établies. Il émerge à la croisée du cosy mystery et du polar psychologique, comme une réponse aux lectrices et lecteurs qui veulent du réconfort sans renoncer à la densité. En voici des examples. Il ne s’agit pas d’un genre figé, mais un continuum où se croisent les codes du polar classique et ceux du cosy traditionnel.

Prenons Louise Penny, par exemple : son écriture s’inscrit souvent dans les codes du polar classique (enquêtes policières, structure rigoureuse), mais l’univers de Trois Pins, avec son auberge, ses feux de cheminée, ses personnages attachants et ses paysages enneigés, flirte avec l’esprit du cosy.

À l’inverse, Les Enquêtes d’Odile Bartabot se situent de l’autre côté du spectre : un univers à première vue cosy (tisanes, trains, bibliothèques, humour tendre), mais des intrigues plus sombres, plus intimes, aux enjeux moraux bien réels.

Bref, Bartabot, c’est du cosy qui penche vers le polar. Louise Penny, du polar qui penche vers le cosy.
(C’est juste un exemple : je ne prétends évidemment pas être du même calibre que Louise Penny !)

Le cosy noir garde :

  • le décor chaleureux (SoleilCity, Le Bois des Chartreux, maisons anciennes, petits cafés, salons feutrés)
  • une enquêtrice passionnément humaine (Odile)
  • l’amour des indices, des dialogues, des détails atmosphériques

… mais on ajoute :

  • une véritable architecture d’intrigue
  • un sous-texte émotionnel
  • des dilemmes moraux
  • une noirceur feutrée
  • des personnages complexes qui évoluent au fil des enquêtes

Pourquoi Les Enquêtes d’Odile Bartabot relèvent du cosy noir?

Parce que je refuse de sacrifier la profondeur sur l’autel du confort.
Mes intrigues sont structurées, complexes, parfois retorses, et mes personnages ne sont pas de jolies silhouettes posées là pour servir l’ambiance. Ils ont des failles, des contradictions, des élans — ils existent.

Et aussi, parce que je ne sais pas (ou ne veux pas) écrire des histoires trop légères.
J’ai besoin de croire en mes personnages, de les sentir respirer sous la page. J’ai besoin de visualiser l’intrigue comme un tout cohérent, avec des causes, des conséquences, des choix difficiles. Je veux que les émotions soient vraies, que les dilemmes aient du poids, que l’enquête ne soit pas qu’un jeu, mais aussi un révélateur.

Le cosy noir me permet d’offrir cette complexité dans un cadre chaleureux, de marier l’émotion au mystère, l’humain au narratif, la douceur à l’intensité.
C’est un genre qui ne choisit pas entre confort et lucidité — et c’est exactement là que je me sens chez moi en tant qu’autrice.

Quelques marqueurs de ma série

  • Odile Bartabot : forte, drôle, loyale, mais traversée par ses propres zones d’ombre
  • Une vraie enquête : indices, fausses pistes, révélations tardives
  • Des thèmes récurrents : manipulation, mémoire, justice intime, loyautés ambiguës, relations familiales, secrets de famille, inclusion sociale…
  • Un ancrage géographique fort : SoleilCity, Le Bois des Chartreux, le Nid Bleu, la maison de la rue de la Brouette ne sont pas que des décors — ce sont des forces narratives
  • Des personnages secondaires qui comptent et qui un passé: Pervenche, Célestine, Tavarelli, Fichaux… personne n’est là pour “faire joli” ; chaque personnage contribue au tissage narratif

Ce que vous trouverez (vraiment) dans mes livres

  • Du réconfort, mais pas de naïveté
  • Des mystères avec des enjeux émotionnels réels
  • Des dialogues soignés, une langue travaillée
  • Une atmosphère cosy… traversée par les secrets
  • Une touche de magie (parfois), sans perdre la logique de l’enquête

Par où commencer ? Voici les trois premiers tomes

Tome 1 — Juste un petit meurtre pour commencer

Après une carrière brève et tragique dans la police, Odile Bartabot revient à SoleilCity pour reprendre le flambeau familial et ouvrir sa propre agence de détective. Sa première affaire ? Le meurtre d’une fermière au franc-parler redoutable.L’affaire serait déjà résolue si l’agent Fichaux, ex-amant d’Odile, ne s’en mêlait pas. Entre rivalités professionnelles, blessures personnelles et alliances inattendues, cette première enquête s’annonce aussi délicate qu’intime.

Thèmes : famille, revanche, confiance, nouveau début
Tropes : ex-partenaire flic, trio d’enquêtrices, enquête dans une petite ville, rivalité professionnelle.

Tome 2 — Comment faire taire une rombière

Alors que l’hiver s’installe à SoleilCity, Marthe Faberlais, épouse d’un colonel à la retraite, est assassinée dans son propre salon. Tous les regards se tournent vers son mari… sauf ceux d’Odile. Car sous les dehors respectables de Marthe, se cache une femme cruelle qui a laissé bien des ennemis dans son sillage.En parallèle, l’agent Marteau enquête sur la disparition étrange d’une patiente en hôpital psychiatrique. Deux affaires, un même tissu de mensonges.

Thèmes : apparences trompeuses, justice, violences psychologiques
Tropes : femme détestée par tout le monde, enquête croisée, manipulation sociale, crimes d’intérieur

Tome 3 — Meurtre à l’Emporium des Curiosités

Un salon de taxidermie étrange. Une employée retrouvée morte. Un couteau bien placé, et une ambiance qui sent la mise en scène. Pour Fichaux, c’est un accident. Pour Odile, c’est un puzzle. Surtout quand elle découvre que l’Emporium traîne une odeur de mort bien plus ancienne.
Entre peaux empaillées et silences coupables, une enquête dérangeante commence — et rien, pas même les vieilles rancunes, ne restera intact.

Thèmes : obsession, apparences macabres, rivalités persistantes
Tropes : décor original et inquiétant, scène de crime déroutante, antagonisme Odile/Fichaux, secrets d’entreprise

Mon manifeste de cosy noir

J’écris pour celles et ceux qui aiment se lover dans une atmosphère feutrée tout en acceptant d’aller au bout de l’énigme, jusque dans ses zones grises; pour les lectrices et lecteurs qui aiment penser, ressentir, soupçonner, douter et, parfois, pardonner.
Mes livres ne prennent pas leurs lecteurs pour des idiots — ni leurs personnages, d’ailleurs.

Ce sont des histoires qui vont rester avec vous. Pas parce qu’elles sont choquantes, mais parce qu’elles sont humaines. Une fois la dernière page tournée, il restera des voix, des silences, une ruelle dans SoleilCity, un regard entre deux personnages, et un mystère sous-jacent qui se développe au cours des premiers tomes.

Où lire Les Enquêtes d’Odile Bartabot?

Disponibles sur Amazon (format papier et Kindle).
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FAQ

Quelle est la différence entre cosy mystery et cosy noir ?
Le cosy mystery mise sur la légèreté et le réconfort. Le cosy noir conserve l’ambiance feutrée, mais ajoute de la tension psychologique et des intrigues plus profondes.

Les Enquêtes d’Odile Bartabot sont-elles “cozy” ?
Oui, mais avec du fond. On y retrouve le cocooning, mais aussi de vraies réflexions sur la nature humaine.

Y a-t-il de la violence dans la série ?
Aucune violence explicite. L’ombre est dans l’émotion, pas dans le sang.

J’aime Agatha Christie. Vais-je aimer Odile Bartabot ?
Si vous aimez les communautés pleines de secrets, les dialogues intelligents, les héroïnes perspicaces, alors… vous êtes au bon endroit.

À propos de l’autrice : Fern Cristo

Je suis autrice de cosy noir, passionnée par les mystères du quotidien, les planchers qui grincent et les héroïnes imparfaites mais brillantes. Je suis d’origine française, installée dans le Colorado, je mêle humour, tendresse et profondeur dans une série où le crime s’invite toujours à l’heure du thé.
J’ai également publié un roman feel-good et une série jeunesse sur Halloween.

Retrouvez ses livres sur Amazon, et mes coulisses sur Instagram, TikTok, YouTube, ainsi que dans ma newsletter.

Trois couvertures de livres colorées de la série ‘Bartabot Investigations’ de Fern Cristo, posées sur une table ronde en bois. En haut, le texte ‘Petite ville, grands secrets’ et en bas, ‘Plongez-vous dans les enquêtes d’Odile Bartabot’. Un papillon violet et un corbeau noir encadrent la scène
Couverture du roman Norferville de Franck Thilliez sur fond enneigé, avec des annotations manuscrites indiquant les points forts du livre : intrigue haletante, froid mordant, duo efficace, sujet important et ambiance immersive

Norferville de Franck Thilliez : Un Thriller Glacial et Magistral

Posted on July 8, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Norferville de Franck Thilliez m’a tenue éveillée jusqu’au cœur de la nuit. À mes yeux, Thilliez est le grand maître du polar français, et ce dernier roman en est une preuve éclatante.

Un polar au cœur du Grand Nord québécois

Publié en 2024, Norferville nous entraîne dans une atmosphère glaciale et oppressante, au cœur du Grand Nord québécois. Dans cette petite ville minière qui donne son nom au livre, un crime brutal secoue la communauté : Morgane, une jeune Française, est retrouvée mutilée dans la neige. Son père, Teddy Schaffran, criminologue à Lyon, se rend sur place pour comprendre ce qui est arrivé à sa fille. Sur le terrain, il fait équipe avec Léonie Rock, lieutenante métisse de la Sûreté du Québec, originaire de Norferville et hantée par un traumatisme d’enfance. Ensemble, ils plongent dans une enquête où secrets enfouis, tensions sociales et blessures du passé affleurent sous la glace.

Un roman noir engagé et percutant

Au fil des pages, Norferville aborde des thèmes puissants : les violences faites aux femmes autochtones, le racisme systémique, la culpabilité parentale et les cicatrices psychologiques. Thilliez mêle avec brio le polar classique et le roman noir social, construisant une intrigue tendue, ponctuée de rebondissements glaçants et de scènes choc.

Une atmosphère glaciale et des personnages marquants

Le duo formé par Léonie et Teddy, deux personnages abîmés par la vie, donne à l’histoire une profondeur émotionnelle rare. Comme toujours, Franck Thilliez excelle dans les descriptions : on ressent le froid mordant, on voit les paysages enneigés aux tons de blanc et de gris, on entend le vent tranchant. Le décor devient un personnage à part entière, renforçant le sentiment d’isolement et la brutalité du récit.

Pourquoi lire Norferville cet été ?

Si l’intrigue est fictive, les problématiques abordées, elles, sont bien réelles. Si la condition des femmes amérindiennes vous intéresse, regardez ce clip de TV sut le sujet. Ce roman m’a marquée bien plus que mon dernier Guillaume Musso (Angélique). Ici, on est dans un thriller noir, dur, parfois gore (âmes sensibles, attention), mais aussi intelligent, engagé et magnifiquement écrit.

👉 Si tu cherches un bon polar pour cet été, Norferville est un incontournable. File l’acheter dans ta librairie préférée pour des lectures qui te donneront des frissons, même sur la plage !

Illustration de l’agence fictive Bartabot Investigations, avec une femme brune ouvrant la porte et un chien devant, accompagnée du titre 'Le cosy mystery, c’est quoi ?' sur fond rose, décoré de livres et d’un hibou. Visuel destiné à un article de blog sur le genre cosy mystery.

Le Cosy Mystery, C’est Quoi ?

Posted on July 2, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Quoi de plus réconfortant qu’un bon polar… quand il est servi avec une tasse de thé fumante, une couverture moelleuse, et un chat qui ronronne sur les genoux ?
Le cosy mystery* — ou polar douillet — mêle intrigue criminelle et atmosphère cocooning. C’est un genre à part, à la fois chaleureux et intrigant, qui connaît un véritable essor en France depuis quelques années.

C’est justement cette alliance entre mystère et douceur qui m’a fait tomber amoureuse du genre. En tant que lectrice, j’y ai trouvé un refuge. Et en tant qu’autrice, j’ai eu envie de créer à mon tour un petit monde rassurant où l’on enquête sans perdre son thé des yeux, en écrivant une série de cosy mysteries feel good.

Mais d’où vient le cosy mystery ? Pourquoi plaît-il autant aux Français ? Et qu’est-ce qui le rend unique ? Installez-vous confortablement : je vous raconte tout.

*Cosy (Angleterre) ou cozy (USA), les deux orthographes sont correctes.

Qu’est-ce qu’un cosy mystery ?

Fermez les yeux et imaginez une soirée d’hiver, un feu qui crépite dans la cheminée, un plaid bien chaud et un roman plein d’humour et de rebondissements où l’on enquête sur un meurtre, sans jamais se sentir en danger. Voilà l’essence du cosy mystery.

Ce n’est pas tant l’action ou la violence qui captivent, mais l’ambiance. On lit un cosy pour le plaisir du décor, des personnages attachants, de la communauté soudée, et du petit frisson qui fait battre le cœur. Je ne lis pas un Agatha Raisin pour l’intrigue mais pour m’immerger dans le monde de M.C. Beaton et retrouver des personnages familiers auxquels je me suis attachée.  

J’ai mentionné l’humour et les rebondissements car ce sont des éléments clés du cosy. Fiona Scotti-Peter (3) en décrit l’écriture ainsi :

“Le style d’écriture cozy mystery est généralement léger et fluide, avec une bonne dose d’humour et de dialogues vivants.  Les auteurs utilisent des descriptions détaillées pour créer des univers familiers et réconfortants, où l’on a envie de se plonger.”

Exemple de passages cosy:

Example 1

Dans mon recueil de nouvelles Petits Meurtres et Train Couchette, c’est une tempête de neige qui coince les personnages dans un train cossu au milieu de la montagne.

Dans Juste un Petit Meurtre Pour Commencer , ce sont les teintes automnales qui enveloppent l’intrigue : feuilles rousses, odeurs de bois mouillé, plaids écossais et thé brûlant rythment une enquête feutrée, presque mélancolique.

Extrait:
La cloche de l’église sonna cinq fois, et la foule envahit les rues. Les tramways s’activèrent à leur tour, se chargeant de ramener chez eux les employées de bureau, banquières et autres pharmaciennes. Odile finit son café, lava et essuya sa tasse puis quitta l’agence. Une fois sur le trottoir, elle releva le col de son gilet en laine et huma l’air comme un écureuil aux aguets. Bientôt, des rivières de feuilles mortes remplies d’enfants rieurs joncheraient les trottoirs de la ville.

Example 2

Dans Comment Faire Taire une Rombière , on glisse vers l’hiver, la neige étouffe les bruits, le feu crépite doucement, et un petit café aux fenêtres embuées offre à la détective une parenthèse gourmande, propice à la réflexion sur l’enquête.

Extrait:
« Quand les affaires vont vraiment démarrer, elles ne s’arrêteront plus », avait dit Pervenche.
Odile avala le reste de sa tasse de café, attrapa son sac et son manteau et sauta sur la marche du tram alors qu’il se mettait en branle. Assise près d’une fenêtre, elle regarda tomber les tout premiers flocons de la saison.

Example 3

Enfin, Meurtre à l’Emporium des Curiosités célèbre l’arrivée du printemps, les journées pluvieuses, et la nature qui s’éveille.

Extrait :
Violine Degrenie resserra le châle en laine qui couvrait ses épaules. Après un hiver particulièrement âpre, le printemps avait finalement réussi à s’imposer à Soleilcity. Il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises et redoubler d’efforts pour faire fondre les dernières nappes de neige durcie, réchauffer le sol et convaincre les narcisses et les tulipes d’affronter le grand air.

Sous une épaisse canopée de chênes, les fougères du bois des Chartreux déroulaient leurs frondes vert tendre et régalaient les hardes de cerfs. La brume matinale commençait à se dissiper et les rayons du soleil se faufilaient au travers des branches, capturant dans leurs faisceaux dorés les trésors de la terre : des champignons, des fleurs sauvages, des tubercules ou encore le cadavre d’une jeune pie.

Donc pour résumer

Chaque histoire est pensée comme un cocon dans lequel un crime vient se glisser sans prévenir. Et c’est exactement cela, le cœur du cosy mystery : le contraste entre le danger de l’intrigue et la sécurité du décor. L’enquête se déroule en chaussons.

Un genre de plus en plus populaire

Le cosy mystery connaît un véritable boom, notamment depuis la pandémie. Pourquoi ? Parce qu’il offre un refuge. Contrairement aux thrillers anxiogènes ou aux polars ultra-violents, où l’enquête est souvent menée par un inspecteur désabusé, divorcé et porté sur la bouteille, le cosy mystery offre un univers réconfortant, où — malgré le meurtre — l’ordre et la sérénité finissent toujours par revenir.
Il séduit particulièrement les lectrices (et lecteurs !) en quête de douceur, de nature, de relations humaines et d’un bon mystère à résoudre.

Comme l’explique Anne Michel (1) qui a introduit les romans de M.C. Beaton au lectorat français :
“Je me suis dit que un, les gens en avaient peut-être assez du [roman] noir, de la violence du [roman] noir et que des livres comme ça sont aussi des livres rassurants. Il y avait aussi le succès de [la série de Julian Fellowes] “Downton Abbey” en France qui avait ouvert la voie à un regain d’intérêt pour la culture anglaise. Donc grâce à tout ça, je me suis dit que c’était peut-être le moment favorable pour lancer ce type de livre.” Anne Michel 

Sur les réseaux sociaux, des comptes comme @carofromwoodland ou encore @cosy&mystery, @the_pumpkin_library et @sd.fischer mettent en avant un véritable style de vie cosy : lectures douillettes, tasses de thé fleuries, bibliothèques en bois clair, bougies parfumées, animaux paresseux…

Dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, la boutique de Soleilcity où débute l’intrigue devient un véritable cocon : meubles anciens, objets étranges, vieilles recettes de cuisine, même les meurtres semblent s’y dérouler avec élégance.

Le polar douillet: un phénomène surtout féminin 

On ne peut parler du cosy mystery sans évoquer sa dimension profondément féminine. Historiquement, le genre a été façonné par des autrices emblématiques comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou M. C. Beaton. Il continue aujourd’hui d’attirer une majorité de femmes, que ce soit du côté des écrivaines ou des lectrices. Ce lien s’explique sans doute par plusieurs éléments.

D’abord, les femmes lisent plus de fiction que les hommes. Aux Etats-Unis, par exemple, les femmes représentent 80 % des ventes de fiction ! C’est fou, non ?  (4)

Ensuite, les héroïnes de cosy mystery sont souvent des femmes fortes, intelligentes, curieuses, parfois excentriques — des figures auxquelles les lectrices peuvent s’identifier, qu’elles soient bibliothécaires, retraitées, sorcières ou pâtissières.

Enfin, les intrigues évitent généralement la violence graphique et s’inscrivent dans des univers chaleureux et rassurants, souvent centrés sur la communauté, la maison, les relations humaines — des thématiques qui résonnent avec les codes de la fiction dite « féminine », sans jamais s’y réduire ou tomber dans des clichés misogynes.
Ça ne veut pas dire que les femmes n’aiment pas la violence en littérature. Elles consomment aussi leur quota de polars et de thrillers, mais le cosy offre un répit, une petite pause relaxante.

Les origines du cosy mystery

Couverture d'un livre d'Agatha Christie

Le genre naît dans les années 1920-1930 en Angleterre, en pleine période Agatha Christie. Miss Marple, détective amateur dans un village anglais, est l’archétype du genre: perspicace, discrète, et toujours bien mise.

Les autres figures clés ont façonné le cosy mystery moderne :

  • Dorothy L. Sayers et son Lord Peter Wimsey
  • M.C. Beaton, grande dame du cosy contemporain, avec ses séries Agatha Raisin et Hamish Macbeth
Quatre couvertures de livres de M.C. Beaton en français : 'Agatha Raisin enquête - Drôles d’oiseaux', illustrée avec des personnages farfelus et des oiseaux ; 'La première enquête d’Agatha', couverture rouge avec une silhouette féminine ; 'Les Chroniques de Bond Street', tome 1, montrant un hôtel animé ; et 'Hamish Macbeth - Pas de fumée sans feu', avec un policier écossais et un feu de cheminée.

Et n’oublions pas les enquêtes d’Alice qui ont marqué notre enfance !

Odile Bartabot: Un cosy mystery à la française

Dans la série Odile Bartabot, j’ai voulu crée un cosy mystery à la française : une petite ville pittoresque, des personnages hauts en couleur, et un décor enchanteur entre ville et forêt. Toujours ce même fil conducteur : une communauté soudée, une héroïne futée, et un mystère à résoudre avec tact (et thé). Mais j’ai aussi voulu y apporter une touche de modernité : une représentation plus inclusive avec des personnages en situation de handicap comme Célestine et Éloïse, des personnages LGBTQ+ comme Thom et Mathew, les patrons du Nid Bleu, des jeunes, des anciens — parce que le mystère, lui, n’a pas d’âge. Lisez mon blog intitulé Cosy Mystery, Représentation et Féminisme : Utiliser les Clichés pour Combattre les Idées Préconçues si ce sujet vous intéresse.

Meurtre et cocooning : un paradoxe irrésistible

Pourquoi aimons-nous tant les cosy mysteries ?

Peut-être parce qu’ils nous permettent de vivre un danger en toute sécurité.
Lire un cosy, c’est comme regarder la neige qui tombe tout en étant bien au chaud à l’intérieur. Le crime nous intrigue, mais on sait que tout finira bien.

Dans chaque tome des Enquêtes d’Odile Bartabot, un meurtre mystérieux secoue la ville de Soleilcity. Mais entre deux interrogatoires, Odile déguste des tisanes avec sa grand-mère et passe des soirées douillettes au coin du feu avec son chien. Le drame ne supplante jamais la douceur.

Les ingrédients d’un bon cosy mystery

Voici les éléments qu’on retrouve (presque) toujours dans un cosy :

  • Un lieu fermé (Soleilcity)
  • Une héroïne redoutablement intuitive (Odile Bartabot et sa grand-mère, Pervenche)
  • Une communauté de personnages secondaires hauts en couleur (Pervenche, Célestine, Apolline, etc.).
  • Peu ou pas de violence graphique
  • Un ton léger, souvent humoristique
  • Et bien sûr… des pauses thé, des moments doux, et des animaux attachants (Sasha).

Dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, l’enquête se déroule autour d’une boutique de taxidermie. Le crime est grave, mais les dialogues piquent, les personnages sont attachants et la ville forme un cocon apaisant.

Des cosy à thème pour tous les goûts

L’un des plaisirs du cosy mystery moderne, c’est la variété de ses univers. De nombreuses séries se sont spécialisées dans un thème original, souvent lié à une passion ou un métier. Voici quelques exemples populaires :

  • La pâtisserie et les glaces, comme par exemple Les Enquêtes d’Hannah Swensen de Joanne Fluke.
  • Les fleurs, la couture, le tricot, comme The Flower Shop Mysteries de Kate Collins (pas traduit en français)
  • Les livres et librairies anciennes comme Les Secrets de la Librairie de Claire Beaumont .
  • Les animaux de compagnie comme Les Mystères de Razzy et le chat détective de Courtney Farlin
  • Les cafés, salons de thé et vignobles comme les Tea Shop Mysteries de Laura Childs
  • Et enfin, les cosy mystères fantastiques et magiques où sorcellerie, chats qui parlent, grimoires anciens et tisanes envoûtées s’invitent dans l’enquête. Prenez par exemple Magie et Compagnie de MJK.

Comme l’explique l’autrice de ce blog (2): “Au final, les enquêtes policières mêlent le surnaturel avec le réel. Selon les auteurs et les livres, la part entre surnaturel et réel peut être dosée de différentes façons. Soit on est dans un univers très réel avec peu d’ajouts surnaturels, soit on bascule complètement dans un univers fantastique et on s’émancipe alors beaucoup de la réalité.”

Et Odile Bartabot dans tout ça?

Dans les Enquêtes d’Odile Bartabot, je joue moi aussi avec les lieux : un café cocooning (le Nid Bleu), un train Art déco (Petits Meurtres et Train Couchette), un manoir, une boutique de curiosités. Chaque décor façonne une ambiance, un univers, un mystère. Et c’est ce qui rend l’enquête encore plus savoureuse. L’intuition surprenante d’Apolline et le fait que sa mère soit soupçonnée de sorcellerie ajoute une petite note de fantastique.

Les couvertures de cosy mystery : un univers graphique à part entière

Impossible de parler de cosy mystery sans évoquer leurs couvertures reconnaissables entre mille. Colorées, ludiques, pleines de charme, elles reprennent souvent les éléments suivants :

  • Un animal mignon, souvent un chat ou un chien
  • Un objet lié au thème : pâtisserie, livres, plantes, tricot…
  • Un indice discret, une loupe ou une silhouette mystérieuse
  • Un décor chaleureux : cottage, boutique fleurie, bibliothèque ancienne…
  • Des tons pastels ou très vifs, pour refléter la légèreté du genre

Ces couvertures ne montrent presque jamais la violence : on est dans l’élégance, le clin d’œil, l’ambiance cosy avant tout.

Quatre couvertures de cosy mysteries en français : 'Floraison funèbre' de H.Y. Hanna avec un jardin fleuri et un chat roux, 'Meurtre dans les Lavandes' de Ena Fitzbel avec un chiot blanc et des brins de lavande, 'Vision macabre' de Sherly Holmes avec une femme rousse et un chat noir, et 'Squelettes et robes de bal' de Shelly Ann Keller avec une maison américaine et une camionnette décorée pour l’automne.

Et Odile Bartabot dans tout ça?

Les couvertures de la série Odile Bartabot, par exemple, évoquent la pittoresque ville de Soleilcity et ses bâtiments colorés. Dans Comment Faire Taire une Rombière, on découvre le charme désuet d’un manoir à la période des fêtes ; et dans Meurtre à l’Emporium des Curiosités, la couverture présente un terrarium décoré d’un crâne animal, de fleurs et de papillons.

Trois couvertures de la série cosy mystery 'Bartabot Investigations' écrite par Fern Cristo : 'Meurtre à l’Emporium des Curiosités' avec un terrarium et des objets mystérieux, 'Juste un petit meurtre pour commencer' avec une femme sur un scooter dans une rue colorée, et 'Comment faire taire une rombière' avec une maison illuminée sous la neige.

Ce sont des invitations à entrer dans un monde où le crime n’éclipse jamais le charme du décor.

Si vous vous promenez sur Instagram avec les hashtags
#cosymystery #cozymysterybooks #cosycrime, vous verrez à quel point ces couvertures sont devenues un élément central du marketing visuel du genre — au point d’être parfois collectionnées pour leur beauté seule !

En conclusion

Le cosy mystery, sous ses airs légers, n’est pas si facile à écrire. Il faut savoir construire un monde riche et cohérent, inventer des personnages attachants mais nuancés, trouver le ton juste entre humour, tendresse et tension… et surtout imaginer une intrigue solide, crédible et bien rythmée. Car si l’ambiance est la clé du cosy, le mystère en reste le cœur battant.

Et pourtant, je remarque parfois que certaines histoires souffrent d’un scénario trop prévisible, d’indices placés sans finesse, ou de clichés qui affaiblissent la tension dramatique. Le cosy mystery peut alors perdre de son charme, et devenir une succession de jolies scènes creuses.

C’est là tout le défi — et le plaisir — pour une autrice comme moi : offrir une lecture réconfortante sans jamais sacrifier la qualité de l’enquête.

Alors, prête à résoudre un crime au coin du feu ? Commande dès maintenant le premier tome des Enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr.

Et si tu veux te lancer dans l’écriture d’un cosy mystery, consulte mon blogue Comment écrire un cosy mystery et télécharge le kit d’écriture gratuit.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Cadavre Impromptu à L’ Auberge des Murmures (Nouvelle 4/5)

Posted on June 29, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Petits Meurtres et Train Couchettes est une série de cinq nouvelles qui met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce quatrième épisode, alors que le train est immobilisé au bord d’un lac gelé, Odile se souvient d’une affaire qu’elle a résolue dans une petite auberge de campagne en pleine tempête de neige.

Lire le premier épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le deuxième épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le troisième épisode ici, ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.

Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.

Petits Meurtres et Train Couchettes: Cadavre Impromptu à L’Auberge des Murmures (nouvelle 4/5)

La porte coulissante glissa sur ses rails et une Nadine hagarde aux yeux bordés de cernes bleutés se glissa dans la cabine du trio Bartabot.
— Je n’en peux plus ! gémit-elle en s’effondrant sur la banquette. Ils ne sont jamais satisfaits. Il leur faut des couvertures, des bains de pieds, des verres d’eau à onze degrés, et ils me poursuivent dans le couloir et jusqu’aux toilettes pour exiger des nouvelles alors que je n’en ai pas.
Sa voix se brisa et Odile s’assit à côté d’elle tandis que Célestine vidait le fond de la théière dans une tasse propre. La jeune femme accepta l’offrande avec reconnaissance. Le thé encore chaud l’aida à reprendre ses esprits.
— Prenez donc un instant, Nadine. Les passagers attendront, dit Pervenche.
— Mais je ne peux pas…
— Mais si, vous pouvez, insista Pervenche d’un ton sans appel.
Trois coups frappés à la porte les firent sursauter. Pervenche entrouvrit le battant et se glissa à l’extérieur. Des éclats de voix retentirent puis un long silence s’installa.
— Voilà, dit-elle d’un air satisfait.
— C’était qui ? s’inquiéta Nadine.
— Une duchesse ou une baronne, ronchonna-t-elle. Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve dans ces titres ridicules ?
— Et qu’est-ce que vous lui avez dit ?
— Que vous étiez souffrante, une indisposition digestive très contagieuse. Je lui ai dit de garder ses distances et d’avertir les autres passagers. Le Titanic manquait de canots de sauvetage, et nous on va manquer de papier toilette si ce virus se propage, dit-elle en rigolant.
— Madame Bartabot ! dit Nadine d’un air consterné. Je ne suis pas malade !
— Mais si. Vous avez mal au ventre, déclara Pervenche. Maintenant, Nadine, dites-moi, comment est-ce qu’il est mort, notre chauffeur de train ?
Le visage de la cheffe de wagon se vida de son sang et elle se frotta nerveusement les mains.
— Mais comment est-ce que… balbutia-t-elle.
Pervenche tapota sa narine droite du doigt.
— Je les sens, ces choses-là. Une trépidation dans l’air, une expression de biche affolée sur le visage de ceux qui savent. Ça fait longtemps que je fais ce métier, vous savez.
— Le conducteur est mort ? s’étonna Odile.
— Oui, confirma Nadine. Il s’est effondré sur le tableau de bord, il a juste eu le temps de tirer sur le frein de secours pour arrêter le train.
— Vous avez vu le corps ? demanda Pervenche.
— Non, le chef de la sécurité et le chef de train ont refusé de me laisser entrer ou de répondre à mes questions. Je sais ce qu’il en est parce que j’ai surpris leur conversation. Ils m’ont ordonné de garder le secret pour ne pas alerter les passagers. Ils sont en contact avec la police de Soleilcity par radio. Un inspecteur et un agent ainsi qu’un chauffeur de remplacement arriveront d’ici peu.

Odile jeta un œil par la fenêtre. Un soleil pâle projetait une lumière blafarde sur le lac gelé où un large rassemblement d’oies sauvages piétinait la glace de leur patte palmée. Le train serait à l’arrêt pendant plusieurs heures, songea-t-elle. Il faudrait continuer à chauffer les wagons, maintenir l’électricité ainsi que les pompes et les circuits d’eau. Les passagers du Pic Express n’étaient pas du genre à sacrifier la moindre once de confort.
— Est-ce qu’on aura assez de carburant pour arriver à destination ? demanda Odile.
— Oui, ça devrait aller, la rassura Nadine. C’est juste que…
— C’est juste que quoi, Nadine ? la pressa Pervenche.
— Eh bien, la météo prévoit une tempête de neige et ça risque de ralentir l’arrivée des secours. On peut encore tenir quelques heures, mais pas plus. Sinon, on risque de tomber en panne et il faudra qu’on se fasse remorquer. Et puis, il y a le corps du chauffeur, toujours dans la cabine de la locomotive…
Ses derniers mots s’échouèrent sur ses lèvres et un frisson la parcourut.
— S’il y a un meurtrier à bord, il n’ira pas loin, dit Pervenche, le regard perdu dans le paysage à la fois hostile et majestueux que la fenêtre de la cabine lui offrait.
Le silence de ses compagnes la ramena à la réalité. Célestine, Odile et Nadine la dévisageaient avec insistance.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Pervenche.
— Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il a été assassiné ? s’enquit Nadine.
— Oh, déformation professionnelle, répondit-elle légèrement. C’est sûrement une crise cardiaque ou un étouffement qui l’a emporté. (Elle pointa du doigt les nuages qui s’accumulaient à l’horizon.) Vous avez raison, Nadine. Le temps va se gâter, dit-elle en évitant le regard inquisiteur d’Odile. Restez donc là bien au chaud, je reviens dans un instant.
Je devrais retourner travailler, gémit Nadine en scrutant le fond de sa tasse d’un air déconfit.
Et refiler ce virus à tous les passagers ? s’exclama Pervenche. C’est hors de question. Ça ne serait pas très responsable de votre part. Je vais aller remplir la théière. Nadine, où est-ce que vous cachez vos sachets de thé ?
Dans le petit placard au-dessus de la poubelle, répondit-elle du tac au tac. C’est vrai que j’ai un peu mal au ventre, s’étonna-t-elle en posant la paume de ses mains sur la ceinture de son pantalon.
Puisque je vous le dis. Reposez-vous, et quand je reviendrai, Odile nous racontera l’affaire qu’elle a résolue un jour de tempête dans une petite auberge coupée du monde.
Pervenche ouvrit la porte pour inspecter le couloir avant de s’y glisser silencieusement. Elle gagna la voiture-restaurant sans se faire remarquer. Le personnel de cuisine était occupé à servir les quelques passagers matinaux qui s’étaient agglutinés autour d’une table. La fatigue avait fait tomber les masques hautains, et ils bavardaient avec animation, commentant les articles du journal qu’ils se partageaient.
— Madame Bartabot, quelle heureuse surprise ! s’exclama Jules Navet. (Puis il baissa la voix :) Vous ne trouvez pas cela suspect, cette histoire de problème mécanique ?
Pervenche haussa les épaules.
— Non, pas particulièrement. C’est un vieux train qui a été restauré. Il tombe sans arrêt en panne. Ça fait partie du charme, non ?
Elle salua l’homme de la tête puis partit sans attendre sa réponse. Quelques minutes plus tard, elle était de retour en cabine et déposait son butin sur la table. Un thermos d’eau chaude, une boîte de thé et un paquet de biscuits secs.
Célestine s’empressa de faire le service puis alla se coller contre sa sœur.
— Allez, vas-y, raconte, Odile, la pressa-t-elle les yeux brillants d’excitation.
Odile sourit.
— Mais tu la connais, cette histoire, Célestine. Je te l’ai racontée cent fois.
— Oui, mais à Nadine, non.
— D’accord. Alors, voyons. Cette affaire remonte à environ deux ans. Mon, heu, mon ami et moi avions décidé d’aller passer quelques jours à la campagne dans une auberge qu’un collègue m’avait recommandée.
— Son « ami », expliqua Célestine, c’était aussi son partenaire de police, alors ils étaient obligés de se cacher parce qu’ils n’avaient pas le droit de sortir ensemble.
— Merci, Célestine, dit Odile en rougissant.
— De rien, Odile. Continue.
Célestine croqua dans un biscuit et balaya les miettes de son haut de pyjama.
— C’était en mars, commença Odile. Nous sommes arrivés à l’Auberge des Murmures un vendredi soir. Le couple d’aubergistes, Rose et René Bernarier, nous a accueillis chaleureusement. Ils avaient la cinquantaine, et le grand air et les produits du terroir semblaient leur réussir. Quelques années plus tôt, ils avaient hérité de la maison, une ancienne demeure familiale, et ils avaient quitté leurs emplois respectifs pour la rénover. Leur rêve était d’en faire une auberge conviviale, isolée au cœur de la campagne, un havre de paix pour les gens de la ville.
— Combien de chambres est-ce qu’il y avait ? demanda Pervenche, irritée par les détails inutiles sur lesquels Odile s’appesantissait.
— Je ne sais plus exactement. Cinq ou six, peut-être ? Bref, le premier soir, nous avons dîné avec un couple de retraités, et un homme venu seul. L’homme n’a pas prononcé une parole de la soirée. Et nous non plus. Les deux retraités ont monopolisé la conversation, lui avec ses trente années passées derrière un comptoir de pharmacie et elle comme représentante commerciale pour un laboratoire.
— Donc il n’y avait que trois clients en plus de vous ? demanda Pervenche.
Jusque-là, oui, confirma Odile. Le lendemain matin, on a fait une balade dans la campagne et on est allés voir les chevaux à l’entraînement dans un haras situé à proximité de l’auberge. Quand on est rentrés à l’auberge vers midi, la neige s’était mise à tomber. La météo annonçait un blizzard. On s’apprêtait à regagner notre chambre quand une femme est arrivée dans un cliquetis de gros bijoux, chargée de sacs et vêtue d’une grande cape noire.
— Et alors, ce meurtre, il arrive ? demanda Pervenche sèchement.
— J’y viens, Pervenche. Un peu de patience. Je pose les jalons de l’enquête.
Pervenche pinça les lèvres et se renfonça sur sa banquette.
— Cette femme s’appelait Célia Lavigne. Elle travaillait pour une organisation chargée d’assurer le bon traitement et la protection des chevaux de courses. Elle venait une fois par an, souvent vers la fin de l’hiver. Nous l’avons saluée puis, de retour dans notre chambre, j’ai allumé la cheminée puis j’ai lu un livre pendant que Sébastien écoutait un match de foot à la radio. Il neigeait toujours quand on est descendus dîner avec les invités vers dix-neuf heures et on a passé la soirée dans le salon à discuter et à jouer aux dames. Une soirée très relaxante, je dois dire, exactement ce qu’on recherchait. On est montés se coucher un peu après vingt-trois heures trente, et vers six heures du matin, un hurlement nous a réveillés.
— Eh bien il est temps, grommela Pervenche.
— On a été tellement surpris qu’on a dégringolé les escaliers, pieds nus et en pyjamas, continua Odile.
— Et il y avait un cadavre dans le salon, finit Célestine.
— Oui, en effet, dit sa sœur qui avait, à contrecœur, abandonné l’idée de protéger sa sœur des détails de sa profession. Une femme vêtue d’un pyjama en soie rouge et d’un peignoir assorti était allongée sur le tapis, sa tête baignait dans une flaque de sang.
Célestine frissonna et remonta sa couverture sur ses épaules.
— Un meurtre ? demanda Nadine.
— Oui, un meurtre, confirma Odile. La position du corps et sa situation dans le salon nous ont permis de déduire qu’on l’avait poussée violemment par-dessus la rambarde de la mezzanine qui menait aux chambres. Ses avant-bras présentaient des ecchymoses suggérant qu’elle s’était débattue.
— Et personne ne l’a entendue tomber ? Elle n’a pas crié ? s’enquit Nadine.
— Personne n’a rien entendu, Fichaux et moi-même inclus. Les chambres étaient situées dans une aile de l’auberge et il fallait longer un long couloir, traverser la mezzanine puis descendre les escaliers pour accéder au salon où elle gisait.
— Et la victime, je suppose que c’était Célia ? avança Nadine.
— Non, ce n’était pas Célia.
— C’était qui, alors ? La femme de l’aubergiste ?
— Non plus.
— Mais qui, alors ?
— Une parfaite inconnue, annonça Odile d’une voix théâtrale qui fit rire Célestine, mais pas leur grand-mère.
— Comment ça, une parfaite inconnue ? s’exclama Nadine.
— Les patrons de l’auberge et les clients ont juré ne l’avoir jamais vue, dit Odile.
— Elle serait arrivée pendant la nuit ? suggéra la cheffe de train après un moment de silence.
— Pas par cette tempête. Impossible. Et certainement pas dans cette tenue, dit Pervenche.
— Alors elle était déjà là et elle se cachait ? suggéra Nadine.
— C’est ce que je me suis dit. Mais la suite des événements a été encore plus étrange. Non seulement personne ne connaissait cette femme, mais le client de la chambre adjacente à la nôtre avait disparu.
— Comment ça, disparu ? demanda Nadine.
— Volatilisé. Il était allé se coucher un peu avant nous la veille, et au matin, il n’était pas descendu déjeuner. Vous imaginez bien qu’on s’en est aperçus tout de suite, et on l’a immédiatement soupçonné. Nous sommes montés dans sa chambre…
— Mais elle était vide, intervint Célestine.
— Oui, confirma Odile, et les effets de Grégoire Topain étaient encore là, ainsi qu’une valise avec des vêtements de femmes.
— Donc la victime était bien arrivée avec monsieur Topain.
— De toute évidence, oui, mais, il avait souhaité cacher sa présence.
— Sûrement un couple illégitime, grommela Pervenche.
Odile leva un sourcil à l’attention de sa grand-mère dont la mauvaise foi était presque comique tant elle était aberrante. Pervenche entretenait elle-même une liaison avec un homme marié depuis plus de vingt ans.
— On s’est dit qu’il devait l’avoir fait entrer par une fenêtre, continua Odile. Fichaux a alors émis l’hypothèse que le couple était en fuite. Il se serait fait rattraper, la femme aurait été assassinée et Topain aurait réussi à s’enfuir.
— Mais dans sa fuite précipitée, il aurait pris le temps de verrouiller la porte de l’auberge derrière lui ? demanda Pervenche.
Un silence s’installa. Le bruit étouffé des voix dans le couloir ramena la cheffe de wagon à la réalité et elle fit mine de se lever. Pervenche posa une main ferme sur son bras.
— Alors qu’est-ce que vous avez fait, Odile ? demanda Nadine après quelques secondes indécises.
— Eh bien, j’ai commencé par inspecter la scène du crime et le corps de la victime. Puis, j’ai suggéré que l’on se rassemble dans la salle à manger. J’ai demandé à l’aubergiste de préparer du café bien fort. Puis j’ai essayé d’appeler la police, mais la ligne ne fonctionnait pas.
Célestine leva le nez du calepin où elle prenait des notes.
— Quelqu’un l’avait coupée ?
— Non. C’est la tempête de neige qui avait fait tomber une tour téléphonique. Et à peine une heure plus tard, on perdait l’électricité.
— Coincée dans une maison sans téléphone et sans électricité avec un cadavre, murmura Nadine.
— Et probablement un meurtrier, ajouta Pervenche, les yeux brillants d’excitation.
Nadine lui jeta un regard interloqué. Ces trois femmes éprises de meurtres étaient vraiment singulières, songea-t-elle. Odile continua son récit.
— Fichaux et moi avons alors révélé que nous étions agents de police.
— Et comment est-ce que les clients ont réagi ? demanda Nadine.
— La femme de l’aubergiste s’est mise à trembler et à se tordre les mains. L’aubergiste nous a accusés d’avoir menti sur notre fiche d’information – il n’avait pas tort. Quant au couple de retraités, ils ont échangé un regard qui en disait long.
— Oh, je sais, je sais, exulta Nadine. C’est une de ces affaires où tout le monde est coupable, c’est ça ?
Célestine hocha la tête en signe de dénégation.
— Et Célia ? reprit Nadine une fois remise de sa déception.
— Célia a d’abord gardé le silence, mais elle n’avait pas l’air à l’aise non plus. Elle n’arrêtait pas de tripoter ses colliers et ses grandes boucles d’oreille. Après la fouille de l’auberge, j’ai expliqué qu’on interrogerait les suspects un à la fois, puis j’ai demandé à tout le monde de remonter dans leurs chambres.
— Et au cours de ces interrogatoires, vous avez découvert qui avait commis le crime ? demanda Nadine
— Oui.
— Et c’était qui ?
Célestine lança un regard désapprobateur à la cheffe de wagon.
— Ce n’est pas comme ça que ça se passe, la réprimanda-t-elle. On pose des questions et on doit trouver qui a fait le coup nous-mêmes.
— Ah bon, pardon, dit la jeune femme. Bon alors, heu, qu’est-ce que vous avez découvert en inspectant la scène ?
— Pas grand-chose. Il s’agissait d’une très belle femme d’une trentaine d’années. Elle prenait clairement grand soin de sa personne. Elle était vêtue d’un luxueux pyjama de soie, elle ne portait pas de bijou à l’exception d’une fine chaîne en or. Ses lunettes gisaient en mille morceaux à ses côtés.
— Et la fouille des chambres, qu’est-ce que cela a donné ? demanda Pervenche.
— Rien du tout. Il faut dire qu’il faisait sombre. Les aubergistes avaient allumé les cheminées et disposé des lampes à huile dans les chambres et les pièces principales, mais le ciel était couvert. On a fait ce qu’on a pu, mais les fouilles à la lampe de poche, ce n’est pas vraiment efficace.
— Plongée dans ses souvenirs, Odile garda le silence. En dépit du caractère macabre de la situation, elle avait pris un certain plaisir à élucider cette affaire avec Fichaux. La cheminée avait pris le relais de la chaudière, la flamme des lampes projetait des ombres dansantes sur les murs couverts de tapisserie ancienne et une chaleureuse odeur de café frais baignait les pièces principales. En dehors du tic-tac de l’horloge de l’entrée et des murmures du couple d’aubergistes, l’auberge était silencieuse.
— Tu as estimé l’heure de la mort ? demanda sa grand-mère.
— Au vu de la rigidité du cadavre, le niveau de coagulation du sang ainsi que ses lentilles de contact qui avaient séché sur les pupilles de la victime, nous avons déterminé qu’elle était morte depuis plusieurs heures.
Pervenche hocha la tête, impassible.
— Qui est-ce que tu as interrogé en premier ? demanda Célestine.
— On a commencé par Célia. Elle est descendue en grande pompe. Elle portait tellement de bijoux qu’on l’entendait arriver à deux kilomètres, se souvint Odile avec un sourire.
— Qu’est-ce que vous avez découvert ? demanda Nadine, se prenant au jeu.
— Pas grand-chose. Célia était allée se coucher en fin de soirée et avait pris un somnifère puissant. Elle ne s’était pas réveillée de la nuit. C’est le cri déchirant que la femme de l’aubergiste a poussé en découvrant le cadavre qui l’a sortie du sommeil. Elle voulait jouer les détectives. Selon elle, sa profession se portait bien à l’investigation. Après tout, elle avait dédié sa vie à découvrir des chevaux en situation de maltraitance. Selon elle, c’est monsieur Topain qui avait fait le coup avant de s’enfuir dans la nuit. Elle avait tout un tas d’idées saugrenues, voire surnaturelles, pour expliquer la présence de la victime dans le salon. On l’a renvoyée dans sa chambre quand elle a proposé de trouver l’identité du coupable dans du marc de café.
Nadine sourit. Au cours de sa carrière, elle avait, elle aussi, rencontré son lot de voyageurs excentriques.
— Et ensuite, vous avez interrogé le couple de retraités ? demanda Nadine.
— Oui. André et Georgette, si je me souviens bien. Ils venaient à l’auberge pour prendre l’air deux ou trois fois par an. Eux aussi étaient allés se coucher en fin de soirée, et n’avaient rien vu ni rien entendu.
— Et les aubergistes, vous avez découvert quelque chose de suspect quand vous les avez interrogés ?
— Pas vraiment. Ils ont expliqué que le couple de retraités était des habitués, mais c’était la première visite de Célia Lavigne. Quant à monsieur Topain, il avait gagné son séjour grâce à un jeu-concours.

— Donc il voyageait secrètement avec la victime, ils se sont disputés et il l’a assassinée avant de s’enfuir ? suggéra Nadine.
— La porte d’entrée était verrouillée de l’intérieur, la gronda Pervenche.
Nadine réfléchit en silence et Célestine lui proposa de consulter ses notes et cette dernière accepta avec reconnaissance.
— Je sais ! dit-elle enfin. Monsieur Topain et le couple de retraités étaient complices. Pour une raison quelconque, ils ont assassiné cette jeune femme. Monsieur Topain est parti et le couple a verrouillé la porte derrière lui.
Pervenche leva un sourcil.
— Une raison quelconque ? dit-elle en détachant ses mots.
— Oui, bon, je n’ai pas tous les détails, mais…
— Mais votre théorie n’explique pas comment la femme est arrivée à l’auberge ni pourquoi il la cachait dans sa chambre, contra Pervenche.
Nadine réfléchit encore quelques instants. Elle jeta un coup d’œil pensif à la masse de nuages bleu-gris qui s’amassait à l’horizon.
— Je ne sais pas, dit-elle enfin. Je donne ma langue au chat.
Odile se tourna vers sa grand-mère.
— Pervenche ?
— Décris-moi les lunettes que tu as trouvées près du corps. Est-ce qu’il s’agissait de lunettes d’homme ou de femme ?
— Des lunettes de femme, une monture papillon.
— Donc c’est Célia la coupable, assena Pervenche.
— Correct, confirma Odile.
— Mais comment vous le savez ? demanda Nadine.
— Élémentaire, ma chère. La victime portait des lentilles de contact. Les lunettes n’étaient donc pas à elle, mais à son agresseur. La victime les lui avait probablement arrachées du visage en tombant. Et le coupable n’a pas voulu prendre le risque d’aller les chercher de peur que la chute n’ait réveillé quelqu’un.
— Et il ne restait donc qu’à identifier la propriétaire de ces lunettes. Au vu du style de la monture, j’ai deviné qu’il s’agissait des lunettes de Célia, finit Odile.
— Elle a confessé ?
— Oui, elle a un peu résisté, mais elle a fini par craquer.
— Et qui était donc cette femme que vous avez trouvée dans le salon, alors ? demanda Nadine.
Pervenche et Odile se tournèrent vers Célestine.
— Monsieur Topain, dit celle-ci d’un air triomphant.
— Monsieur Topain, mais je ne comprends pas, balbutia Nadine.
— Monsieur Topain était en fait une femme qui cherchait à échapper à la police, expliqua Célestine.
— Elle est mal tombée, dit Nadine en rigolant.
— Oui, ce n’est vraiment pas de chance de se trouver coincé avec deux agents de police en pleine tempête de neige.
— Et pourquoi est-ce qu’elle a tué la victime ?
— La victime en question était une arnaqueuse d’envergure que les autorités locales recherchaient depuis longtemps. Elle utilisait ses charmes et sa beauté pour voler de l’argent à des hommes riches avant de disparaître avec les présents qu’elle avait reçus. Vêtements, bijoux, sacs, etc. Mais le frère de Célia est vraiment tombé amoureux d’elle et a tenté de mettre fin à ses jours quand il a découvert le pot aux roses. Célia s’est mise en tête de la retrouver. Elle a découvert qu’elle se cachait de la police en se faisant passer pour un homme et l’a suivie dans cette auberge.
— Donc Célia a voulu venger son frère ?
— Elle a nié les faits et affirmé vouloir juste la confronter, mais les faits sont les faits, dit Odile.
Nadine frissonna de terreur.
— J’aime beaucoup mon petit frère, mais pas au point de commettre un meurtre, dit-elle enfin.
Odile posa son regard sur Célestine qui refermait son bloc-notes et rangeait son kit d’enquêtrice dans sa sacoche. Elle se demanda jusqu’où elle serait capable d’aller si quelqu’un essayait de lui nuire puis décida de ne pas trop s’appesantir sur cette idée. Trois coups frappés à la porte la sortirent de ses pensées. Pervenche ouvrit la porte au chef de train.
— Est-ce que Nadine est là ? La police et la dépanneuse viennent d’arriver.
— Oui, oui, je suis là, dit Nadine en rougissant.
— Qu’est-ce que vous faites dans ce wagon, à boire du thé avec les passagers ?
— Ma grand-mère a fait un malaise, expliqua Odile tandis que Pervenche se pâmait ostensiblement sur la banquette.
Il passa la tête dans la cabine.
— Ça va aller, madame Bartabot ?
— Non, mais c’est une blague, s’exclama une voix familière.
Odile sentit les cheveux de sa nuque se hérisser.
— Bonjour, Sébastien, dit-elle avec un sourire forcé.
— C’est « inspecteur Fichaux » pour toi, Bartabot. Qu’est-ce que tu fous là ? T’es toujours dans mes pattes, c’est pas possible !

Lire la suite: À Deux Doigts de la Vérité.

Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr:

Angélique de Guillaume Musso: Mission Accomplie

Posted on June 17, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Résumé d’Angélique de Guillaume Musso

Dans Angélique, Guillaume Musso nous plonge dans une enquête sombre et haletante. C’est un ancien flic désabusé et une adolescente vive et déterminée (alerte cliché) qui mènent l’enquête de concert. Ensemble, ils tentent de percer le mystère entourant la mort suspecte de la mère de la jeune fille, présentée comme un accident. Très vite, ils se rendent compte que les apparences sont trompeuses. Ce qui semblait être un simple fait divers bascule dans un enchevêtrement machiavélique remarquablement ficelé.

Quand le récit bascule

Musso maîtrise l’art du retournement de situation, et comme souvent dans ses romans, c’est à la moitié du récit que tout bascule. Ces twists sont efficaces et inattendus, même si parfois un peu trop nombreux. Sur la fin, j’ai eu l’impression d’être une crêpe retournée à l’infini dans la poêle de Guillaume musso.

Les personnages sont intéressants et attachants. L’adolescente apporte fraîcheur et lucidité, tandis que le flic, bien que stéréotypé (alcoolique, à la retraite, brisé par la vie), reste convaincant dans son rôle. Ce type de personnage semble d’ailleurs devenu un passage obligé dans le polar français contemporain. On le retrouve chez Musso, Thilliez, Grangé, et même chez Patricia Cornwell dans le personnage de Pete Marino.

Le roman est court, rythmé, facile à lire – idéal pour une lecture rapide et immersive. L’intrigue est bien construite, la tension constante, et malgré quelques facilités narratives (notamment des passages un peu trop explicatifs ou “info-dumpés”), Angélique reste un polar solide, bien écrit, fidèle à la “recette Musso”. Ce style peut agacer ou séduire, mais il a le mérite d’être assumé.

Avis final

Personnellement, Un appartement à Paris reste à ce jour mon Musso préféré. Angélique, bien que très efficace, suit un schéma un peu trop attendu. Cela dit, si vous aimez les thrillers modernes avec des rebondissements bien menés, Angélique mérite sa place sur votre table de chevet. Musso reste après tout, l’un des romanciers les plus lus en France. Allez jeter un oeil sur cet article D’Europe 1 un pour suivre son parcours.

Et vous? Vous avez aimé? C’est lequel votre Musso préféré?

Petits Meurtres et Train Couchettes: La Disparue du Lac de Mirondel (3/5)

Posted on May 11, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Cette série de cinq nouvelles met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce troisième épisode, le train est immobilisé au bord d’un lac gelé et Odile revient sur une étrange disparition qui, sous ses airs de simple fait divers, s’est révélée bien plus subtile et retorse qu’il n’y paraissait. Tout commence dans un hameau alpin figé par l’hiver, où une femme âgée et atteinte de démence s’évapore sans laisser de trace. Autour d’elle, un mari autoritaire aux allures irréprochables, un médecin à l’écoute, et une poignée de voisins dont les silences en disent parfois plus que leurs mots. Entre neige, secrets enfouis et soupçons mal orientés, Odile démêle les fils de cette affaire où rien n’est vraiment ce qu’il semble être.

Lire le premier épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Lire le deuxième épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne youTube.
Ecouter cet épisode sur ma chaîne YouTube.

Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.



La Disparue du Lac de Mirondel

Haletant comme une bête essoufflée, le Pic Express s’était arrêté au creux d’une vallée glacée. Odile mit un peu d’ordre dans ses mèches brunes, s’assura que Célestine dormait toujours profondément, puis enfila un pantalon en velours et un léger pull en laine. Elle s’apprêtait à aller retrouver sa grand-mère quand cette dernière s’engouffra dans la cabine, un plateau dans les mains, une Nadine hors d’haleine sur les talons.
— Mais, madame Bartabot, vous ne pouvez pas faire le service, c’est le travail du personnel de bord ! s’écria la cheffe de wagon.
Pervenche déposa son butin sur la table et fit face à la jeune femme.
— Nadine, vous savez bien que dans quelques minutes, tous les passagers seront réveillés et vous serez débordée de requêtes extravagantes. D’ailleurs, si j’étais vous, j’en profiterais pour boire une tasse de thé avec nous…
Un bruit de commotion et des éclats de voix retentirent dans le couloir. Nadine se tourna pour affronter les voyageurs bouffis de sommeil qui se déversaient dans le couloir étroit. Pervenche aperçut Jules Navet qui nouait la ceinture d’une robe de chambre en soie rouge sur son ventre bedonnant avant de héler la jeune cheffe de wagon d’un ton impératif.
— Trop tard, Nadine, bon courage, dit Pervenche en refermant la porte au nez de la jeune femme.
— Célestine dort toujours ? demanda-t-elle à Odile
— Oui, à poings fermés. Il en faudrait plus pour la réveiller.
Pervenche versa l’eau bouillante sur les sachets de thé et un délicieux parfum de bergamote envahit la cabine. Odile saisit sa tasse et se pelotonna sur la banquette.
— Alors, on est en panne ? demanda-t-elle.
Pervenche prit le temps d’avaler une gorgée de thé.
— Non, le conducteur a fait un malaise.
— Quel genre de malaise ? demanda Odile, soudain alerte.
— Je ne sais pas exactement, mais il y a au moins trois docteurs à bord, donc ils devraient s’en sortir.
— Et on est où ?
— À cinq heures de la station du Pic d’Argent. Au milieu de nulle part.
Odile posa sa tasse et ouvrit les rideaux. Le train était arrêté au creux d’une vallée figée dans la glace. Un flanc de falaise rocheux saupoudré de neige s’élevait sur la droite, et à gauche, les ténèbres à perte de vue. Odile attendit que ses yeux s’habituent à l’obscurité.
— On est au bord d’un lac, déclara-t-elle enfin.
Elle balaya du regard l’espace morne et désert. Au loin, sous le ciel étoilé, un ruban rose annonçait l’aurore. Cette nature sauvage lui rappelait un paysage similaire, mais le lac qu’elle avait parcouru des heures durant en hors-bord au cœur d’un hiver glacial était bordé d’une trentaine d’habitations.
— Je connais ce regard pensif, dit simplement Pervenche. Ça te rappelle une affaire ?
— Oui, dit Odile. Une de mes toutes premières enquêtes avec Lucien Reporc.
Le souvenir de l’inspecteur fit grimacer Pervenche. Des yeux perçants, un visage taillé dans la pierre, une carrure haute et maigre, et une intuition aussi légendaire que sa misogynie. Il avait remué ciel et terre quand le commissaire lui avait demandé de prendre Odile Bartabot sous son aile. Mais le commissaire devait une faveur à Pervenche Bartabot et cette dernière n’en avait pas démordu. Odile serait formée par Reporc, parce qu’en dépit de sa personnalité insupportable, c’était l’inspecteur le plus compétent que Pervenche ait jamais connu, et Odile en apprendrait plus avec lui en une semaine qu’avec n’importe quel autre en un an. Et quant à sa hantise des femmes et sa ferme conviction qu’elles n’avaient pas leur place dans la police, autant qu’Odile s’y fasse rapidement. C’était un sentiment largement répandu au commissariat de Soleilcity à l’époque.
— Quel manque de bol, me retrouver sous la coupe de Reporc, commenta Odile. Alors que ça faisait des années qu’il avait arrêté de former des agents. Je me demande bien ce qui l’a fait changer d’avis, dit-elle pensivement.
— Va savoir, acquiesça Pervenche, impassible. Mais au moins, tu as travaillé sur de vrais crimes dès le début.
— Oui, avec son expérience, il pouvait souvent choisir ses enquêtes. Et quand on lui filait une affaire qui ne l’intéressait pas, je t’assure qu’il était carrément infect. Comme la fois où on a dû faire deux heures de voiture pour aller enquêter sur la disparition d’une vieille dame. Elle habitait dans un hameau au bord d’un lac un peu comme celui-là. Une trentaine de maisons, toutes habitées par des retraités. Les jeunes étaient partis vivre à Soleilcity ou à Tartanchon et la commune s’était endormie au fil des années.
— Et une femme avait disparu ?
— Oui, la femme du maire. Le maire de Mirondel avait encore quelques relations bien placées, dont le commissaire Farko. Il avait réussi à obtenir que Reporc vienne enquêter sur la disparition de son épouse.
— Et Reporc l’a retrouvée ?
— Non.
— Elle est morte ?
— On n’a jamais retrouvé son corps. On a enquêté trois jours, et puis Reporc a conclu qu’elle s’était sûrement noyée dans le lac un soir de tempête.
— Pourquoi est-ce qu’elle serait sortie un soir de tempête ? demanda Pervenche, intriguée.
— Parce que selon le maire, Octave Orneval, sa femme présentait des symptômes de démence depuis quelque temps. Elle avait du mal à trouver ses mots, elle perdait sans arrêt son sac, ses clés de maison.
Pervenche replia ses jambes sous elle et enveloppa sa tasse de ses doigts fins. Elle fit un léger signe de la tête.
— Ça me rappelle quelque chose, ton histoire. Tu m’en avais parlé à l’époque ?
— Un peu, confirma Odile. Mais tu venais de prendre ta retraite et tu ne voulais plus entendre parler de crime ou d’enquêtes. Tu suivais des cours de tricot dans la mercerie du centre, si je me souviens bien.
— Oh oui, je ne sais toujours pas tricoter, d’ailleurs, mais j’ai débarrassé la propriétaire de la petite jeune qui se servait dans la caisse. Comme quoi on ne se refait pas. Mais reprends ton affaire de disparition au début, dit-elle.
Une Célestine engourdie de sommeil émergea de derrière le rideau de sa couchette. Enveloppée dans sa robe de chambre, elle se glissa à côté de sa grand-mère et accepta en silence la tasse de thé qu’Odile lui tendait.
— On est arrivées à Mirondel en fin de journée, le lendemain de la disparition de Félicie Orneval.
Pervenche fit la grimace.
— Pourquoi est-ce qu’ils ont attendu si longtemps pour contacter les autorités ?
— Parce que le village a d’abord organisé sa propre battue.
— Cinquante retraités à chercher un corps en plein milieu de l’hiver. C’est efficace comme méthode, maugréa Pervenche.
— Ce sont des gens qui vivent dans la montagne depuis toujours, ils sont plus costauds que les deux agents qui nous ont accompagnés. Ils n’arrêtaient pas de se plaindre du froid et du vent. Reporc a menacé de les balancer dans le lac s’ils ne s’y jetaient pas d’eux-mêmes, ajouta Odile en rigolant.
Elle poursuivit :
— On est allés directement chez le maire. Il nous attendait sur le pas de la porte, le visage défiguré par l’inquiétude et la nuit blanche qu’il venait de passer. Il nous a fait entrer et nous a servi du café, puis il nous a expliqué que Félicie était partie rendre visite à une voisine la veille en début d’après-midi. Elles avaient joué au bridge puis, vers dix-sept heures, Félicie avait pris congé. Elle n’était jamais arrivée chez elle. Son mari s’était inquiété et avait appelé la voisine en question. Il avait ensuite donné l’alerte. Les villageois avaient cherché Félicie jusqu’à minuit, mais apparemment, elle s’était évaporée. Ils avaient alors contacté la police.
Odile fit une pause et croqua dans un croissant.
Célestine se frotta le menton d’un air songeur.
— Tu as fouillé la maison ? demanda-t-elle.
— Oui. La maison était propre, rangée avec grand soin. Rien ne semblait indiquer un départ précipité. Pareil pour sa chambre. Elle était simplement meublée d’un lit de deux personnes, deux tables de chevet, une commode et une armoire. Une plante à l’article de la mort sur l’appui de fenêtre, à côté d’un cadre où l’on voyait le maire et sa femme découper un gâteau. Probablement un anniversaire de mariage. Quelqu’un avait inscrit « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » au bas du cliché. À part ça, le lit était fait, ses vêtements impeccablement pliés dans les tiroirs. Ils vivaient modestement, pour ne pas dire tristement, ajouta Odile.
— Je suppose que tu es allée interroger la voisine ? demanda Pervenche.
— Oui, Reporc n’a pas pris la peine de m’accompagner. Il est resté dans la cuisine du maire, il avait des rapports à finir.
— Il n’était pas investi dans l’enquête ?
— Non, il s’en fichait royalement. Il m’avait demandé de lui faire un rapport de cinq minutes chrono à la fin de chaque journée. Il m’écoutait les yeux rivés sur sa montre à chaque fois.
— Oui, c’est tout à fait son style, dit Pervenche avec un léger sourire. Et qu’est-ce qu’elle t’a dit, la voisine ?
— La voisine, Josiane si je me souviens bien, était amie avec Félicie depuis l’enfance, reprit Odile. Elle a confirmé la partie de bridge, et le fait que Félicie avait des pertes de mémoire. Elle en avait les larmes aux yeux. Elle m’a décrit Félicie comme une femme pleine de vie, amatrice de nature, qui aimait faire de longues randonnées dans la montagne. Férue d’ornithologie, elle pouvait identifier n’importe quel oiseau. Elle avait prévu d’aller étudier à l’université, mais elle est tombée enceinte à dix-huit ans et n’avait jamais quitté le village après ça. J’ai dû m’extasier une heure sur sa collection de plantes vertes avant qu’elle se livre un peu plus.
— C’est-à-dire ?
— Elle m’a confié qu’elle avait vu une silhouette fine, vêtue d’un manteau rouge semblable à celui que Félicie portait ce jour-là, déambuler sur le quai. Ça l’avait surprise. Une fois la nuit tombée, un brouillard épais envahissait le village et les gens restaient chez eux au chaud.
— Elle en avait fait part à la police ?
— Oui, le lendemain. Mais elle s’en voulait de ne pas avoir fait le rapprochement plus tôt. Peut-être que si elle était allée voir qui c’était, elle aurait pu sauver son amie.
Un silence pesant tomba sur la cabine.
— Donc elle s’est noyée, dit Célestine en jetant un regard nerveux par la fenêtre.
Le lac nappé de brouillard émergeait peu à peu de l’obscurité.
— C’est possible, lui dit doucement sa grand-mère avant de dévisager Odile d’un air sévère. Le bridge se joue à quatre, ajouta-t-elle d’un ton sec.
— Je sais, Pervenche, je sais, l’apaisa Odile. Je suis allée interroger les autres voisines et elles ont corroboré le récit de Josiane. Elles ont joué au bridge, bu du thé. Félicie est partie la première pour aller préparer le dîner. Les deux autres sont rentrées chez elles peu après. Je leur ai parlé séparément, elles n’avaient pas l’air à l’aise, mais les gens le sont rarement en présence de la police.
— Tu crois qu’elles cachaient quelque chose ?
— Je me suis posé la question.
Odile garda un silence pensif et Pervenche la dévisageait d’un air intrigué.
— Tu as interrogé les voisins ?
— Oui, et apparemment, Josiane n’était pas la seule à avoir vu cette silhouette vêtue d’un manteau rouge marcher le long du lac.
— Le lac était gelé ?
— Non. On en a parcouru la surface sur un petit bateau à moteur le lendemain de notre arrivée. Il faisait un froid de canard, Félicie n’aurait pas survécu cinq minutes dans l’eau glaciale.
— Et elle s’entendait bien avec son mari, Félicie ? demanda Pervenche.
— Selon le maire et les voisins, c’était un couple tranquille. Ils étaient mariés depuis cinquante ans. Ils avaient un fils qui travaillait à Tartanchon et qui revenait rarement rendre visite à ses parents.
— Tu l’as interrogé ?
— Non, j’ai résolu le mystère avant, répondit Odile avec un petit sourire.
— Avant Reporc ? s’enquit Pervenche.
Odile haussa les épaules.
— Reporc n’a pas pris la peine de se pencher sur les faits. Mais quand il m’a demandé si on pouvait classer l’affaire comme une noyade, je lui ai dit que j’avais besoin d’un peu plus de temps et il a accepté sans me poser de questions.
— Donc il se doutait de quelque chose ?
— Ou il s’en moquait royalement.
Pervenche garda un silence pensif. Reporc n’avait pas beaucoup de qualités, mais c’était un bon détective. Ce comportement détaché ne lui ressemblait pas.

— Qui est-ce que tu as interrogé ensuite ? demanda-t-elle alors.
— Son docteur. Je voulais lui poser des questions sur la santé de Félicie. Il la suivait depuis toujours.
— Il y avait un docteur pour trente maisons ?
— Non, il avait son cabinet dans une ville voisine, mais il desservait les petits villages de montagne. (Odile esquissa un sourire nostalgique.) Il correspondait parfaitement à l’image que je me faisais d’un médecin de campagne : un homme calme, aux manières douces. Depuis quarante ans, il soignait les habitants de Mirondel et approchait de la retraite. D’après ses observations, la patiente avait déjà connu plusieurs épisodes de confusion et de déambulation. Elle s’était perdue dans le village quelques semaines plus tôt, confondait les visages, embrouillait les souvenirs. Des examens à Tartanchon avaient permis de confirmer ses soupçons.
— C’est une terrible maladie, commenta Pervenche en remontant son châle sur ses épaules. Le maire aurait dû surveiller sa femme de plus près.
— Oui et non, c’est compliqué de s’occuper d’une personne malade sans porter atteinte à sa dignité ou la traiter comme une enfant. Mais c’est une condition que l’on comprend de mieux en mieux, avec une progression assez bien définie même si les tout premiers symptômes passent parfois inaperçus. À l’académie de police, j’avais suivi un séminaire destiné à aider les agents à mieux gérer les situations à risque impliquant des personnes âgées. Mon groupe avait choisi de se pencher sur les troubles cognitifs. Les premiers symptômes sont souvent des petits oublis, des pertes de mémoire, en rapport avec des événements récents, comme ce qu’ils ont mangé le midi.
— Pff… dans ce cas, ça fait longtemps que j’ai des symptômes, grommela Pervenche.
— Moi je sais toujours ce que j’ai mangé le midi, commenta Célestine avec un coup d’œil au croissant qu’Odile n’avait pas fini.
Cette dernière sourit et tendit son assiette à Célestine.
— Mais la désorientation, les déambulations, cela arrive plus tard. Or, Félicie ne présentait des symptômes que depuis quelques mois, selon son médecin traitant.
— Tu veux dire que sa maladie progressait rapidement ?
— Oui, j’ai appelé le service de gériatrie qui s’est occupé de son évaluation.
— Et ?
Odile attendit quelques secondes pour ménager son effet.
— Et là, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas de patiente du nom de Félicie Orneval.
Pervenche et Célestine réfléchirent en silence.
— Le maire avait inventé la maladie de sa femme ? demanda enfin Célestine.
— C’est possible, dit Pervenche. Octave aurait donc fait croire au village et à sa femme qu’elle avait une maladie incurable. Puis il l’a fait disparaître et a mis cela sur le compte de la désorientation. Elle se tourna vers Odile. Mais pourquoi est-ce qu’il voulait se débarrasser d’elle ?
— Il ne voulait pas se débarrasser d’elle. Bien au contraire. Il faisait tellement froid qu’entre deux interrogatoires, je rentrais chez le maire pour me réchauffer, réfléchir à l’affaire et fouiller la maison à la recherche d’un indice quelconque. Et c’est comme ça que je suis tombée sur le manteau rouge de Félicie, accroché sous une grosse parka dans l’entrée de sa maison.
— Donc Josiane aurait menti ?
— Oui, à moins que Félicie ne soit repassée chez elle avant d’aller hanter le lac, mais son mari l’aurait interceptée.
— Josiane avait une liaison avec son mari et ils ont comploté pour la faire disparaître ? suggéra Pervenche.
— Pas tout à fait. Mais tu te rapproches de la vérité. Vois-tu, en fouillant la maison, j’ai découvert trente-quatre autres photos d’anniversaires de mariage. Toujours la même mise en scène et toujours la même inscription.
— Jusqu’à ce que la mort nous sépare ? demanda Pervenche.
— Oui, en fait, il ne s’agissait pas là d’une promesse…
— Mais plutôt d’un avertissement, finit Pervenche.
— Exactement. J’ai aussi découvert que Félicie n’avait pas de compte bancaire.
— Donc elle était à la merci de son mari pour ses dépenses ? s’enquit Pervenche
— Oui. Et à voir sa garde-robe, il n’était pas très généreux.
— Est-ce qu’elle aurait simulé sa mort pour s’enfuir ?
— Précisément, confirma Odile.
— Comment a-t-elle réussi à fabriquer des résultats médicaux assez crédibles pour convaincre le docteur de Mirondel ?
Odile se contenta de sourire. Pervenche fronça les sourcils et se tourna vers Célestine qui haussa les épaules.
— Mais bien sûr ! s’exclama Pervenche. Le docteur était dans le coup !
— Exactement. Félicie et le docteur entretenaient une liaison depuis quelques années. Ils ont fini par trouver une façon de couler des jours heureux sans causer d’esclandre.
— Donc, tout ça pour une histoire d’amour, à leur âge, grommela Pervenche, un peu vexée de ne pas avoir deviné le fin mot de l’histoire.
— L’amour n’a pas d’âge, la réprimanda Célestine. Et puis le maire était méchant, elle a bien fait de partir avec le docteur.
— Oui, dit Odile, je crois qu’il n’aurait jamais accepté son départ, et elle le savait.
— Il était violent ? s’enquit Pervenche.
— J’ai posé la question à Josiane. Elle m’a répondu qu’il était jaloux. Félicie avait voulu reprendre ses études quand son fils a commencé l’école, mais il le lui avait interdit. Il l’a toujours empêchée de passer le permis de conduire. Elle était complètement sous sa coupe.
— Et la silhouette sur le lac ? demanda Célestine.
— Je crois que c’est une invention de Josiane, pour nous mettre sur la piste de la noyade. Les rumeurs se répandent vite dans les petites communautés fermées comme Mirondel, et elle le savait bien. Elle a confié avoir vu quelqu’un près du lac à une ou deux voisines, et quelques heures plus tard, tout le monde était convaincu d’avoir aperçu une silhouette flotter sur l’eau.
— Comment est-ce que tu as découvert la vérité ? demanda Pervenche.
— C’est Josiane qui a craqué quand je suis arrivée chez elle vêtue du manteau rouge de Félicie. Elle a immédiatement perdu ses moyens et confirmé que le maire était loin d’être un homme aussi bon et chaleureux qu’il en avait l’air. Il s’était disputé avec son fils quelques années plus tôt et ils ne se voyaient plus. Mais Félicie avait gardé le contact avec lui. C’est lui qui est venu la chercher ce soir-là. Il a profité de ce que les habitants du village soient occupés à battre la campagne pour venir la chercher discrètement, alors qu’elle l’attendait au bord de la nationale.
— Et le docteur, dans tout ça ?
— Il s’est joint à la battue, puis a attendu trois mois pour ne pas éveiller les soupçons. Il a ensuite pris sa retraite. Ils coulent des jours heureux dans une petite maison en bord de mer.
— Et tu as laissé Reporc conclure à une noyade accidentelle ?
— Oui, dit Odile. Je n’ai pas fermé l’œil cette nuit-là. J’ai tourné en rond dans la chambre d’amis. J’ai écrit un début de rapport, puis je l’ai déchiré. Je me suis demandé ce qu’aurait fait Reporc, ce que toi tu aurais fait, Pervenche. Et puis j’ai décidé de ne rien dire. Quand je suis descendue dans la cuisine, le maire dormait encore. Reporc lisait la gazette locale. J’avais enfilé une sortie de bain rouge au-dessus de mon pyjama parce que la maison était glaciale, et…
— Et quoi ? la pressa Pervenche.
— Reporc m’a fait remarquer que cette couleur m’allait bien, et il m’a fait un clin d’œil… enfin je crois. Parfois je me demande si j’ai rêvé.
Le trio Bartabot observa un silence pensif. L’horizon se teintait de rose et d’orange, et les angles saillants de la falaise émergeaient peu à peu de la brume. Elles regardèrent le soleil se lever sur le lac gelé. Une nuée de corbeaux traversa le ciel laiteux et se posa sur la berge. Trois coups fermement frappés à la porte interrompirent leur rêverie.


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Originaire des Hauts-de-France, j'ai troqué le ciel gris du Nord pour les montagnes du Colorado, où je vis avec mon mari et mes trois enfants. Autrice touche-à-tout, j'écris des Feel Good, des romans jeunesses et des cosy mystery. Suivez mes aventures littéraires sur Instagram (@laplumedefern), TikTok (fern.cristo) et YouTube (@FernCristoLivres)

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