Fern Cristo, autrice indépendante

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Category: Policier

Petits Meurtres et Train Couchettes: Spores Suspectes (2/5)

Posted on April 1, 2025October 24, 2025 by ferncristo


Cette série de cinq nouvelles met en scène Pervenche, Odile et Célestine à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce deuxième épisode, Pervenche évoque une affaire de meurtre par empoisonnement qui lui a donné du fil à retordre.

Lire le premier épisode ici ou l’écouter sur ma chaîne YouTube.
Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr

Spores Suspectes

Guidé par les phares puissants de la locomotive, le Pic Express s’enfonçait dans la nuit, traversant à toute allure la campagne et les villages endormis. Une poignée de passagers avait déjà pris place dans la voiture-restaurant et sirotait leur cocktail de cet air blasé qui accompagne la richesse générationnelle. Des rameaux de pin piquetés d’ampoules miniatures couraient le long des fenêtres et rappelaient discrètement l’arrivée imminente des fêtes de fin d’année.
La porte du wagon s’ouvrit dans un chuintement et le trio Bartabot fit son entrée. La haute société soleilcitoise était un groupe exclusif d’une cinquantaine de personnes et ces trois femmes n’en faisaient pas partie. Qui étaient-elles ?

Pervenche, Odile et Célestine Bartabot saluèrent leurs compagnons de voyage d’un signe de la tête puis rejoignirent la table qui leur avait été assignée. Célestine étala avec application les plis scintillants de sa robe sur la banquette en velours grenat puis poussa un petit soupir de contentement. La vaisselle cliquetait au rythme régulier des mouvements du train. Les assiettes en porcelaine blanche et les couverts en argent étincelaient sous la lumière tamisée des spots encastrés et de délicieux arômes d’oignons revenus au beurre et d’herbes fraîches s’échappaient de la cuisine. Célestine resplendissait de bonheur dans sa robe à paillettes bleue. Odile avait enfilé une robe noire ajustée qui lui arrivait au-dessus du genou et une paire de ballerines vernies. Pervenche, quant à elle, avait choisi un sobre tailleur-pantalon vert forêt qui soulignait la finesse de sa silhouette et un chemisier en soie couleur crème. Toujours intrigués, les passagers les observaient à la dérobée et se murmuraient leurs conjectures à grand renfort de regards entendus et de sourcils froncés.
Un serveur engoncé dans une livrée excessivement amidonnée mit un terme à leurs tergiversations lorsqu’il posa la main sur sa poitrine et s’exclama :
— Mais serait-ce donc là l’illustre Pervenche Bartabot ?
Pervenche leva les yeux sur un homme d’une soixantaine d’années aux cheveux blancs coupés en brosse et aux pommettes saillantes. Ses yeux noisette pétillaient de joie.
— Anatole. Anatole Lefrère. Mais quelle coïncidence ! répondit Pervenche. (Elle se tourna vers ses petites-filles.) Anatole travaillait comme sommelier au Renard Démasqué quand j’ai ouvert mon agence, expliqua-t-elle. Il a ensuite quitté le restaurant, probablement pour faire une fabuleuse carrière, je suppose ?
Anatole afficha un sourire modeste.
— J’ai servi dans quelques établissements étoilés, admit-il alors que deux taches rouges colorèrent ses joues pâles. Puis, j’ai pris ma retraite l’année dernière.
Il sortit une bouteille de Dom Pérignon d’un seau à glace et l’ouvrit avec l’habilité que donne l’expérience. Le bouchon sauta dans un claquement sec et, d’un geste assuré, il fit danser le champagne dans les coupes.
— Et qu’est-ce que vous faites ici, alors ? demanda Pervenche. Laissez-moi deviner, Anatole. La retraite manquait de piment ?
— Oui, j’ai tellement pris l’habitude de passer mes soirées dans des salles de restaurants, à rencontrer des gens tous plus intéressants les uns que les autres. Et puis, la camaraderie du personnel, ça me manquait. Alors quand le chef de cuisine du Renard Démasqué m’a dit que le Pic d’Argent cherchait un sommelier, j’ai sauté sur l’occasion.
Le serveur se décala pour laisser passer une dame dont l’imposante silhouette exigeait un accès complet à l’allée séparant les rangées de tables. Odile reconnut la passagère qui avait retardé le départ du train. Elle s’installa derrière le trio Bartabot et observa les convives d’un air sévère. Ses cheveux noirs tissés de mèches blanches étaient ramenés en un chignon épais et deux imposants pendants d’oreilles menaient à rude épreuve l’élasticité de ses lobes. Elle posa son regard noir et vide d’expression sur le trio Bartabot, et aussitôt, Pervenche se fendit d’un sourire avenant.
— Souhaitez-vous vous joindre à nous ? offrit-elle. Ça serait dommage de ne pas partager en bonne compagnie le festin qui nous attend.
La femme sembla prise au dépourvu. Pervenche avait parlé si fort que tous les passagers s’étaient tus et attendaient sa réaction. La passagère reprit vite contenance et esquissa un sourire, mais son regard resta glacé.
Alertée par la soudaine générosité de sa grand-mère, dont l’intelligence et la perspicacité étaient inversement proportionnelles à son sens de la courtoisie, Odile avala son champagne de travers. Quelques instants plus tard, les épaules endolories par les vigoureuses claques que ses compagnons de voyage lui avaient assenées dans le dos, la grosse dame prit place à côté d’Odile dans un froufrou de taffetas. Pervenche fit rapidement les présentations, puis attendit que la dame en fasse de même.
— Baronne Delajaretière, dit-elle comme à regret.
— Enchantée, répondit Pervenche. Qu’est-ce qui vous amène au Pic d’Argent ? Vous allez skier ? s’enquit-elle sans une once d’ironie dans la voix.
La baronne laissa échapper un grognement dédaigneux.
— Certainement pas. Je vais juste prendre l’air de la montagne pour une petite semaine. C’est mon médecin traitant qui me l’a recommandé. Il paraît que c’est bon pour l’hypertension et pour le cœur.
— C’est exactement ce que mon docteur m’a dit, dit Pervenche qui n’avait pas mis les pieds dans un cabinet médical depuis dix ans. Et ça ouvre l’appétit aussi.
Pervenche se tourna vers le sommelier.
— Anatole, dites-nous, qu’est-ce qu’ils nous ont préparé en cuisine ce soir ?
Le sommelier se frotta les mains et étira ses lèvres fines en un sourire narquois.
— Vous n’allez pas être déçue. En entrée, le chef nous a cuisiné un velouté de champignons.
Il éclata de rire et Pervenche l’imita. Décontenancées, Odile, Célestine et la baronne les dévisagèrent avec curiosité.
— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? demanda la rombière d’un ton glacial.
Pervenche qui riait encore s’essuya les yeux du coin de sa serviette de table.
— Eh bien, voyez-vous, j’ai rencontré Anatole au Renard Démasqué lors d’une enquête. Le restaurant avait ouvert ses portes un an plus tôt et semblait promis à un avenir brillant, jusqu’au soir où un célèbre critique gastronomique venu évaluer les talents du chef de cuisine est mort empoisonné par une poêlée de champignons.
— Quelle horreur ! s’exclama la grosse dame.
Elle lança un regard soupçonneux sur les assiettes de potage crémeux que le personnel du Pic d’Argent distribuait. Le petit homme rond installé à la table adjacente à la leur reposa son couvert et afficha une mine boudeuse.
— Ne vous inquiétez pas. Cette soupe est aussi inoffensive que délicieuse. Je l’ai moi-même goûtée en cuisine, les rassura un serveur, en fusillant le sommelier du regard.
Anatole haussa les épaules en guise d’excuse.
— D’ailleurs, elle sent drôlement bon, vous ne trouvez pas ? ajouta le serveur.
L’assemblée acquiesça, mais le petit homme afficha une moue sceptique.
—Je ne saurais vous le dire, j’ai perdu l’odorat à la suite d’une grosse grippe il y a de cela quelques années. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir du flair, ajouta-t-il avec un rire satisfait.
Il posa alors sa cuillère et attendit avec méfiance que les passagers avalent les premières cuillères de potage, puis rassuré par l’absence de convulsions foudroyantes, il goûta sa soupe du bout des lèvres.
— On ne peut être trop prudent, dit-il avec un rire gêné, à l’attention de la table de Pervenche.
Odile reconnut le passager qui s’était trompé de wagon plus tôt dans la soirée. Intriguée, elle déclina son identité, puis présenta sa grand-mère, sa sœur et la baronne.
— Jules Navet, dit l’homme au crâne dégarni et à la moustache fournie. Détective privée.
— Vraiment ? demanda la baronne incrédule. Il y a une convention de détectives au Pic D’argent ? se moqua-t-elle.
— Pourquoi cette curieuse question ? s’enquit l’homme en pinçant les lèvres.
La baronne désigna Odile et sa grand-mère d’un geste de la main.
— Ces dames sont aussi détectives privées. Il faut croire que c’est une profession à la mode, ajouta-t-elle avec un petit rire condescendant.
— Quelle étrange coïncidence, dit l’homme en lissant sa moustache.
— En effet, dit la baronne. À croire que n’importe qui peut exercer cette profession…
Navet lâcha un léger claquement de langue.
— C’est une profession qui exige des qualités que peu de gens possèdent.
— Comme quoi, par exemple ?
— La perspicacité pour commencer, répondit Jules Navet.
— Madame Bartabot, qu’en pensez-vous ? s’enquit la baronne avec un sourire amusé.
Pervenche réfléchit un instant.
— Je dirais plutôt l’esprit d’observation, dit-elle enfin. Être toujours aux aguets, remarquer des détails que les autres ignorent.
— Et alors que nous parlons, vous êtes aux aguets ? se moqua-t-elle. Qu’avez-vous remarqué dans ce wagon depuis notre arrivée ?
Pervenche répliqua sans même hésiter :
— Dans ce wagon ? Notre serveur est gaucher, monsieur Navet porte des talonnettes dans ses chaussures et vos doigts, l’index et le majeur, sont soudés : vous portez donc votre alliance à la main gauche.

— Vexée, la baronne enfouit ses mains sous sa serviette de table.
— Je vois, dit-elle enfin. Je suis moi-même assez observatrice. Pourrais-je être détective ?
— Mettons-vous à l’épreuve, ma chère baronne. (Il se tourna vers Pervenche.) Madame Bartabot, racontez-nous donc cette histoire de champignons empoisonnés et voyons qui de nous trouvera le coupable en premier.
La baronne haussa les épaules, mais tourna la tête vers Pervenche, visiblement intriguée. Cette dernière s’essuya la bouche sur sa serviette de table, puis avala une gorgée de Chinon rouge.
— D’accord, dit-elle en se prenant au jeu. Pourquoi pas. Voyons. Par où commencer ?
Elle se cala contre la banquette puis débuta son récit.
— Le Renard Démasqué avait la réputation de ne servir que des produits du terroir à l’époque. Le restaurant était particulièrement connu pour sa carte de champignons sauvages. Les gens venaient de très loin pour goûter des plats à base de spécimens rares. Le gérant s’approvisionnait chez une certaine avec Léotie Micelle, une cueilleuse locale.
— C’est elle qui a fait le coup ? la coupa le détective, la bouche pleine de pain.
Pervenche le toisa par-dessus ses lunettes puis reprit.
— La police a rapidement conclu qu’elle était coupable. Elle leva la main vers Jules Navet pour lui signaler qu’elle ne tolérerait plus d’interruptions intempestives. Elle était sur le point d’être inculpée quand j’ai accepté l’affaire, à la demande du gérant. L’avocat de Léotie lui conseillait de plaider l’homicide involontaire.
Pervenche fit une pause, et Odile prit la parole.
— Elle avait un mobile ? demanda-t-elle.
— Non, elle n’avait absolument aucune raison de saboter sa relation avec le Renard Démasqué. Et personne ne l’accusait de meurtre. On la soupçonnait juste de s’être trompée de champignons. Mais Léotie n’aurait jamais commis cette erreur et a dès le départ soutenu que quelqu’un avait remplacé les chanterelles par une espèce qui leur ressemble, mais qui est toxique.
— Et vous l’avez crue ? demanda le détective avec un petit rire moqueur.
— Oui, rétorqua Pervenche. Léotie m’a expliqué la différence entre les champignons qu’elle avait apportés et ceux qui ont tué le critique gastronomique. Ils se ressemblaient, mais les différences étaient notoires, même pour une amatrice comme moi.
— Qui était présent au restaurant le jour du crime ? intervint la baronne.
— Excellente question, répondit Pervenche. C’est exactement ce que j’ai demandé au gérant quand je suis allée lui rendre visite le lendemain de l’arrestation de Léotie. Le jour du décès du critique, Léotie a fait sa livraison en fin de matinée. C’est le maître d’hôtel, Francis, qui a reçu la commande. Jérôme, le cuisinier est arrivé vers treize heures, la serveuse, Marise, et Anatole, le sommelier, sont arrivés vers dix-sept heures. Le restaurant a accueilli les premiers clients à dix-neuf heures.
— Et le plongeur ? demanda Odile.
— Le plongeur, Florent, est arrivé en retard ce jour-là. Jérôme avait déjà commencé à préparer la fricassée de champignons sauvages pour le critique gastronomique.
— Est-ce qu’il est mort immédiatement ? demanda encore la baronne.
— Non, mais il s’est plaint de douleur au ventre et à la poitrine quelques minutes après avoir fini le plat principal. Les douleurs se sont intensifiées. Le personnel a d’abord cru à un problème cardiaque, après tout, l’homme était en surpoids et avait des antécédents cardiaques. Une ambulance est venue le chercher. Il est mort quelques heures plus tard à l’hôpital. L’autopsie a révélé que la cause de la mort était un empoisonnement causé par des champignons vénéneux. Léotie a été arrêtée au petit matin.
L’arrivée d’un serveur interrompit la conversation. Il débarrassa les assiettes de velouté de champignons, constatant au passage que la baronne et Jules Navet avaient à peine touché la leur.
— Si le maître d’hôtel a reçu la commande de champignons, il aurait très bien pu les échanger, d’autant qu’il était seul avec le gérant dans le restaurant en début d’après-midi, suggéra Jules Navet, en lissant sa moustache touffue.
Pervenche acquiesça silencieusement.
— Mais le cuisinier aurait tout aussi bien pu faire la même chose, quand il était seul en cuisine, contra la baronne.
— Certes, admit Pervenche.
— Et les serveurs auraient pu glisser des champignons toxiques dans la poêlée avant de servir les clients.
— Oui, confirma Pervenche. Cela aurait été un peu plus délicat, mais malgré tout possible.
— Alors, je suppose que tu as interrogé le personnel ? demanda Odile.
— Oui, bien sûr. Je suis arrivée en fin de journée, et le cuisiner, le maître d’hôtel et les deux serveurs étaient en train de manger en cuisine.
— Qu’est-ce qu’ils mangeaient ? demanda Célestine, qui aimait les mystères, mais pas autant que les bons petits plats.
— Oh ! là là, Célestine, je ne me souviens plus, dit Pervenche. Ça fait si longtemps…
— Moi, je me souviens, interrompit Anatole, en enfonçant son tire-bouchon dans le grand cru d’Alsace qui accompagnait la sole meunière.
— Les restes de risotto aux cèpes de la veille, la spécialité de Jérôme.
Il secoua la main.
— Un vrai régal !
Le bruit du bouchon qui s’extirpait de la bouteille accompagna son dernier mot, et Anatole remplit les verres.
— Et donc, tu es allée interroger le personnel ? reprit Odile.
— Oui. J’ai commencé par le cuisinier.
Jules Navet sortit un calepin et retira le capuchon d’un stylo Mont-Blanc rutilant puis se concentra sur les paroles de Pervenche.
— Jérôme travaillait au Renard Démasqué depuis trois mois. Il venait d’un grand restaurant, mais originaire de Soleilcity, il avait voulu se rapprocher de sa mère qui prenait de l’âge. Il m’a tout de suite confié qu’il avait eu une brève liaison avec la serveuse du restaurant, Marise. Marise avait vite pris leur relation au sérieux et avait très mal réagi quand il lui avait expliqué qu’il ne recherchait rien de permanent.
— Très mal réagi, c’est-à-dire ? demanda Odile.
— Elle aurait crevé les pneus de sa voiture.
— Ah oui, quand même, murmura Odile.
La baronne pinça les lèvres.
— C’est pitoyable de s’attacher à quelqu’un qui ne veut pas de vous, cracha-t-elle.
Pervenche hocha la tête. Sur ce plan-là, elles étaient bien d’accord.
— Vous avez interrogé Marise, je suppose ? intervint Jules Navet.
— Oui, la serveuse a admis avoir vandalisé la voiture du cuisinier, mais selon elle, elle était passée à autre chose et voyait quelqu’un depuis plusieurs mois. Elle m’a aussi conseillé au passage de creuser un peu dans le passé de Jérôme. Pour gagner du temps, j’ai demandé au cuisinier ce que j’allais forcément trouver si j’effectuais quelques recherches. Il a vite lâché le morceau.
Pervenche fit une pause pour avaler quelques bouchées de la sole meunière qui refroidissait dans son assiette et les convives l’imitèrent.
— Jérôme m’a avoué qu’il avait été licencié du restaurant où il travaillait avant de prendre la tête de la cuisine du Renard Démasqué, continua Pervenche. Il aurait reçu une critique particulièrement sévère d’un grand gastronome.
— Laissez-moi deviner, exulta la baronne.
Elle posa une main chargée de bagues sur le bras de Pervenche.
— Le même critique que celui qui est mort au Renard Démasqué ?
— Exactement, confirma Pervenche en se dégageant de son emprise.
— C’est donc le cuisinier qui a fait le coup ! s’exclama Jules Navet.
— Pff, cracha la baronne. C’est bien trop flagrant, enfin.
— Mais la police ne s’est rendu compte de rien, ma chère, la contredit le détective, puisqu’elle a arrêté la cueilleuse de champignon.
Il leva son verre à la santé de la baronne et lui adressa un clin d’œil insolent.
— Jérôme m’a fait remarquer qu’il aurait agi de façon beaucoup plus subtile s’il avait vraiment voulu se débarrasser du critique, continua Pervenche. Et puis, Jérôme lui-même a été hospitalisé ce soir-là. Il avait goûté son velouté à plusieurs reprises parce que, selon lui, quelque chose clochait.
— Qui d’autre a goûté ce velouté ? demanda Odile.
— Excellente question, la complimenta sa grand-mère. Anatole, Jérôme, le cuisinier, ainsi que le gérant. Ils ont tous les trois été hospitalisés ce soir-là.
Lèvres pincées, front plissé, Jules Navet consulta ses notes.
— Et la serveuse ? demanda-t-il enfin.
— Elle a refusé, elle surveillait sa ligne.
— Et le maître d’hôtel ?
— Il a refusé aussi. Il était allergique aux champignons.
Une serveuse apparut et emporta les assiettes, puis déposa un plateau de fromages et un panier de pain croustillant sur la table.
— Alors, qui a fait le coup ? demanda Pervenche.
— Le cuisinier et la serveuse ont tous les deux un motif, commença Odile.
— Le maître d’hôtel et Marise ont tous les deux eu accès aux champignons avant le cuisinier, fit remarquer la baronne.
— Un silence pensif tomba sur l’assemblée. Pervenche croisa les bras et les regarda tous un à un.
— La serveuse, dit enfin la baronne.
— Le cuisinier, dit Jules Navet.
— Je ne sais pas, dit Odile.
— Pour être honnête, si le coupable n’avait pas spontanément confessé son crime, je ne sais pas si j’aurais réussi à l’identifier. Célestine, qu’est-ce que tu en penses ? demanda gentiment Pervenche.
Jules Navet esquissa un petit sourire condescendant qu’Odile lui fit ravaler d’un regard meurtrier.
— Moi ? Je ne sais pas qui a fait le coup, répondit Célestine, qui avait insisté pour garder son assiette et qui s’affairait à éponger la sauce au vin blanc à l’aide d’un morceau de baguette. Mais quand on est allergique aux champignons, on ne mange pas de risotto aux cèpes.
Tous les regards convergèrent vers Célestine, qui enfourna tranquillement le bout de pain dans sa bouche.
— Bon sang, Célestine, dit enfin sa grand-mère lorsqu’elle eut retrouvé sa voix. Mais je n’y avais pas pensé. Le maître d’hôtel mangeait effectivement ce risotto aux cèpes le soir où je suis venue interroger le personnel.
— Mais il a refusé de goûter la fricassée de champignons parce qu’il était prétendument allergique, finit Odile.
Elle passa la main autour de l’épaule de sa sœur qui se nicha tout contre elle, le visage rose de plaisir.
— Et le maître d’hôtel a confessé le crime ? demanda Jules Navet visiblement vexé.
— Oui, il n’a pas tenu le coup longtemps. Il transpirait à grosses gouttes pendant l’interrogatoire, il s’est contredit trois fois puis il a fondu en larmes et avoué avoir remplacé les chanterelles par des champignons vénéneux. Il ne voulait tuer personne, selon ses dires, mais simplement discréditer Léotie Micelle et faire embaucher son neveu qui faisait de l’élevage de champignons à Tartanchon.
— Il ne savait pas que ces champignons étaient mortels ?
— Techniquement, ils sont vénéneux, mais pas mortels. Et selon lui, il en avait mis juste quelques-uns dans la fricassée de chanterelles. Malheureusement, le critique souffrait de troubles hépatiques et il en est mort.
— Quelle malchance, commenta la baronne.
— Pour le critique ? demanda Pervenche en levant un sourcil.
— Oui, pour le critique et aussi pour le maître d’hôtel. Il ne voulait tuer personne.
— Dans ce cas-là, on ne fait pas manger des champignons vénéneux aux gens, fit remarquer Célestine avec son bon sens coutumier.
La serveuse arriva sur ces entrefaites et remplaça le plateau de fromages par un assortiment de mignardises qui firent briller les yeux de Célestine comme des étoiles. Pervenche commanda une tisane, Odile un thé et le détective et la baronne optèrent tous les deux pour un cappuccino.
— De toute façon, je ne dors bien que dans mon lit, annonça-t-elle en guide d’explication.
— Pareil pour moi, dit Navet.
Pervenche se tourna alors vers le détective.
— Et vous, mon cher, partagez donc une affaire qui vous a donné du fil à retordre.
— Oh ! là là, laissez-moi réfléchir, dit-il, la moustache pleine de crème fouettée.
Il se lança alors dans un récit complexe mettant en cause un couple en voyage de noces lors d’une croisière en Europe. Une fois le récit conclu, le trio Bartabot prit son congé et regagna ses quartiers. Le personnel de bord en avait profité pour retirer les couvre-lits et regonfler les oreillers. Célestine passa à la salle de bain et troqua sa robe contre son pyjama. Quelques instants plus tard Pervenche et Odile lui souhaitaient une bonne nuit et tiraient le rideau qui séparait la couchette du reste de la cabine.
— J’ai passé une excellente soirée, dit Odile. Mais je me demandais, pourquoi est-ce que tu as invité la baronne à se joindre à nous ?
— Pourquoi pas ? On n’allait tout de même pas la laisser dîner toute seule ? s’indigna Pervenche.
— La Pervenche que je connais depuis ma tendre enfance n’a jamais été particulièrement soucieuse du bien-être des autres, surtout quand il s’agit d’inconnus.
— Oh, tu sais, quand on vieillit, on se radoucit. C’est pénible, d’ailleurs.
Pervenche avait de nouveau déplié La Gazette de Soleilcity. Odile l’observa quelques instants puis alla, elle aussi, se changer. Elle s’était levée aux aurores pour finir un rapport d’enquête et avait hâte de se glisser entre les draps frais de sa couchette et laisser le Pic Express la bercer.
— Bonne nuit, Pervenche, dit-elle en tirant à son tour le rideau.
— Bonne nuit. Je vais lire un peu et je vais me coucher.
Enveloppée du halo doré d’une lampe de lecture, Pervenche replia pensivement son journal et le posa sur la table. Elle resserra les pans de son gilet puis se cala dans l’angle de la banquette et du panneau de bois verni qui habillait les murs. Elle s’absorba dans le paysage nocturne qui défilait silencieusement par la fenêtre. La silhouette décharnée d’arbres nus succédait à celle de hameaux endormis, à peine reconnaissables sous le ciel sans lune. Un tunnel aspira soudain le train, et quand il le recracha quelques instants plus tard, des cristaux de givre se propageaient sur la vitre, signalant qu’ils avaient commencé leur ascension de la montagne.
Pervenche se laissa hypnotiser par les délicates arabesques qui dansaient sur la fenêtre. Au détour d’un virage, le monstre d’acier émit une série de cliquetis métalliques. Bercée par les roulements, elle cligna des paupières et s’endormit.
Un strident coup de sifflet la réveilla brutalement. Le train ralentit puis s’arrêta dans un crissement de freins. Odile émergea d’un bond de sa couchette.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, hagarde et échevelée.
— Je n’en ai aucune idée, répondit Pervenche en posant un châle sur ses épaules. Mais je vais aller voir.

Lire la suite: La Disparue du Lac de Mirondel

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Petits Meurtres et Train Couchettes: Crime au Sommet (1/5)

Posted on March 9, 2025October 24, 2025 by ferncristo

Cette série de cinq nouvelles s’ouvre alors que Pervenche, Odile et Célestine montent à bord du Pic Express, en route pour une semaine à la montagne. Dans ce premier épisode, Pervenche revient sur sa toute première visite à la station du Pic d’Argent et sur l’affaire criminelle qu’elle a résolue avec une telle rapidité et finesse qu’elle s’est vu offrir une invitation à vie dans l’établissement.

Vous pouvez aussi écouter cette nouvelle sur ma chaine YouTube.
Odile Bartabot est la protagoniste de la série Bartabot Investigations, disponible sur Amazon.fr.

Crime au Sommet
L’horloge de l’église adjacente à la gare de Soleilcity sonna six fois. Les vibrations du dernier son de cloche se réverbérèrent longtemps dans la nuit qui enveloppait déjà la ville. Le chef de gare consulta sa montre. Encore sept minutes avant l’arrivée du Pic Express. Il reprit ses cent pas le long du quai. Son uniforme en laine épaisse lui tenait chaud, mais le froid humide du ciment s’infiltrait par la semelle de ses chaussures et il ne sentait plus ses orteils. Il avait hâte de faire embarquer les passagers dans le dernier train de la journée et d’aller retrouver la chaleur de sa cheminée, le moelleux de son fauteuil et le réconfort d’une bonne soupe de poireaux. La lumière jaune des lampadaires révélait une multitude de flocons de neige qui s’accumulaient peu à peu sur les bancs comme une couche de sucre glace sur un gâteau. Quelques instants plus tôt, les passagers avaient quitté le confort du petit café et s’étaient agglutinés les uns contre les autres sur le quai, formant une masse informe qui grandissait au fur et à mesure qu’elle absorbait de nouveaux venus.
Au loin, le sifflement d’un train annonça l’arrivée imminente du Pic Express. Les silhouettes se penchèrent à l’unisson pour guetter son apparition. Le ronronnement du moteur, d’abord imperceptible, s’intensifia jusqu’à en devenir assourdissant. Puis les phares de la machine percèrent la brume et la locomotive émergea brutalement de l’obscurité.
Les passagers s’agrippèrent à leur chapeau que le vent menaçait d’emporter. Le défilé des wagons ralentit peu à peu, puis la locomotive s’immobilisa dans un grand soupir.
Une fois les portes ouvertes, les voyageurs s’empilèrent à la hâte dans le train. Le chef de gare s’assura que tout se déroulait dans l’ordre puis tourna son attention vers les quatre voitures de première classe qui avalaient un à un les passagers tirés à quatre épingles. Sa mère lui disait souvent que l’argent ne faisait pas le bonheur et les visages renfrognés de cette cohorte de privilégiés corroboraient cette opinion. Traits pincés et expressions condescendantes, ces gens ne manquaient de rien, sauf de bonne humeur, songea-t-il avec un haussement d’épaules. Comme pour lui donner tort, un éclat de rire s’échappa d’un groupe à la traîne. Une jeune fille emmitouflée dans un épais manteau était en proie à un fou rire où Jules décela la joie, l’excitation, mais aussi la nervosité. Il n’aurait pas su lui donner d’âge. Ses yeux légèrement bridés, son nez quelque peu aplati et sa petite taille lui révélèrent sa trisomie. Elle était accompagnée d’une grande dame mince d’une soixantaine d’années et d’une femme qui devait avoir la trentaine. Le chef de gare pressa le pas pour les rejoindre.
— Vous allez louper votre train, mesdemoiselles Bartabot, si vous ne vous dépêchez pas un peu, dit-il avec un sourire avenant.
— C’est la faute de ma sœur, dit la jeune femme. Célestine a tenu à finir son chocolat chaud, le mien et celui de notre grand-mère.
— Vous aimez le chocolat, mademoiselle ? dit-il en s’adressant à la jeune fille emmitouflée.
— Oui, admit-elle en rougissant.
— Dans ce cas, toutes mes excuses. Je suis moi aussi un grand amateur de chocolat, dit-il d’un ton jovial.
Il aida Célestine à se hisser sur la plateforme, déposa leurs bagages à l’entrée du wagon puis referma la porte. Il plissa les yeux pour discerner le petit groupe par la fenêtre embuée. Je suis moi aussi un grand amateur de chocolat, murmura-t-il. Quelle andouille, il n’aurait pas pu trouver quelque chose de plus intelligent à dire à la fameuse Pervenche Bartabot ? 


— Je peux voir votre billet ? demanda poliment une femme en uniforme. Ses cheveux bruns étaient rassemblés en un chignon serré à la base de sa nuque, suffisamment bas pour ne pas entraver la casquette réglementaire des employés de la compagnie. Elle posa un bref regard sur les vêtements et les bagages modestes du petit groupe.
— Mais bien sûr, répondit Pervenche en sortant sa réservation de son sac.
— Alors, vous êtes dans le wagon 2. Ça va vous plaire, enfin j’espère. C’est celui que je préfère. D’un geste ferme, la cheffe de wagon souleva leurs deux valises, révélant une force étonnante derrière sa silhouette fine, puis les conduisit jusqu’à leurs quartiers.
— Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout, n’hésitez pas. Je m’appelle Nadine.
Quelques instants plus tard, Odile Bartabot refermait la porte coulissante derrière elle et entreprit de libérer Célestine des multiples couches de vêtements sous lesquels leur mère l’avait cachée. Une fois les manteaux et les bagages rangés, Odile tourna son attention vers la cabine.
— Waouh ! Pervenche ! Tu as gagné au loto ? dit-elle après quelques secondes.
Mais plongée dans la gazette de Soleilcity, sa grand-mère leva le doigt pour la faire taire. Vexée, Odile s’assit sur la banquette et ouvrit le rideau pour observer le quai de gare désert. Le reflet imprécis de son visage dans la vitre effaçait la cicatrice qui marquait son profil droit. Elle eut l’impression d’avoir voyagé dans le temps, avant l’accident qui lui avait fait quitter la police. Elle sentit le regard de sa grand-mère posé sur sa nuque et se retourna. Pervenche replia le journal d’un air pensif et le rangea dans son sac.
— Non, je n’ai pas gagné au loto. Enfin, pas littéralement. Disons que le président du groupe Pic Voyages me devait une faveur que je n’ai jamais encaissée.
Odile esquissa une petite moue.
— Une faveur ? Quel genre de faveur ?
— Une semaine dans sa station de ski une fois par an, tous frais payés. Comme je n’ai que très peu profité de cet arrangement par le passé, Romuald Claret m’a offert d’inviter deux personnes de mon choix cette année.
Odile caressa du regard les spots encastrés qui baignaient la suite d’une lumière ambrée. Deux banquettes en velours vert se faisaient face, séparées par une table en bois blond. Le sol était couvert d’une épaisse moquette ocre. Les couchettes superposées se trouvaient au fond de la cabine.
— Et qu’est-ce que tu as fait pour mériter ce traitement de luxe ? demanda Odile.
— J’ai sauvé Romuald d’une faillite certaine, répondit Pervenche d’un ton distrait.
— Et… commença Odile.
La porte s’ouvrit brutalement sur un petit homme rond au teint rubicond et aux cheveux blonds, coiffés de sorte à dissimuler une calvitie avancée.
— Ah, mon Dieu, dit-il, indigné. Vous êtes dans ma suite !
Pervenche leva un sourcil, mais ne bougea pas de sa banquette. Odile s’empara de la réservation qu’il lui tendait.
— Je crois que vous vous trompez, monsieur, dit-elle enfin. Vous êtes ici dans le wagon 2, et vous avez réservé le wagon 3.
— Vous êtes sûre, madame ?
Odile l’accompagna dans le couloir et indiqua du doigt le chiffre doré qui marquait la suite adjacente.
— Oh, je vois. J’avais pourtant demandé la cabine 3, dit-il à regret. Je m’excuse de vous avoir dérangées.
Odile referma la porte avec un sourire poli.
— Où en étions-nous ? demanda-t-elle.
— La faveur de Romuald, expliqua Célestine. On se met tout de suite en pyjama ? suggéra-t-elle. On sera plus à l’aise, non ?
Célestine adorait les pyjamas. Elle en avait tout une collection, de préférence des pyjamas moelleux et qui tenaient chaud, même si le wagon était bien chauffé, à en juger par la condensation qui couvrait les vitres.
— Oui, vas-y, Célestine ! Mets-toi à l’aise. On peut manger ici, non ? demanda Odile qui n’avait pas particulièrement envie de se frotter à la haute bourgeoisie soleilcitoise.
— Oui, bien sûr, répondit sa grand-mère. On sera aussi bien.
Célestine disparut derrière la tenture qui séparait les couchettes de la cabine principale. Quelques instants plus tard, elle était de retour, vêtue d’un ensemble en pilou bleu marine, orné d’un croissant de lune jaune.
Odile se tourna vers sa grand-mère.
— Alors, ce Romuald, comment est-ce que tu lui as sauvé la mise ? Tu nous racontes ?
Odile se cala dans la banquette et étala une couverture sur ses jambes et celle de sa sœur. Pervenche, quant à elle, ferma les rideaux puis enveloppa ses épaules d’un châle en laine fine et prit place sur le sofa opposé.
— Ça remonte, cette histoire.
— Ça remonte au début de ta carrière ? demanda Odile.
— Non, c’était après le départ de Gaspard. On venait de s’installer dans les locaux de la Main dans le Sac. J’avais résolu une belle affaire et on avait décidé d’aller passer un week-end à la montagne avec Jean-Gabriel.
— Et vous êtes allés à la station du Pic d’Argent ?
— Voilà. C’est Jean-Gabriel qui a insisté pour qu’on s’y rende.
— Sans sa femme, je suppose ?
Pervenche baissa la tête pour toiser sa petite-fille par-dessus ses lunettes.
— Sans sa femme, effectivement, confirma-t-elle lentement. Il connaissait l’investisseur qui venait d’ouvrir le Pic d’Argent. L’hôtel était alors tout neuf, et pour être honnête, le personnel n’avait pas encore pris ses marques. Il n’y avait pas de savon dans les salles de bain, notre lit n’avait qu’un oreiller, la réception n’a jamais répondu à nos appels parce qu’il y avait un problème avec la ligne téléphonique. Maintenant que j’y pense, j’aurais dû trouver cela suspect, mais nous étions, comme le reste des résidents, des invités d’honneur, donc quand on ne paie pas, on ne se plaint pas non plus.
— Donc, c’était plutôt un test ? Pour roder la machine ?
— Voilà, acquiesça Pervenche. J’ai d’ailleurs hâte de voir où ils en sont. Romuald a ouvert deux autres établissements depuis, donc je suppose que cela a bien marché, son affaire. Quoi qu’il en soit, nous étions à l’hôtel depuis deux jours quand un cri m’a alertée. J’étais remontée dans ma chambre en fin d’après-midi pour aller chercher un gilet. Il faisait un froid de canard dans le restaurant et il neigeait sans interruption depuis notre arrivée. Je me suis précipitée dans le couloir. Là, planté sur le seuil d’une suite située à l’autre bout du couloir, se tenait un des hommes de l’équipe de maintenance, les mains dégoulinantes de sang. Il fixait l’intérieur de la chambre, livide.
— Eh bien justement, interrompit Odile, il fait un peu frais ici aussi, non ? J’aimerais bien une tasse de thé, dit-elle en levant les sourcils à l’attention de sa grand-mère.
— Oh oui, je vois. Célestine, tu pourrais demander à notre cheffe de wagon de nous apporter un en-cas ?
— Tu ne veux pas que j’entende la suite de l’histoire, maugréa Célestine. Je ne suis pas bête.
— Et demande-lui un assortiment de petits gâteaux, ajouta Pervenche.
— Bon, d’accord, s’inclina Célestine, sa gourmandise légendaire prenant le dessus sur sa curiosité.
— Et je suppose qu’il y avait un cadavre dans la chambre ? avança Odile, une fois sa sœur partie.
— Oui. Un bien triste spectacle. Une femme gisait au sol, le profil complètement emporté par un coup violent, visiblement asséné par l’extincteur posé à côté d’elle.
— C’est le réparateur qui l’avait tuée ?
Pervenche secoua la tête en signe de dénégation.
— Jean-Gabriel était convaincu qu’il avait fait le coup, mais ce n’était pas le cas. La découverte de la victime avait tellement choqué ce pauvre homme qu’il en avait brisé l’ampoule qu’il tenait dans les mains. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait là, il a bredouillé que madame Claret l’avait appelé pour réparer une lampe qui ne fonctionnait pas. Selon lui, la porte était entrouverte et c’est comme ça qu’il avait découvert le cadavre.
— Donc Valérie est morte d’un coup d’extincteur qui a probablement causé une fracture fatale. Ça ressemble à un crime non prémédité. Le meurtrier a utilisé ce qu’il avait sous la main.
Pervenche fronça les sourcils.
— Ou du moins, c’est ce qu’il a voulu faire croire, se corrigea Odile.
Sa grand-mère hocha la tête puis reprit son récit.
— J’ai dit à Ernest, l’homme en question, de ne rien toucher, et surtout pas la victime, et d’appeler la police. Mais je me suis alors souvenue que le téléphone ne fonctionnait pas.
— Quelle situation classique, commenta Odile avec envie.
Pervenche acquiesça avant de continuer :
— En dépit du visage abîmé de la victime, j’ai tout de suite reconnu Valérie, la femme de Romuald Claret, notre hôte. J’ai demandé à Jean-Gabriel d’aller chercher Romuald. Il s’est effondré en découvrant le corps de sa femme, le pauvre. Elle ne l’aimait pas, mais lui l’aimait pour deux. J’ai ensuite demandé à Jean-Gabriel d’accompagner Romuald dans notre chambre et j’en ai profité pour examiner rapidement la pièce. Une chambre d’hôtel de luxe classique. La porte d’entrée menait sur un salon privé, une porte s’ouvrait sur une chambre décorée d’épaisses tentures, et meublée d’un lit de deux personnes flanqué de deux tables de nuit. Il y avait une salle de bain attachée à la chambre. Et bien sûr, il y avait des miroirs partout. Les riches aiment s’admirer.
La porte s’ouvrit et Célestine réapparut. Elle se frottait les mains d’excitation.
— Nadine, elle va nous apporter un plateau avec des petits gâteaux, du thé et du chocolat. Elle m’a dit que le train allait partir un peu en retard. On attend un passager.
— Je vois que toi aussi, tu enquêtes, la taquina Pervenche.
Célestine rougit de plaisir. Elle aimait son travail au rayon fruits et légumes d’une épicerie fine de la ville, mais aurait préféré être détective privée, comme sa sœur et sa grand-mère. Elle reprit sa place sous la couverture et tendit l’oreille.
— Je suis donc allée interroger le personnel et j’ai rapidement découvert que Romuald et Valérie étaient au beau milieu d’un divorce très contentieux. Sa femme voulait le quitter, mais ils avaient un contrat de mariage. Valérie n’avait droit à rien du tout. Et Romuald était toujours très amoureux de sa femme.
— Donc Romuald l’aurait tuée parce qu’elle voulait partir ? interrompit Odile, sceptique
— Selon la femme de chambre, expliqua Pervenche, Romuald aurait à plusieurs reprises menacé de tuer Valérie si elle partait.
— Donc tout porte à croire que Romuald était coupable. Il aurait perdu le contrôle de ses émotions ?
— Oui, c’est ce que je me suis dit, un moment de folie. Sa femme était capable de le mettre hors de lui. Ce n’est bien sûr pas une excuse. Les hommes nous mettent régulièrement en colère et nous ne les assassinons pas pour autant. Mais le personnel m’a confié que leurs disputes étaient si violentes que la police avait dû intervenir plusieurs fois.
— Il n’y a pas de fumée sans feu, je suppose, dit Odile qui ne semblait pas convaincue. Après tout, vingt ans plus tard, Romuald dirigeait toujours l’hôtel et en avait même ajouté deux autres.
— Est-ce qu’il manquait quelque chose dans sa chambre ? demanda-t-elle.
— Que oui ! Le coffre-fort était ouvert et avait été vidé de son contenu.
— De l’argent ?
— Des bijoux, la corrigea sa grand-mère. Romuald avait prévu un dîner en grande pompe pour inaugurer la station de ski, et il avait offert une parure en diamants à sa femme.
— Intéressant, dit simplement Odile, intriguée.
— La parure se composait d’un collier, d’une paire de boucles d’oreilles et d’un bracelet. Le collier et le bracelet avaient disparu, mais j’ai retrouvé les pendants d’oreilles dans la table de nuit de Romuald, dans sa suite au dernier étage de l’hôtel.
— Il t’a laissé fouiller sa suite ?
— Je ne lui ai pas demandé la permission.
— Donc, Romuald et sa femme faisaient chambre à part ?
— Oh oui, dit Pervenche avec un petit rire. L’animosité était palpable quand ils étaient dans la même pièce.
— Qu’a dit Romuald quand tu l’as confronté ?
— Il a bien sûr juré son innocence. Il n’avait aucune idée de la façon dont les boucles d’oreilles s’étaient retrouvées dans sa chambre. Bref, tu connais la chanson. Et puis, la police est arrivée sur ces entrefaites et Romuald se voyait déjà ruiné et en prison pour le restant de ses jours. L’inspecteur chargé de l’affaire a fait une enquête sérieuse, mais tout portait à croire que Romuald était coupable, et son avocat lui conseillait de plaider le crime passionnel.
— C’est à ce moment-là que j’ai fait remarquer à l’inspecteur que les lampes de la suite de Valérie fonctionnaient toutes parfaitement.
Odile fronça les sourcils.
Pourquoi Valérie a -t-elle appelé la maintenance, alors ?
Exactement.
Et ce que j’ai trouvé encore plus étrange, c’est qu’Ernest avait la charge de la télécommunication, pas de réparations.
Donc il aurait pu couper les lignes téléphoniques, dit soudain Célestine avec cette perspicacité qu’elle manifestait parfois.
Mais ce n’est pas tout, continua Pervenche. En examinant le corps, j’ai remarqué que Valérie Claret semblait s’être habillée dans l’urgence. Son chemisier en particulier était mal boutonné. Ce n’était pas son genre, Valérie était toujours vêtue de façon impeccable.
Odile se mordit la lèvre inférieure, mais ne dit rien. Cette affaire aux abords simples s’avérait de plus en plus complexe.
Un léger frappement interrompit le récit de Pervenche.
— Entrez, dit Odile.
La cheffe de wagon pénétra dans la suite, chargée d’un lourd plateau couvert de friandises et de boissons chaudes.
— Nous avons du retard ? s’enquit Pervenche.
— Oui, répondit Nadine en versant l’eau bouillante sur les sachets de thé. Nous attendons une passagère d’importance.
— Suffisamment importante pour retarder tout un train ?
— Apparemment, oui, dit la femme en haussant les épaules, habituée aux caprices des passagers du Pic Express.
Elle servit le chocolat de Célestine, déposa une cuillère de crème fouettée sur la tasse puis s’effaça discrètement.
— Continue, Pervenche, dit Célestine en empilant des biscuits sur son assiette.
— J’ai d’abord interrogé Romuald. Quand je lui ai demandé quand il avait vu les boucles d’oreille pour la dernière fois, il a répondu la veille au dîner. Ils avaient reçu un groupe d’investisseurs et Valérie portait la parure complète. Valérie était férue de bijoux et l’aurait portée du matin au soir.
Pervenche fit une pause pour avaler une gorgée de thé et croquer dans une madeleine.
— Le problème, ajouta Pervenche, c’est que les oreilles de la victime n’étaient pas percées.
Odile ouvrit la bouche puis la referma.
Qu’est-ce que tu as fait, alors ? demanda Célestine.
Eh bien, j’ai réuni tout le monde dans la salle de repos des employés de l’hôtel. Romuald lui-même, Ernest, les employés assignés à l’étage de Valérie. Je voulais faire le point, savoir où chaque personne se trouvait au moment du meurtre. Honnêtement, je pataugeais complètement. Et c’est à ce moment-là que j’ai découvert que l’employée du mois était une certaine Rose Lafrance.
— Moi aussi je suis employée du mois, rayonna alors Célestine.
— Et je parie que ta photo est affichée en salle de pause ? demanda Pervenche.
— Oui, confirma Célestine.
— Eh bien, la photo de Rose Lafrance était aussi accrochée au mur. Rose était responsable de la présentation des espaces communs de l’hôtel : fleurs fraîches, coussins impeccablement disposés, rideaux tirés avec soin… Un rôle qui la tenait éloignée des clients. J’ai demandé à Romuald de la convoquer immédiatement tout en sachant qu’il ne la trouverait pas.
— Et pourquoi ? s’enquit Odile.
— Eh bien, vois-tu, Rose présentait une ressemblance remarquable avec Valérie. Tu vois où je veux en venir ?
Odile se fendit d’un sourire triomphant.
— Et je parie que cette fameuse femme de chambre avait les oreilles percées, elle ?
— Oui, confirma sa grand-mère.
Je ne comprends pas, dit Célestine avec une petite moue.
Valérie a simplement profité de sa ressemblance avec Rose. Elle l’a fait appeler dans sa chambre sous un prétexte quelconque, l’a tuée d’un coup d’extincteur, puis l’a rapidement habillée pour la faire passer pour elle. Elle a pris le collier, mais a déposé les boucles d’oreilles dans la table de nuit de son mari pour l’incriminer.
— Mais pourquoi l’incriminer au lieu de voler les boucles d’oreilles avec le reste de la parure ?
Pervenche haussa les épaules.
— C’est ce que j’ai demandé à Valérie.
— Ils l’ont retrouvée ?
— Non seulement ils l’ont retrouvée, mais ils lui ont aussi sauvé la vie. Elle s’était enfuie quand j’ai convoqué l’assemblée. Sa voiture s’était enlisée dans la neige. Elle n’aurait pas survécu.
— Et qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Qu’elle voulait absolument se venger de Romuald. Elle souhaitait le quitter, mais était furieuse qu’il ne lui ait pas cédé la moitié de sa fortune. Alors elle s’est vengée en le faisant accuser de son meurtre. La vente de la parure lui aurait apporté une sacrée somme, mais son esprit de vengeance l’a trahie.
— C’est assez bien planifié, mais la police n’aurait-elle pas découvert le subterfuge au moment de l’autopsie ?
— Non, expliqua Pervenche. Romuald avait identifié le corps de sa femme, donc l’inspecteur n’avait aucune raison de soupçonner quoi que ce soit.
— Et Ernest, dans tout ça ?
— Ernest était juste un pion. Valérie a appelé la maintenance et exigé qu’on vienne réparer cette fameuse lampe. Elle voulait causer une commotion et en profiter pour s’enfuir. Il se trouve que le seul employé disponible à ce moment-là était ce pauvre Ernest. La coupure de téléphone était simplement due à la tempête de neige qui paralysait la station de ski.
Un nouveau coup frappé à la porte interrompit leur conversation. Nadine passa la tête dans l’entrebâillement.
— Le passager manquant est à bord, nous partons dans quelques minutes, leur annonça-t-elle avec un sourire éclatant.
— Excusez-moi, dit la voix impérieuse d’une rombière toute vêtue de noir.
La cheffe de wagon se glissa dans la cabine pour faire de la place à la passagère puis s’effaça.
— Après réflexion, nous irons dîner dans la voiture-restaurant, dit soudain Pervenche.
— Je croyais que tu voulais manger ici ? s’étonna Odile.
— Ce serait dommage de manquer cela, après tout, ça fait partie de l’expérience…
Un strident coup de sifflet couvrit ses mots.
— En voiture ! cria le chef de gare de sa voix de baryton.
Le Pic Express se mit en branle. Célestine alla ouvrir le rideau et essuya de sa manche la buée de la fenêtre. Elle regarda défiler le petit café de la gare, les bâtiments qui bordaient le quai, puis le train accéléra et s’enfonça dans la brume.
— Bon, je vais mettre ma robe noire à paillettes pour aller manger, alors ? annonça-t-elle.
— Oui, pourquoi pas ? répondit Odile. Je suis sûre que tout le monde sera sur son trente-et-un.
Célestine ouvrit sa valise, à la recherche de sa tenue de soirée.
— Mets un petit gilet au cas où, lui conseilla sa grand-mère, en ignorant le regard inquisiteur d’Odile.  

Lire la suite: Spores Suspectes

Retrouvez les enquêtes d’Odile Bartabot sur Amazon.fr.

Sortie du troisième Tome des Enquêtes d’Odile Bartabot

Posted on March 8, 2025July 13, 2025 by ferncristo

Et “just like that”, comme dirait Carrie Bradshaw, le troisième tome des Enquêtes d’Odile Bartabot sort ce mois-ci sur Amazon.

Sortie prévue fin mars 2025

Meurtre à L’Emporium des Curiosités sortira en fin de mois. Il est actuellement entre les mains expertes du Scriptorium pour la correction et la mise en page finale.

Cette fois, l’intrigue se déroule au début du printemps et introduit une nouvelle galerie de personnages hauts en couleur, que vous retrouverez dans les prochaines aventures d’Odile.

Le ton est peut-être un peu plus sombre que dans les deux premiers volumes, puisque l’histoire se déroule dans un salon de taxidermie dirigé par une propriétaire excentrique au passé mystérieux. Je vous explique ce qui m’a inspirée à choisir ce cadre.

Ma source d’inspiration: une boutique de curiosité à Denver

Étagères décorées de plantes vertes, de crânes d’animaux et de terrariums au magasin The Terrorium Shop, ambiance cabinet de curiosités.

Au printemps dernier, je suis tombée par hasard sur une boutique de taxidermie située dans le quartier des Highlands, à Denver (soit dit en passant, c’est là que se déroule C’est là que tu te sens chez toi, mon premier roman).

La boutique s’appelle Le Terrorium, un jeu de mots combinant “terrarium” et “terror” en anglais. Si vous imaginez une échoppe sombre, poussiéreuse et macabre, détrompez-vous. Imaginez plutôt un lieu rempli de plantes vertes, de livres, de bijoux, et bien sûr, d’insectes et d’animaux naturalisés ou préservés dans du formol. Macabre, peut-être, mais ni sombre ni déprimant.

Attention: pas de cruauté, pas de traffic animalier

Pour les amoureux des animaux, sachez que cette boutique ne travaille qu’avec des spécimens déjà morts. Voici une traduction approximative de leur code de conduite :

Nos spécimens osseux sont collectés post-mortem. Parmi nos sources figurent des os récupérés lors de randonnées ou auprès de collectionneurs locaux, des spécimens issus de la faune percutée sur la route, des animaux pris en charge par les services de contrôle de la faune dans le cadre de la gestion de la biodiversité, des dons d’animaux de compagnie, des sous-produits d’autres industries, des boutiques locales spécialisées en reptiles, ainsi que des animaux morts de cause naturelle provenant d’éleveurs et de petites fermes familiales. Nous ne proposons ni espèces en danger, ni celles protégées par le Migratory Bird Treaty Act (Convention sur les oiseaux migrateurs).

Cette boutique m’a immédiatement fascinée – d’ailleurs, je la suis sur Instagram. J’ai pris quelques photos, puis une fois rentrée chez moi, je me suis mise à écrire.

A quoi s’attendre dans ce nouveau tome?

J’espère que ce troisième tome des Enquêtes d’Odile vous surprendra ! Vous remarquerez peut-être qu’il est un peu plus long que les précédents. Disons que j’ai semé pas mal de graines dans les premiers tomes, il était temps de les faire germer.

Vous retrouverez Louisette, mère célibataire pleine de courage, Célestine, une jeune fille trisomique qui ne laisse pas son handicap l’empêcher de mener une vie épanouie, et bien sûr Pervenche, qui continue d’enquêter malgré sa retraite. J’ai aussi introduit un personnage en fauteuil roulant dans ce volume.

Vous l’aurez deviné, la représentation des minorités est un sujet qui me tient à cœur. Nous sommes tous membres égaux de la société et nous avons tous le droit de nous retrouver dans les romans. Trop souvent, lorsqu’un personnage handicapé apparaît dans un livre, son handicap devient le sujet central du récit. Je voulais éviter ce schéma. Les habitants de Soleilcity sont humains, divers, et leur unicité ne définit pas l’histoire, mais l’enrichit.

Bref, j’espère que vous prendrez plaisir à lire ce troisième volume, que j’ai mis neuf mois à écrire. Prenez votre temps, savourez l’histoire, et dites-moi ce que vous en pensez en me laissant une petite revue sur Amazon.

Couverture du livre “Meurtre à l’Emporium des Curiosités” de Fern Cristo, cosy mystery de la série Bartabot Investigations, illustrant un terrarium mystérieux entouré de plantes, disponible sur Amazon Kindle.

Bienvenue en Laponie (Crime et Boules de Neige) de Garance Pommeroy: Chronique

Posted on February 16, 2024July 19, 2025 by ferncristo

Bienvenue en Laponie nous transporte dans un petit village enneigé au cœur de la Laponie. Le propriétaire d’une scierie est retrouvé assassiné. Très vite, la meilleure amie de Camille est accusée du meurtre. Bien décidée à prouver son innocence, Camille se lance dans l’enquête. Sans grande surprise, elle parvient à innocenter son amie.

C’est une enquête policière simple et sans prétention. Une histoire parfaite à savourer au coin du feu un après-midi d’hiver, avec une tasse de thé. On y retrouve tous les ingrédients d’un bon cosy mystery. Une galerie de personnages attachants et variés, un cadre charmant où la neige s’invite comme un personnage à part entière, et des intérieurs chaleureux qui donnent envie de se lover sous un plaid. L’intrigue avance à un rythme soutenu, maintenant l’intérêt du lecteur jusqu’au dénouement.

Les points positifs de Bienvenue en Laponie

Ce qui m’a particulièrement séduite, c’est l’atmosphère nordique qui se dégage de ce roman. Les paysages de Laponie y sont décrits avec une telle poésie qu’on a l’impression de sentir la morsure du froid sur les joues, d’entendre les clochettes des traîneaux à chiens et d’apercevoir les aurores boréales danser dans le ciel. L’auteure prend aussi le temps d’évoquer les coutumes locales et la culture des peuples natifs, ce qui enrichit l’histoire et lui donne une profondeur inattendue.

Les petits bémols

J’aurais aimé que certains aspects soient davantage développés. Notamment la relation entre Camille et ses parents semble avoir un potentiel émotionnel fort mais reste un peu en surface. De même, le moment où l’on découvre le coupable manque légèrement de suspense et aurait gagné à être plus percutant pour créer un effet de surprise.

En résumé

Bienvenue en Laponie est une lecture douce et agréable, idéale pour les amateurs de cosy mysteries qui veulent s’évader dans un décor hivernal. Ce roman offre un joli moment de dépaysement et donne envie de se blottir bien au chaud pour tourner les pages.

C’est ma troisième chronique ce mois-ci, sur mon thème de janvier/février dédié à l’hiver. Retrouvez tout mon contenu sur ce thème sous #pagesgelées sur Instagram.

Coup de Foudre au Chalet de Ava Król (Romance)

Mon Hiver Cosy de Caroline Millet (Arts et Métiers)

Enterrez-vos Morts de Louise Penny (Polar)

Enterrez vos Morts de Louise Penny: Chronique

Posted on January 13, 2024July 20, 2025 by ferncristo

Résumé d’Enterrez vos Morts de Louise Penny

Enterrez Vos Morts (2010) de Louise Penny est le sixième volume des enquêtes de l’inspecteur Gamache. C’est mon préféré pour l’instant. Le roman s’ouvre sur la visite de Gamache chez un ami à Québec City. Il tente de se remettre physiquement et émotionnellement d’une affaire policière qui a mal tourné. Sur place, il se retrouve à enquêter sur l’assassinat d’un archéologue amateur. Celui-ci cherchait la tombe de Samuel Champlain. Pendant ce temps, Gamache envoie l’agent Beauvoir dans son village bien-aimé des Trois Pins pour rouvrir une autre enquête.

Louise Penny développe chaque intrigue d’une main de maître, distribuant au cours de l’histoire des éléments de cette affaire qui a coûté la vie de plusieurs agents et failli tuer Gamache et Beauvoir.

Ma chronique d’Enterrez vos Morts

On ouvre un Louise Penny comme on enfile son pull préféré. Les personnages sont complexes, et en sautant d’une intrigue à l’autre, l’autrice vous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Plus qu’un simple polar, l’histoire vous force à réfléchir sur la nature humaine dans ses aspects les plus beaux, les plus laids et les plus contradictoires. L’intrigue principale se déroule dans la ville historique de Québec City, et si vous êtes comme moi, vous abandonnerez peut-être votre lecture, le temps de regarder le prix d’un billet d’avion.

L’hiver est la toile de fond préférée de Louise Penny et un élément clé de ses romans. Elle aime juxtaposer la violence et la beauté des hivers québécois avec de grands feux de cheminée, des auberges chaleureuses, des boissons chaudes et des amitiés profondes.

“L’intérieur de l’auberge était confortable et bien chauffé, et le vent et la neige qui se précipitaient contre les fenêtres ne faisaient qu’augmenter leur sentiment de sécurité. Des feux étaient allumés dans les foyers. Dehors, le vent battait l’extérieur du bâtiment robuste, sans le faire vaciller d’un pouce.” (Ma traduction)

Si vous cherchez un polar à lire au coin du poêle un soir de tempête, allez chercher celui-ci chez votre libraire, vous ne le regretterez pas. 

Thèmes : la culpabilité, la tombe de Champlain, le nationalisme Québecois, l’amitié et l’appartenance

#louisepenny #pagesgelées #chroniquelittéraire

Si vous êtes à la recherche de livre qui on pour thème l’hiver, voici ma selection 2024:

Bienvenue en Laponie (Crime et Boules de Neige) de Garance Pommeroy (Cosy Msytery)

L’Ours et le Rossignol de Katherine Arden

Mon Hiver Cosy de Caroline Millet (Arts et Métiers)

Coup de Foudre au Chalet d’Ava Król (Romance)

Nature Morte de Louise Penny

Nature Morte de Louise Penny: Chronique

Posted on September 4, 2023June 25, 2025 by ferncristo

Nature Morte de Louise Penny est un thriller captivant qui plonge les lecteurs dans le monde pittoresque de Three Pines (Les 3 Pins), un village fictif situé près de Montréal, au Québec. C’est le premier volet de la série de l’inspecteur-chef Armand Gamache. Louise Penny vient de publier le volume 18.

Le roman débute avec le meurtre de Jane Neal, une figure emblématique de ce village où tout le monde se connait. 

L’inspecteur-chef Armand Gamache, un homme plein de sagesse et très dévoué à sa tâche, se charge de l’enquête. 

Au fil de l’enquête, on découvre et l’on s’attache très vite aux habitants de ce village pittoresque: un couple d’artistes, une poète sexagénaire, le couple qui tient le Bed and Breakfast, et la propriétaire de la librairie. 

L’intrigue est magistrale tissée, et embarque les lecteurs dans un voyage littéraire parfaitement rythmé et rempli de rebondissements inattendus. 

Sous ses abords de cozy mystery, le livre se distingue par des personnages secondaires complexes et bien développés, ce qui permet à l’autrice d’explorer le thème de l’art, de la communauté et des masques que les gens portent pour cacher leur vraie nature. 

Nature Morte est le premier tome d’une série très acclamée et je suis déjà en train de lire le deuxième. Je vous en reparle très vite. 

Un appartement à Paris de Guillaume Musso

Un Appartement à Paris, Thriller de Guillaume Musso: Chronique

Posted on August 15, 2023June 25, 2025 by ferncristo

L’histoire commence avec la rencontre entre Madeline, une ex-flic en pleine crise existentielle, et Gaspard, un dramaturge désabusé. Ils décident d’unir leurs efforts pour retrouver les peintures disparues d’un peintre célèbre, récemment décédé.

Après un début un peu long à mon goût , les rebondissements inattendus et les révélations surprenantes maintiennent l’intérêt du lecteur tout au long de l’intrigue. Le dénouement m’a coupé le souffle.

Le roman explore aussi des thèmes profonds tels que la mémoire, le temps qui passe et la rédemption. Les personnages évoluent tout au long de l’histoire, révélant leurs propres blessures et désirs cachés.

J’ai bien aimé ce roman, mais il ne me laissera pas un souvenir indélébile. C’est mon deuxième Musso, et comme dans le premier, j’ai du mal à m’attacher aux personnages, je trouve que les personnages secondaires ne sont pas assez développés, et enfin, je trouve l’écriture un peu mécanique.
Cela dit, je ne vais pas faire la difficile, c’est un excellent roman! Lisez-le si vous aimez les thrillers, vous passerez un bon moment!

La vie secrète des écrivains' de Guillaume Musso tenue devant un bouquet de fleurs rouges

La Vie Secrète des Écrivains, Guillaume Musso: Chronique.

Posted on May 6, 2023July 28, 2025 by ferncristo

L’histoire

La Vie Secrète des Écrivains suit un jeune auteur en quête de légitimité, qui se rend sur l’île fictive de Beaumont dans l’espoir de convaincre un célèbre écrivain retiré du monde, Nathan Fawles, de lire et commenter son manuscrit. Ce dernier accepte, à une condition : que le jeune homme l’aide à enquêter sur une mystérieuse journaliste qui semble déterminée à percer ses secrets.

L’île de Beaumont, bien que fictive, évoque l’atmosphère des îles d’Hyères, avec ses criques isolées, ses falaises escarpées et son sentiment d’isolement propice aux confidences comme aux drames. Ce décor insulaire, à la fois magnifique et oppressant, joue un rôle essentiel dans l’intrigue, ajoutant à la tension qui monte au fil des pages.

Entre jeux de dupes, réflexion sur la création littéraire et secrets bien gardés, Musso brouille les pistes… jusqu’à un basculement inattendu dans le registre du thriller.

Ce que j’aimé aimé dans La Vie Secrète des Écrivains

Le livre m’a fait voyager sur l’île fictive de Beaumont. J’ai beaucoup aimé les descriptions des paysages et la camaraderie entre les habitants.
Les personnages principaux sont variés et chacun apporte quelque chose à l’histoire. Je les ai tous trouvés intéressants à leur manière.
À travers eux, l’auteur explore la condition d’écrivain. Il oppose le regard d’un jeune auteur plein d’espoir à celui d’un écrivain célèbre, mais amer.
En tant qu’auteure débutante, ce contraste m’a particulièrement touchée.
Quand le roman a pris un virage plus sombre et s’est transformé en thriller, j’ai été happée.
Le suspense n’a cessé de monter. J’ai eu beaucoup de mal à poser le livre avant d’en connaître le dénouement.

Ce que j’ai moins aimé

C’était mon tout premier Musso. J’en attendais sans doute beaucoup… peut-être trop.
Le début m’a un peu déroutée. Je pensais lire un thriller, mais ce n’est pas du tout le ton du départ.
On commence plutôt avec un récit de vie. Une chronique douce-amère sur l’île de Beaumont, ses habitants, leurs secrets et leurs blessures.
Ce n’est qu’à mi-parcours que l’histoire bascule dans le thriller.
Ce changement de ton est assez brutal. J’ai eu l’impression de lire un autre livre à partir de ce moment-là.

Sans rien révéler de l’intrigue pour ne pas gâcher la lecture à ceux qui ne l’ont pas encore lu, je dois dire que plusieurs éléments m’ont semblé peu crédibles. Certaines ficelles sont trop visibles, et les rebondissements manquent parfois de cohérence. Les longues expositions explicatives vers la fin alourdissent le rythme, et le dénouement, que j’espérais plus fort ou plus subtil, m’a laissée sur ma faim. Il m’a paru à la fois précipité et un peu facile.

Apparemment, ce n’est pas son meilleur livre, donc je vais lire Un Appartement à Paris pour me faire une meilleure idée de l’auteur.

La Mort à ses Raisons, une enquête d’Hercule Poirot par Sophie Hannah: chronique

Posted on March 22, 2023June 25, 2025 by ferncristo

L’histoire
 
L’histoire se déroule en Irlande dans la maison d’une auteure de renom qui a invité Hercule Poirot à passer quelques jours chez elle. Elle s’apprête à changer son testament et a peur qu’on essaie de l’assassiner. Un meurtre est en effet commis, mais pas sur sa personne. Poirot se charge de l’enquête avec l’aide de l’inspecteur Catchpool. Il s’agit comme d’habitude d’une enquête à huis clos avec un nombre limité de suspects possibles.
 
 
Ce que j’ai aimé
 
Sophie Hannah reprend le flambeau d’Agatha Christie avec efficacité. Jusqu’à la dernière minute, je n’avais absolument aucune idée de qui avait commis le meurtre. Je me suis même demandé si la victime en était vraiment qu’une. Sur le plan technique, l’histoire est bien amenée, elle avance avec régularité, et les différents personnages sont intéressants. Un détail original: lorsque Poirot arrive, le meurtre n’a pas encore été commis.
 
Ce que j’ai moins aimé
 
L’histoire se déroule en Irlande, mais elle aurait pu se passer n’importe où. J’aurais aimé qu’elle s’ancre un petit peu plus dans la campagne et la culture irlandaise. C’est l’histoire qui porte le roman, et certainement pas l’écriture, qui un peu générique. D’ailleurs, je n’ai relevé aucune citation intéressante à partager avec vous. D’une manière générale, j’ai trouvé que le roman manquait d’humour et d’émotion.
 
 
Verdict

 
Un bon choix pour les nostalgiques des enquêtes d’Hercule Poirot qui ont lu et relu celle de Agatha Christie.

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Originaire des Hauts-de-France, j'ai troqué le ciel gris du Nord pour les montagnes du Colorado, où je vis avec mon mari et mes trois enfants. Autrice touche-à-tout, j'écris des Feel Good, des romans jeunesses et des cosy mystery. Suivez mes aventures littéraires sur Instagram (@laplumedefern), TikTok (fern.cristo) et YouTube (@FernCristoLivres)

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