Premières lectures

Tout a commencé avec Oui-Oui, ses pommettes rouges, ses amitiés pures et ses histoires simplistes. Puis très vite, Mon amie Flicka. Je tombe amoureuse de ce poulain fougueux et la dernière phrase du roman se grave à jamais dans ma mémoire.
Je dévore ensuite Le Club des Cinq, Le Clan des Sept. Avec les copains, on rejoue leurs aventures dans le terrain vague du quartier, jusqu’à ce que les nouvelles constructions effacent nos histoires à coups de parpaings, de tuiles et de gazon manucuré.
Puis viennent les enquêtes d’Alice et la Bibliothèque verte. Je lis ceux hérités de ma mère, précieusement conservés depuis son adolescence, ceux qu’elle lisait dans sa cabane improvisée sous le lavabo de la chambre de ses parents, dans les HLM du faubourg du Château. Je les dévore sur le canapé en cuir crème du salon, ou allongée dans l’herbe fraîchement coupée du jardin de la résidence, au-delà de l’eau. C’est là que naît mon amour des polars. J’en lirai des centaines.
Lire au bout du monde

Un déménagement à l’autre bout du monde. J’épuise rapidement les rayons jeunesse de la bibliothèque française et me mets à piocher dans la pile à lire de ma mère, au hasard. À douze ans, en voyage pour un traitement orthodontique à Singapour, je découvre Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody. Un livre subtilisé à ma mère. Premier frisson féministe. J’y découvre l’amour maternel, celui qui tremble sous un voile, celui qui fuit pour survivre.
Quand je découvre la romance

À l’adolescence, au deuxième étage de la maison de ma grand-mère, je lis en cachette des dizaines de romans Harlequin. L’amour y est désuet, sexiste, un peu ridicule. En bas, les oncles et tantes parlent politique et s’engueulent autour d’une tarte au sucre. Je commence à prendre mon envol. Ma mère me laisse prendre le bus pour aller à la bibliothèque de la ville voisine. J’empile dans mon sac des romans historiques : amours impossibles de princesses russes, crinolines, voiliers vers l’inconnu, chambres à gaz, neige sous le ciel de Novgorod, bicyclettes bleues…
Mon premier coup de foudre littéraire

En vacances aux sports d’hiver, dans la librairie d’une petite station des Alpes, je choisis Hannah de Paul-Loup Sulitzer, car c’est le plus long livre en rayon et que j’ai une semaine devant moi. Coup de foudre. Je l’ai lu six ou sept fois, m’identifie à Hannah, sa robe à 36 boutons, son amour impossible sur fond d’empire entrepreneurial. Chaque lecture m’enchante, et me fait rire et pleurer. J’engloutis tous les Sulitzer disponibles.
À Hardelot, pendant une nuit d’intoxication alimentaire (un crabe pas frais…), Le Roi Vert me tient compagnie pendant que je vomis le fleuve Amazone dans les toilettes.
Les livres s’enchaînent au rythme des commandes au Club France Loisirs. Élise ou la vraie vie, volé à ma mère encore une fois, m’initie à l’adultère et à l’amour sans ego. La Nuit du renard, je la lis sur une plage d’Argelès, les pieds dans le sable, et j’engloutis tous les Mary Higgins Clark en attendant la rentrée.
Plongée au coeur du polar noir

Au lycée, je découvre les polars bien noirs de Patricia Cornwell. Avec ma mère, on se les arrache en attendant impatiemment la sortie du prochain. En parallèle, je révise le bac avec Flaubert et Stendhal. Puis viennent hypokhâgne et khâgne : on nous gave de classiques à toutes les sauces — Céline, Bernanos, Voltaire — sans jamais vraiment nous apprendre à les lire… ni à les aimer.
Lors de mon année en Angleterre, je lis David Copperfield. Sa première phrase me hante encore. L’année, elle, me laisse peu de souvenirs. Je poursuis avec Les Grandes Espérances.
Alors que je quitte la France pour un an, sans savoir que je pars pour de bon, je lis La Veuve de papier de John Irving. Peut-être mon dernier roman anglo-saxon lu en français. Puis, en maîtrise de lettres dans une fac américaine, je replonge dans les classiques du XIXe siècle : Balzac, Zola, Flaubert… Je retrouve de vieux amis.
Deuxième coup de foudre littéraire

L’été de mon arrivée à New York, je découvre Michel Tremblay. Coup de foudre québécois, qui commence avec La grosse femme d’à côté est enceinte. Je lis tout. Et le Montréal du XIXe me rend nostalgique : il me ramène, une fois encore, à Balzac et Zola.
Puis vient un long silence littéraire.
Un jour, mon directeur de thèse me dit :
« L’esprit a besoin de lectures gratuites, désintéressées, joyeuses. Sans elles, il vacille. » et il avait raison.
Puis viennent les livres pour enfants

Mais entre un divorce douloureux, un nouveau travail, une thèse de doctorat, un nouvel amour, deux enfants… je pose les livres pour moi. Je continue à lire, mais pour mes filles. J’adore ces visites à la bibliothèque, choisir avec elles de beaux livres pleins de couleurs et d’images magiques.
Et puis, un jour, elles se mettent à lire seules.
Alors, je prends la plume.

Je publie mon premier roman : C’est là que tu te sens chez toi. On dit qu’il faut lire pour apprendre à écrire. Alors je me remets à lire. Vraiment lire. Pour moi, pour les mots et pour les histoires. J’ouvre un compte Instagram pour partager ma passion. Et je ne suis pas déçue. Je lis en français et en anglais, un, deux, trois livres à la fois. Mon seul regret ? Savoir que je ne pourrai jamais lire tous les livres qui le méritent. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a des moments de lecture — fabuleux, suspendus, inoubliables.







