La Voleuse de livres, de Markus Zusak, raconte l’histoire de Liesel Meminger, une petite Allemande de onze ans placée en famille d’accueil au début de la Seconde Guerre mondiale. Alors que son univers devient de plus en plus menaçant, elle découvre la puissance des mots et des livres grâce à son père adoptif, qui lui apprend à lire.
Ce que j’ai aimé
La structure du récit est originale, puisque le narrateur est la Mort elle-même, témoin omniprésent et parfois compatissant de la tragédie humaine. Les monologues de la Mort apportent une perspective parfois philosophique, parfois résignée sur la nature humaine. L’amitié entre Liesel et Rudy est aussi très touchante, bien que Rudy soit paradoxalement plus clairement défini que le personnage principal. J’ai aussi beaucoup apprécié le rythme dynamique créé par les chapitres courts. Le livre est long, il ne se passe pas grand-chose, donc les chapitres courts facilitent la lecture.
Ce que j’ai moins aimé
Il y a des aspects stylistiques qui m’ont moins convaincue. En particulier, les morceaux de texte centrés en gras, qui présentent des définitions ou des idées que l’auteur n’a apparemment pas réussi à intégrer naturellement dans le roman. J’ai trouvé ça artificiel. Ça coupe le récit, je ne vois pas l’intérêt.
Mais ce qui m’a franchement déplu, c’est l’utilisation excessive de la technique du « foreshadowing ». Apparemment, il n’y a pas d’équivalent exact en français, donc je vous explique, si vous ne connaissez pas. Il s’agit d’une stratégie littéraire où l’auteur révèle à l’avance ce qui va se passer. Par exemple, dans La Voleuse de livres, le narrateur nous dit dès le départ que Rudy va mourir.
À petite dose, cette technique a sa place, mais l’auteur en a franchement abusé, et c’est vite devenu exaspérant.
Cette méthode est censée « adoucir le coup émotionnel », comme nous dit le narrateur vers la fin du livre, peut-être pour se justifier, mais dans mon cas, ça m’a privée du plaisir de la découverte et, surtout, de l’impact émotionnel. Je n’ai ressenti aucune émotion forte, et pourtant, je vous assure qu’il ne me faut pas grand-chose pour verser une petite larme.
À bien y réfléchir, cette déconstruction permanente de la narration donne l’impression d’un manuscrit publié avant d’être complètement abouti, ce que j’ai trouvé particulièrement frustrant, voire irrespectueux vis-à-vis de la gravité du sujet traité.
Pourquoi je n’ai pas accroché ?
J’ai lu plusieurs revues positives et négatives pour essayer de comprendre pourquoi je n’ai pas aimé. C’est peut-être parce que le thème de la Seconde Guerre mondiale, des bombardements, de la famine et du génocide juif est un sujet familier. J’ai lu beaucoup de livres sur ce thème (le dernier en date, avant celui-ci, c’était Le Chant du rossignol, que j’ai beaucoup aimé). J’ai aussi vu pas mal de documentaires, étudié la guerre au collège, au lycée et en prépa. Et puis, je l’ai également découverte de façon beaucoup plus personnelle à travers des récits familiaux.
Ma grand-mère m’a transmis ses souvenirs de guerre, de sa voix cassée, avec son fort accent polonais, les yeux souvent perdus dans le vide. Mon entourage familial allemand m’a aussi ouvert les yeux sur une autre facette de cette période de l’histoire.
Et puis, je vis aux États-Unis, je suis peut-être aussi influencée par les discours ambiants qui affirment que connaître l’histoire suffit à ne pas la répéter, alors que la réalité semble nous prouver le contraire.
Finalement, ce n’est pas que La Voleuse de livres soit un mauvais livre. C’est juste qu’on ne s’est pas rencontrés au bon moment. J’aurais probablement réagi différemment si je l’avais découvert à vingt ans.
Chaque livre provoque une expérience unique et subjective selon la période de vie, le passé, ou encore l’état d’esprit du lecteur. Nous pouvons tous lire le même livre et lire un livre complètement différent. Le lecteur se mêle au texte pour créer une expérience singulière. C’est là que réside la beauté et la puissance de la littérature.